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T'as vu ce qu'ont fait les frères Beni Moussa ?

par Mohamed Alioui

Remarquable est l'initiative de Canal Algérie de diffuser durant ce mois sacré, une série de 30 parties sur les savants musulmans.

Ahmed Djebbar, imminent chercheur au CNRS et présentateur de cette série donne une autre dimension à cette série, tant par son engouement à la question que par sa pédagogie et son talent d'orateur. L'intérêt des jeunes pour cette série se traduit par des échanges à la sortie de la prière des Tarawih et sur les forums Internet, des discussions qui dénotent de la fierté mêlée à une dose de déception.

Vérité indéniable, la civilisation Arabo-musulmane a beaucoup apporté à l'humanité. Pourquoi tout a été dilapidé ? Qu'est ce qui a fait en sorte que nous n'avons pas prolongé cette civilisation et nous en avons même perdu les traces historiques ?

Tant de questions sont formulées par ces jeunes, issus de l'immigration, des interrogations qui se bousculent dans la pensée d'une bonne partie de la jeunesse musulmane.

N'est-il pas judicieux d'évoquer et de brandir les réalisations de cette civilisation pour motiver et insuffler une dynamique de fierté chez nos jeunes en général et notamment les jeunes Français musulmans, issus de l'immigration et souvent sujette à stigmatisation et à un manque de considération ?

Quand ils évoquent une partie de la civilisation musulmane, les ouvrages scolaires Français divergent toutefois sur l'importance de l'apport scientifique et technique de cette civilisation. Plusieurs d'entre eux mettent en avant l'emprunt des savants musulmans à la science grecque, persane, chinoise, et restent vagues sur leur apport ou le réduisent à un ajout ponctuel, tel que l'algèbre.Ce n'est pas donc dans les manuels Français que les jeunes, d'origine Maghrébine apprendront que leurs ancêtres ont bâti les fondements de la science, ont construit le premier pôle universitaire, Beit El Hikma (la maison de la sagesse),ont été à l'origine du GPS, ont dominé toutes les sciences, ces éléments de l'histoire qui ont marqué l'humanité et qui aideront à avancer, voire parfois à décomplexer quelques jeunes qui décrochent ou quittent le système scolaire par manque de motivation, par manque de confiance et plus souvent par un regard sur l'histoire qui se résume juste au vécu de leurs parents, de simples ouvriers venus d'ailleurs pour travailler durement, dignement et que la société a qui ils ont consacré toute une vie ne leur voue pas du respect. Le fait de savoir que leurs ancêtres sont pour beaucoup dans l'essor actuel des pays occidentaux peut être un facteur motivant psychologique et un message subliminal qui déclencherait le désir d'étudier, de faire des études supérieurs au lieu de se contenter d'une orientation vers les voies professionnelles.

Les jeunes issus de l'immigration ne savent pas grand-chose sur leurs ancêtres. Qu'est-ce qui empêche donc les pays arabo-musulmans a accentuer et encourager l'enseignement de l'apogée de notre civilisation, à travers des émissions télé à l'instar de cette initiative Ramadanesque de la télévision Algérienne? des séries doublées ou sous-titrées, des livres distribués gratuitement, des sites Internet dédiés ou une grande production cinématographique, à l'exemple du film Erissala de Mustapha El Akad, auront certainement un écho favorable auprès de la communauté musulmane vivant à l'étranger. La multiplication et l'aménagement des cours d'Arabe et Amazigh, dispensés dans le cadre de l'enseignement de la langue d'origine dans les pays occidentaux, aura certainement un impact.

L'histoire nous témoigne un peu plus de cinq cent astronomes, des centaines de médecins, de physiciens, de philosophes qui ont consacré leur vie à la recherche, à la transmission du savoir aux autres contrées du monde. L'écrivain Espagnol Blasco Ibanez, dans son livre «l'ombre de la cathédrale -1957», précise qu'en Espagne, l'essor n'est pas venu du nord avec la horde barbare, elle est venue du midi avec les arabo-musulmans conquérants, affirmant que c'est une expédition civilisatrice beaucoup plus qu'une conquête.

Dans les manuels scolaires et à travers les médias, des interprétations fausses demeurent. Elles présentent l'islam comme une religion conquérante, exhortant à la violence, qui doit son expansion rapide à la force des armes.Le peu relaté sur la civilisation arabo-musulmane dans les manuels scolaires Français est englouti par «la sémantique» de la peur, à travers des définitions erronées des mots qui reviennent le plus souvent: Djihad qui est pris par les auteurs dans l'acception «guerre sainte» ayant pour but de défendre l'islam ou de convertir les infidèles, occultant que la notion de Djihad peut avoir plusieurs signification selon qu'il s'agit d'un contexte politique ou sociétal et l'Islam qui est défini comme la religion de la soumission…

L'islam, cette religion tant stigmatisée en France est à l'origine de cette civilisation, de ce savoir qui a profité à l'Occident. L'islam généreux incite à la diffusion du savoir, sans distinction aucune, à l'instar du hadith rapporté par Abou Horeira: «Dans le cas où quelqu'un vienne à vous, dans le but d'étudier, traitez le avec déférence et estime, car c'est mon convive».

Dans son œuvre «Essai sur les mœurs et l'esprit des nations», Voltaire écrit: «Nous leur devons de nouveaux remédes qu'on nomme les minoratifs, plus doux et plus salutaires que ceux qui étaient auparavant en usage dans l'école d'Hippocrate et de Galien. L'Algèbre fût une de leur invention et il ajoute: «dans nos siècles de barbarie et d'ignorance, qui suivirent la décadence et le déchirement de l'empire romain, nous reçûmes presque tout des Arabes: astronomie, chimie, médecine» et que «dès le second siècle de Mahomet, il fallut que les chrétiens d'Occident s'instruisissent chez les musulmans ».

René Taton, dans «La science antique et médiévale, des origines à 1450», écrit : Si nous réunissons les conditions religieuses et humaines, nous comprendrons la situation des savants musulmans et la poussée qu'ils ont donnée aux savants de toutes confessions et de toutes races, en les mobilisant pour une oeuvre commune en langue arabe. La science est effectivement une des institutions de la cité musulmane.

Non seulement des mécènes l'encouragent, mais des califes travaillent à son instauration et à son développement. Il faut citer surtout Khalid, le «prince philosophe», dont l'action relève peut-être de la légende, AI-Mansûr, le fondateur de Bagdad, et Al-Mamoun qui envoyait des émissaires à la recherche des manuscrits pour les faire traduire avec ardeur.»

Sigrid Hunke, une chercheuse Allemande dans son œuvre «le soleil d'Allah brille sur l'occident» rend hommage à ces inventeurs de génie, trop longtemps ignorés des manuels scolaires occidentaux et aujourd'hui encore souvent réduits au rôle de simples traducteurs des textes des Anciens.

D'imminents penseurs et chercheurs occidentaux témoignent du génie de nos ancêtres et de leur apport à l'humanité .Ces témoignages et cet apport colossal sont certainement un facteur motivant pour les jeunes Français musulmans.

 Ne dit-on pas que c'est en consultant le passé que l'on entretient le présent et l'on édifie l'avenir ?