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Vers un second tour électoral en Egypte : La présidence entre un général et un barbu

par Salem Ferdi



Les Egyptiens ont voté avec un taux de participation qui était de 50% à trois heures de la fin du scrutin. Ils reviendront dans quelques semaines, les 16 et 17 juin, pour trancher définitivement dans un second tour entre les deux candidats qui ont obtenu le plus de voix.

A en croire les estimations livrées par l'organisation des Frères musulmans, la partie va se jouer entre leur candidat Mohamed Morsi et celui du dernier des Premiers ministres de Moubarak, Ahmed Chafik. C'est une demi-surprise : les deux candidats qui restent en lice - selon les chiffres des Frères musulmans sur la base des résultats de 6.661 bureaux de vote sur 13.000 - font partie du quatuor des favoris. Mohammed Morsi était crédité de 25 à 30%, suivi par Ahmad Chafiq, le dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, avec 22,3%.

Ce qui surprend le plus dans ces estimations est que les deux candidats qui semblaient les plus en vue, Amr Moussa, ancien secrétaire général de la Ligue arabe, et Abdelmoneim Aboulfoutouh, dissident des FM, se retrouvent hors course. Amr Moussa serait même décalé à la 5e place. Le fait que le nassérien de gauche Hamdine Sabbahi se classe en troisième position avec 20% des suffrages ne change pas la donne du second tour, mais cela constitue un vrai évènement politique. Il montre que la société égyptienne est beaucoup plus plurielle que ne le suggère la bipolarisation entre les islamistes et les tenants du régime. Il convient cependant d'être prudent, les résultats officiels ne devant tomber que dimanche prochain. Mais les chiffres donnés par l'organisation des Frères musulmans semblent être un indicateur sérieux.

LES FM SE VOIENT DEJA VAINQUEURS

Les Frères musulmans, qui ont mis en place un dispositif pour donner l'information le plus rapidement possible afin, selon eux, de déjouer d'éventuelles fraudes, se placent ouvertement aux portes de la présidence. Ils se retrouveraient ainsi en position dominante au niveau de l'exécutif comme du législatif. C'est pratiquement en vainqueur que le vice-président de l'organisation des FM, Essam Al-Arian, a parlé après l'annonce des premières tendances. « Nous voulons construire la démocratie et tous les investisseurs doivent savoir que nous allons garantir un environnement stable, respectueux de l'état de droit et des libertés publiques ». Le dirigeant islamiste prend un peu les devants mais il semble jouer sur du velours. Le scénario était celui qui était le plus redouté par les révolutionnaires de la place Tahrir et par les militants de gauche: un candidat des Frères musulmans face à un militaire, un pur produit du régime en place.

ENTRE DEUX ORDRES

Les Egyptiens devront choisir entre deux «ordres». Un ancien ordre qu'ils connaissent depuis des décennies et qui a été ébranlé par la révolution de la place Tahrir sans qu'il ne s'effondre vraiment. Et un « nouvel ordre » qui attend son heure depuis les années 30 et qui a tissé ses ramifications dans la société égyptienne. Le résultat inattendu de Hamdine Sabbahi, aussi agréable soit-il, a été insuffisant pour sortir de la bipolarisation qui oppose – et c'est ainsi symbolique – un ancien général et un barbu ! Ce sont bien des candidatures « d'ordre » dont la finalité est de tourner la page de la révolution au nom d'une réponse à une demande, il est vrai, de stabilité. Sans compter qu'en termes de vision sur l'économie, rien ne différencie sérieusement les deux candidats.

Il reste une incertitude sur l'avenir au sujet de la politique étrangère que comptent mener éventuellement les Frères musulmans : mais au cours de ces derniers mois, ils ont multiplié, à destination de l'extérieur et notamment des Américains, des gages de modération.      La configuration du second tour n'est pas ce que les révolutionnaires de la place Tahrir souhaitaient. Et c'est bien un avertissement qui leur était adressé par les militaires dans leur appel à « accepter » les résultats des urnes. En attendant la rédaction de la Constitution, la détermination des prérogatives du président et le rôle de l'armée. Les généraux du Conseil suprême des forces armées (CSFA) seraient des plus heureux de voir un des leurs, Ahmed Chafik, élu. Et certains les accusent de tout faire pour qu'il en soit ainsi.

Les Egyptiens diront dans quelques semaines s'ils choisissent le statu quo au niveau de la présidence. Ils devront choisir dans un second tour pour une présidence qui se joue désormais entre un barbu et un général.