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Mundial : le tirage au sort ou la gestion des hasards

par Nasr Eddine Lezzar *



Les yeux du monde étaient rivés vers un événement planétaire, par le tirage au sort des phases finales de la Coupe du monde, qui prend l'allure d'un trucage en amont, concoctant par une savante constitution des groupes, une répartition des chances à passer les phases successives des compétitions finales.

Un truchement de combinaisons, de probabilités concocté dans des cercles savants retire cette opération aux «règles du hasard» -qui , par définition n'obéit à aucune règle ou plutôt obéit à des règles inconnues- pour la plonger dans le domaine complexe des probabilités et des déterminismes subtils imperceptibles.

Les règles régissant ce tirage au sort méritent d'être reprises et contestées parce qu'arbitrairement fixées et posées telles des édits sacro saints ,sans pour autant, être fondées ou basées sur une quelconque légitimité.

Le premier principe qui doit gouverner un véritable tirage au sort est la soumission au pur hasard. Le hasard est substantiellement et éminemment équitable parce qu'il est l'expression de la volonté de Dieu. Le procédé pratique et technique d'un tirage au sort, innocent et sincère, est d'une simplicité enfantine :

1-Placer des boules numérotées dans un même panier.

2-Octroyer à chaque équipe un numéro.

3-Constituer huit groupes de quatre équipes chacun. ( 4X8=32 tout simplement)

Le retrait des boules se fera par un enfant dans l'âge de l'innocence absolue.

Nous aurons ainsi huit groupes qui se disputeront les phases finales du Mundial sans calcul ni manipulation.

-Loin de consacrer cette définition absolue du hasard - une succession d'événements qui échappe à la volonté des hommes - La FIFA applique un système ou plutôt des systèmes variables et variés en fonction des contingences et des équipes qualifiés. Chaque Mundial, que Dieu a fait, a eu son système. La procédure de tirage au sort n'est pas un règlement pré établi applicable, indistinctement, pour toutes les coupes du monde ou élaboré sur une situation abstraite mais est plutôt une sorte de règlement ad-hoc créé spécialement après avoir connu les 32 équipes qualifiées.

En l'occurrence ce n'est que le 03 Décembre 2013, que le comité exécutif de la FIFA a adopté la procédure spécifique au Mundial brésilien qui n'est pas nécessairement celle des sessions passées et ne sera pas, non plus, celle des sessions à venir.

A chaque coupe du monde la FIFA convoque ou provoque le hasard qu'elle fabrique.

La constitution des chapeaux : Au commencement il y'a une répartition des compétiteurs dans des chapeaux ou des pots : Comment se fait cette répartition ?

La répartition des équipes qualifiées, dans chacun des quatre chapeaux, a été décidée le 3 décembre par la commission d'organisation de la Coupe du Monde.

Chapeau 1 : Le Brésil, pays hôte, et les têtes de séries

Chapeau 2 : Les équipes africaines (5)-Les sud-américains (2)- une équipe européenne reversée du chapeau 4.

Chapeau 3 : Les qualifiés asiatiques (4) -La zone Concacaf (4).

Chapeau 4 : 9 équipes européennes dont l'une, tirée au sort dans une phase préliminaire, rejoindra le chapeau 2

A cette phase là des questions se posent :

1-Sur quels critères et selon quelle logique a-t-on procédé à la répartition des équipes dans les chapeaux ?

2-Pourquoi a-t-on mis toutes les nations européennes dans le même chapeau ?

3-Pourquoi designer, par tirage au sort public, la nation européenne qui rejoindra les africains et les sud américains dans le chapeau 2.

4-Pourquoi ne pas l'avoir désigné dés le départ lors de la constitution des chapeaux ?

5-Pourquoi avoir mélangé les africains et les sud américains dans un même chapeau ?

6-Sur quels critères à t'on rassemblé l'Asie, l'Australie l'Amérique du sud, l'Amérique du nord, l'Amérique centrale et les caraïbes,

Enfin dernière question qui clôt le tout:

7-Pourquoi cette répartition des chapeaux ou de pots a-t-elle eu lieu dans le secret des alcôves et des loges maçonniques de la Fifa, le 03 Décembre 2013, et n'a-t-elle pas été organisée dans la transparence en public comme phase préliminaire du tirage au sort ?

Le hasard aurait, à ce moment là, gouverné, de bout en bout, cette répartition des destins.

Si «la tète de série» a un semblant d'explication, quoique critiquable, les autres chapeaux explique la FIFA, seront «composés en fonction de critères géographiques et sportifs».Vague explication !

Un autre élément troublant mérite d'être mentionné :

La notion de «tètes de série», qui constitueront avec le pays organisateur

le chapeau numéro 1 :

La FIFA n'a jamais arrêté, au préalable, un mode de désignation de ce chapeau de tète, pour les Mundials, mais a procédé, comme pour le mode de tirage au sort, à l'adoption d'une méthode ad hoc pour chaque Mundial.

Coupe du monde 1998 et 2002 :

Pour l'édition française du Mondial, la Fifa choisit de prendre en compte les résultats des sélections sur l'historique des trois dernières Coupes du monde (1986, 1990, 1994) afin de définir les têtes de série. La France, en tant qu'organisateur, fait également partie du premier chapeau.

En 2002, la France tenant du titre y est, également, en compagnie des pays organisateurs (Corée du Sud et Japon).

Coupe du monde 2006 :

Première modification : au lieu de trois Coupes du monde, la Fifa choisit de ne plus prendre en compte que les deux dernières éditions (avec coefficient 1 pour 1998 et coefficient 2 pour 2002), auquel s'ajoute le classement Fifa sur les trois dernières saisons.

Coupe du monde 2010 :

Quatre années plus tard intervient le grand changement. Pour le Mondial en Afrique du Sud, le premier sur le continent africain, les performances des sélections lors des Coupes du monde précédentes ne comptent plus du tout. Désormais, il n'y a plus que le seul classement Fifa qui importe.

Coupe du monde 2014 :

Les 8 têtes de série ont été désignées par rapport au classement Fifa d'octobre 2013. Les 7 premiers plus le Brésil, organisateur, constituent les têtes de série. Des critères géographiques (qui existaient aussi précédemment) interviennent également.

Où sont les règles?? Difficile à dire…

Des questions et des interrogations se posent quant à ces «têtes de séries» :

1-Tout d'abord pourquoi en faire un élément de constitution des chapeaux?

2-Pourquoi ne pas arrêter et au préalable les règles de constitution des têtes de séries au lieu d'appliquer des règles spécifiques à chaque coupe du monde ?

Cette casuistique suspecte permet aux organisateurs de constituer cette composante au gré de critères imprécis qui autorisent les manipulations en fonction des mondialistes ponctuels.

Ces questions, auxquels je n'ai pas de réponse, m'emmènent vers une certitude. Il doit y avoir une explication à cette succession d'absences de règles, préétablies, garantes de la justice du hasard.

Les spécialistes du foot ball, des probabilités et des combinaisons, pourront expliquer les tenants et les aboutissants des mécanismes de gestion des risques et des chances et des manipulations et orientations du hasard.

Une réponse plus édifiante ne devrait pas se circonscrire au malheureux cas d'espèce mais peut être fournie par une approche plus globale de la Fifa, organisation mondiale omnipuissante au service des puissants, et doit aboutir à une remise en cause de cette entité qui gère le football de la planète avec ses retombées économiques et ses implications et utilisations politiques. La critique de cette institution ne doit pas se circonscrire à un Mundial ou à un cas d'espèce. L'examen des statuts révèle une organisation inégalitaire en porte à faux avec les principes qu'elle invoque avec duplicité.

LA FIFA : UNE ORGANISATION INEGALITAIRE

Les aspects suspects et troublants des règles du tirage au sort de la coupe du monde pourraient trouver une explication dans une présentation évaluation des règles contestables et inégalitaires en vigueur au sein de la FIFA

La présidence de la Fifa

Huit présidents se sont succédé à la tête de la FIFA depuis 1904 (plus d'un siècle), sept sont des ressortissants de pays européens à l'exception du Brésilien Havelange. Cette organisation ne semble pas appliquer-comme il est de coutume - la tradition de la présidence continentale tournante.

Une organisation inégalitaire

Le nombre de place dans la Coupe du monde est réparti de façon inégale ente les continents. Domination anglaise On expliquera peut-être, mais on ne justifiera jamais pourquoi il n'y a pas longtemps, l'Afrique n'avait qu'une place en Coupe du monde.L'étude des détails des statuts révèle et confirme son caractère d'organisation inégalitaire et discriminatoire.

La dernière version des statuts adoptés lors du 59e congrès, le 3 juin 2009 à Nassau, entrés en vigueur le 2 août 2009, consacre ou plutôt conserve des règles et des principes inadmissibles et incompréhensibles. Leur analyse présente des aspects révoltants ; La domination anglaise y est toujours et encore flagrante.

La Grande-Bretagne est égale à quatre pays.

Peut devenir membre de la FIFA toute association responsable de l'organisation et du contrôle du football dans un pays. Par "pays", on entend dans ce contexte un Etat indépendant reconnu par la communauté internationale. Sous réserve des exceptions prévues aux al. 5 et 6, la FIFA ne reconnaît qu'une seule association par pays.

L'exception britannique : Chacune des quatre associations britanniques est reconnue comme membre individuel de la FIFA. Pourquoi la Grande-Bretagne est représentée par quatre associations? La Grande-Bretagne pèse, au sein de la FIFA, autant que quatre pays. Pourquoi?

La Grande-Bretagne est égale à la moitié du monde au sein de l' IFAB 1-L'IFAB

(International Football Association Board) est la seule structure habilitée à changer les lois du jeu de football , elle demeure dominée par les britanniques. Elle est composée de huit membres dont quatre, c'est-à-dire la moitié est désignée par la Fifa, et l'autre moitié par les associations britanniques. (article 6).

La Grande-Bretagne pèse autant que tous les autres pays du monde au sein de l'Ifab, institution maîtresse des lois du football. Pourquoi ces associations d'un seul pays se partagent cette institution avec le reste du monde ?    

La paternité du football ne saurait être une explication convaincante ? Alors pourquoi ?

La suprématie anglophone :

L'anglais est la langue maîtresse, officielle de premier degré. La Fifa a quatre langues officielles l'anglais, l'espagnol, le français et l'allemand article 8 des statuts. - Et alors et l'arabe (où est l'Egypte oum el Ourouba face à cette discrimination et les qataries) et le russe le chinois et le japonais. L'article ajoute : l'anglais est la langue officielle des procès-verbaux des communications. L'anglais est la langue officielle parmi les officielles, Pourquoi ? Dans les organisations qui ont un égal respect de tous leurs membres, plusieurs langues officielles sont consacrées et elles sont d'égales valeurs. Les statuts se rattrapent quelque peu en élargissant la liste des langues du congrès de la Fifa au portugais, au russe et à l'arabe. On ne comprendra jamais ou plutôt on comprend mais on n'admettra jamais pourquoi les langues du congrès ne sont pas celles de la Fifa et pourquoi seul l'anglais est la langue officielle par excellence puisque c'est dans cette langue que sont rédigés les procès-verbaux, les communications et les correspondances du congrès.

Un dernier alinéa de cet article consacré aux langues enfonce le clou et confirme la domination anglophone en disposant « les statuts, le règlement d'application des statuts, le règlement du congrès, les décisions et les communications de la FIFA sont rédigées dans les quatre langues officielles (à savoir l'anglais, l'espagnol, le français et l'allemand) - et non celles du congrès qui sont au nombre de sept en ajoutant le portugais, l'arabe et le russe. En cas de divergences, précise le texte, «la version anglaise fait foi ». Il y a officiel et officiel.

Le partage est inégal des sièges au sein du comité exécutif :

La répartition des sièges au sein du comité va confirmer la prépondérance britannique d'abord et européenne ensuite. Les confédérations disposent des sièges suivants au sein du comité exécutif :

a)) Confederación Sudamericana de Fútbol -CONMEBOL vice-président (1) membres (2).

b) Asian Football Confederation - AFC - vice-président (1) membres (3)

c) Union des Associations Européennes de Football - UEFA vice-présidents (23) membres (5)

d) Confédération africaine de foot ball CAF vice-président (1) membres (3)

e) Confederation of North, Central American and Caribbean Association Football - CONCACAF vice-president (1) membres (2)

f) Oceania Football Confederation - OFC- vice-président (1) membres (-)

g) les 4 associations : vice-président (1) membres (-).ce siège a été retiré aux associations britanniques par les statuts amendés en 2013.

2. La FIFA peut, à titre exceptionnel, autoriser une confédération à accepter comme membre une association appartenant géographiquement à un autre continent et non affiliée à la confédération de ce continent. L'avis de la confédération géographiquement concernée est requis.

Les quatre associations du Royaume-Uni sont : The Football Association, The Scottish Football Association, The Football Association of Wales et The Irish Football Association (Irlande du Nord). L'union Européenne de football dispose de deux postes de vice-présidents et de cinq membres, tandis que la Confédération africaine de football dispose d'un poste de vice-président et de trois membres. Comment expliquer et admettre que le Royaume-Uni, unifié par la grâce de sa majesté et qui constitue, donc, un seul pays, soit représenté par quatre associations au sein de la FIFA -congrès et disposait, jusqu'à 2013, d'un siège de vice- président au niveau du comité exécutif. Comment expliquer cette hégémonie britannique alors que ce pays ne fait pas partie des pères fondateurs. Il n'a été que le dixième pays à rejoindre le groupe des pays constitutifs à l'origine.

La règle géographique et l'exception israélienne ou le soutien au sionisme :

Les statuts de la Fifa disposent que les membres faisant partie du même continent sont regroupés au sein des confédérations reconnues par la FIFA L'al 2 de l'art dispose : «La FIFA peut, à titre exceptionnel, autoriser une confédération à accepter comme membre une association appartenant géographiquement à un autre continent et non affiliée à la confédération de ce continent.» «L'avis de la confédération géographiquement concernée est requis.» Cet alinéa et cette exception trouvent leur justification dans la volonté de permettre à Israël de s'inscrire dans un autre continent parce que non reconnu par le sien. Israël est affilié à l'Union européenne de football. Israël est le seul pays qui évolue dans une confédération d'un continent autre que le sien.

La consécration de la colonisation Art 11 al 6.

Avec l'autorisation de l'association du pays dont elle dépend, une association d'une région n'ayant pas encore obtenu l'indépendance peut également demander l'admission à la FIFA. Voici une autre duplicité qui consacre et reconnaît les colonisations. Une région n'ayant pas encore obtenu son indépendance est une région colonisée. Il faudra pour les footballeurs de cette région d'obtenir l'autorisation de l'état colonisateur (l'association du pays dont elle dépend) pour pouvoir devenir membre de la Fifa.

Voila une reconnaissance de la colonisation. Pour faciliter la compréhension, disons que le football palestinien doit obtenir obtient l'autorisation de l'association israélienne de football pour intégrer la Fifa. Les colonisés sont à la merci des colonisateurs.

La léthargie face à l'apartheid:

C'est en 1948 que l'Afrique du Sud a conceptualisé et mis en œuvre sa politique d'apartheid et ce n'est qu'en 1964 que ce pays a été exclu de la Fifa. Seize longues années pour évacuer une idéologie inhumaine.

Le soutien des idéologies exécrables :

Voilà comment cette organisation tend des perches aux idéologies odieuses et exécrables rejetées par toute la planète, le sionisme, l'apartheid et la colonisation.

La nécessaire refonte : Cette organisation commerçante (inscrite au registre du commerce suisse) s'est transformée au fil du temps en entité autonome, gérée par et pour des intérêts occultes, au détriment de principes d'égalité de fair-play et du noble esprit sportif. Une association universelle aux mains de l'Europe fondée sur l'égalité des Etats et des membres mais dominée par les Britanniques dont le poids est variablement pondéré, égale à quatre pays parfois, supérieure à un continent dans le congrès, égale à la moitié du monde à l'Ifab. Elle écorche ses règlements pour accueillir Israël, a mis seize années ans pour exclure l'apartheid, elle ménage et soutient les colonisations. Une attitude favorable aux idéologies odieuses en dépit de ses déclarations de foi. Raoul Plébich éminent juriste spécialisé des organisations internationales avait un jour formulé une problématique pertinente quant au fonctionnement des organisations qui enregistraient une tendance à se séparer des Etats qui les composent pour constituer des entités avec des intérêts propres ,différents, parfois opposées aux Etats ou entités qui les composent. La Fifa semble entrer dans ce travers. Notre diplomatie sportive doit se mettre en marche pour une profonde refonte de cette institution afin que le sport roi ne soit plus entre les mains d'une organisation aux règles inégalitaires discriminatoires et politiquement incorrectes.

 La refonte de la Fifa serait le prélude à un nouvel ordre sportif mondial.

* Avocat