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Les Subsahariens sont de retour

par M. Mazari Et K. Assia

Sur le trottoir longeant la gare routière de Yaghmoracen, parfois à même le sol, des dizaines de Subsahariens sont étendus sous un soleil de plomb, en cette matinée de mois de Ramadhan caniculaire.

Femmes, hommes et enfants, ils sont originaires, pour la plupart, du Mali et du Niger et vivent dans des conditions épouvantables. On les retrouve également devant le Palais des sports à M'dina Jdida, ainsi qu'à Tahtaha et au quartier de Médioni. Plusieurs d'entre eux se sont «installés» non loin de l'hôtel Houna, sous le pont Henri Huc. Durant la journée et après le f'tour, on les voit mendier dans les lieux publics, particulièrement dans les marchés, devant les mosquées et dans les cafés, à différents endroits de la ville. Certains s'installent sur les artères à grande fréquentation des récipients en plastique devant eux, désignant ainsi où il faut déposer la monnaie. D'autres ont choisi les feux de signalisation et se pointent devant les automobilistes lorsque le feu passe au rouge, tapant sur la vitre du conducteur et demandant l'aumône. Fait commun entre eux : tous répètent les mêmes mots : «salamalikoum, fisabillah» en tendant la main. Même s'ils ne connaissent pas l'arabe, ces deux expressions leur servent de sésame, un moyen de «communiquer utile», commente un client attablé sur une terrasse de café après le passage de deux Africains.

Durant la nuit, en ville, ils circulent en groupe, de peur de se faire agresser. Des cas d'agressions sur des sujets Subsahariens sont, en effet, signalés de temps à autre.

Depuis quelques semaines, donc, ils sont de retour à Oran. Après une courte disparition, les Subsahariens ont refait surface, et tout particulièrement depuis le début du mois de Ramadhan. Plusieurs groupes ont réapparu, d'abord aux alentours de M'dina J'dida, puis à Yaghmoracene et Médioni, où ils ont trouvé refuge. Le nombre de ces «réfugiés», qui disent avoir fui leurs pays en raison de la faim et des violences, a augmenté. Ce sont des femmes accompagnées de leurs enfants en bas âge qui ont élu domicile dans les rues d'Oran. Ces Subsahariens écument, durant la journée, les principales artères du centre-ville pour s'adonner à la mendicité, en exhibant des chapelets pour montrer, sans doute, leur religion et provoquer, ainsi, la compassion des passants, sans oublier le récipient en plastique… de la générosité des Oranais et des Oranaises. Il faut dire que ces femmes et leurs enfants subsistent grâce à la charité des Oranais et la mendicité est leur seul recours pour trouver de quoi manger au quotidien. Les conditions sanitaires déplorables dans lesquelles se trouvent les femmes et les enfants, dont certains âgés de quelques mois, avaient mobilisé des associations, interpellant les autorités pour une prise en charge de ces réfugiés dans le respect de leur dignité.

Après avoir fui le centre d'accueil de Boufatis, où ils avaient été hébergés dans un premier temps, les Subsahariens devaient être transférés vers la zone industrielle de Hassi Ameur. Mais cette action n'a pas abouti, puisqu'ils ont réinvesti de nouveau les différents quartiers de la ville. La décision de leur expulsion a été, ensuite, prise. Ainsi, quelque 219 migrants africains, dont 100 enfants, ont été reconduits, l'année dernière, vers la wilaya de Tamanrasset. Leur ramassage a été pris en charge par la DAS, en coordination avec les services de police, qui les a conduits en autocars vers la frontière sud. Peine perdue, puisque d'autres groupes sont venus les remplacer, presque au pied levé.

La direction des actions sociales a procédé depuis septembre 2012 à trois opérations d'évacuation de ces réfugiés. A l'heure actuelle, aucune mesure n'a été prise pour en finir définitivement avec le problème. Certaines sources responsables préconisent le transfert de tous ces réfugiés vers le camp de Béni Timaouine d'Adrar, un transfert qui doit être notifié et appliqué par les responsables de la wilaya.

Notons qu'une opération de prise en charge est à sa première phase et plusieurs mesures seront prises pour identifier ces clandestins, connaître leur origine et surtout prendre attache avec les ambassades de leurs pays respectifs pour un éventuel rapatriement.

Il faut dire que l'Algérie n'est pas la destination finale des émigrés clandestins. Elle constitue pour eux un pays de transit vers l'Europe. Il arrive, cependant, que certains se fassent recruter, de manière informelle, dans des chantiers et autres exploitations agricoles privées. D'autres se retrouvent, malgré eux, plongés dans la criminalité et se voient embarqués dans des réseaux de malfaiteurs, causant ainsi des préjudices aux citoyens et à l'économie nationale.