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Avec plus de 52% des voix : La France choisit Hollande

par Salem Ferdi

«Ici Radio Londres, nous sommes désolés, vous ne verrez pas la coupe de cheveux de Mireille Mathieu ce soir...».

Sur Twitter, les messages codés, style Seconde Guerre mondiale, annoncent en sibyllin humoristique, que la chanteuse des années 70's exhumée par Nicolas Sarkozy en 2007 sur la place de la Concorde ne fera pas un autre come-back. Le «Concorde s'est encore crashé», «Les Français parlent aux Français. Message personnel: L'Italienne a épousé Poulidor»…

Ces messages codés amusants étaient diffusés sur Radio Londres sur Twitter. Les «oracles» belges et suisses, non astreints par l'obligation de ne donner aucun résultat avant 20 heures, les ont traduits «en clair» dès 15 heures: le vainqueur de l'élection présidentielle française est François Hollande. Nicolas Sarkozy, «l'ami du printemps arabe», va donc dégager.

Les premières indications confirment, sans surprise, la victoire attendue du candidat socialiste, François Hollande, sur le président sortant Nicolas Sarkozy. Et les premiers sondages à la sortie des bureaux de vote montrent une victoire nette du candidat socialiste de 52,5 à 53%. Le président sortant espérait un «sursaut» et manifestement il n'a pas eu lieu puisque, selon les mêmes estimations, il plafonnerait à 47 ou 47.5%. Dans les départements d'Outre-mer, François Hollande l'emportait très largement et avec un écart substantiel.

La même tendance est observée pour le vote des Français à l'étranger. Les électeurs français ont d'abord voté contre Nicolas Sarkozy qui a eu un rapport compulsif au pouvoir et a développé, au cours de son mandat, un discours d'affrontement permanent qui a fini par fatiguer les Français. François Hollande ne s'y est pas trompé.

UN VOTE ANTI-SARKO

Lors de l'unique débat télévisé entre les deux candidats, il a usé d'une longue anaphore dans laquelle il soulignait que sa gouvernance serait totalement à l'opposé de celle de Sarkozy. «Moi, président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, moi, président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur (…) je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti dans un hôtel parisien….». Dans la longue anaphore – qui restera un moment fort de la campagne – le candidat socialiste a énuméré une série de griefs des Français à l'égard d'un «hyper-président» familier des «coups de gueule» à la limite du vulgaire. Son style a surpris et a fini par susciter du rejet chez bon nombre de Français y compris dans son propre camp. La position de François Bayrou, qui a décidé de voter Hollande - et il l'a fait savoir -, en est une des manifestations les plus éclatantes. Le comportement de Nicolas Sarkozy ne correspondait, y compris au sein de l'électorat de droite, à ce que les Français attendent d'un chef d'Etat. En définitive, Sarkozy aura contribué à pousser vers l'extrême-droite le parti gaulliste et a fini par concentrer une réaction de rejet - pour ne pas dire de répulsion - qui va bien au-delà de la gauche. C'est d'autant plus vrai que d'un point de vue arithmétique, la sociologie de l'électorat français est majoritairement à droite.

LES MAGHREBINS ET LES BLACKS ONT SOUFFERT

D'où l'aspect référendum «anti-Sarkozy» qui semble l'emporter sur l'adhésion à François Hollande, lequel veut être un «président normal». Pour les immigrés et les Français d'origine maghrébine ou africaine, cette victoire du candidat socialiste, même si elle ne change pas fondamentalement les choses, annonce au moins un climat plus apaisé. Nicolas Sarkozy, dans sa course effrénée à l'électorat de l'extrême-droite, a fait de ces immigrés et des Français «d'origine étrangère» une cible permanente. Dans l'histoire récente de la France, les années Sarkozy auront été celles d'une stigmatisation permanente et d'une islamophobie rampante qui a, en définitive, banalisé le vote d'extrême-droite.

Les années Hollande qui s'annoncent ne seront pas, du moins au vu des engagements publics, celles d'une stigmatisation et d'une xénophobie assumée au plus haut sommet de l'Etat. Et ce n'est pas rien de ne plus avoir des ministres qui se sentent obligés d'avoir un «quart d'heure» anti-étrangers ou anti-musulman chaque semaine.