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Les jeunes et les risques de rupture avec les institutions de l'etat

par Oukaci Lounis *

Suite et fin

De ce qui précède, nous pouvons établir les points suivants:

• les femmes restent encore gravement sous-représentées en politique.

• l'absence de représentation égale des femmes et des hommes dans le processus de prise de décision politique et publique est une menace à la légitimité des démocraties et une violation du droit fondamental à l'égalité hommes-femmes ; il faut y remédier en priorité;

• le facteur le plus important entraînant la sous-représentation actuelle des femmes en politique est lié à des attitudes, à des usages et à des comportements qui déresponsabilisent les femmes, les discriminent et les emprisonnent dans des rôles-modèles prescrits et dans des stéréotypes selon lesquels elles «ne sont pas faites» pour la prise de décision et la politique;

• ces attitudes, usages et comportements influencent également un paysage national institutionnel, politique et électoral. Mais, inversement, un changement dans ce paysage peut aussi influer sur les attitudes sociétales;

• changer le système électoral pour le rendre plus favorable à la représentation des femmes en politique, notamment en adoptant des quotas par sexe, peut conduire à un processus de décision politique et publique plus équilibré entre les sexes et, par là même, plus légitime ;

• en théorie, la représentation parlementaire des femmes est particulièrement favorisée par le système électoral suivant : scrutin de liste proportionnel dans une grande circonscription et/ou une circonscription recouvrant l'ensemble du territoire national avec un seuil légal, des listes bloquées et un quota obligatoire prévoyant non seulement une forte proportion de candidates, mais également des règles strictes de placement de ces candidates sur les listes (dans le cadre, par exemple, d'un système d'alternance hommes/femmes) et des sanctions efficaces en cas de non-respect (de préférence non financières, mais plutôt la non-acceptation de candidats/ listes de candidats).

CONCLUSION

L'écoute des entretiens et leur analyse montrent que les jeunes sont conscients des enjeux politiques ; mais ils sont tous en train de se construire des repères, ils sont en quête de sens pour eux-mêmes et pour les autres. Très intéressés par les débats, ils ont une réelle, demande par rapport aux adultes pour dialoguer, établir des liens entre les multiples informations qu'ils ont enregistrées, pouvoir à terme se créer leur propre point de vue et leur propre pensée critique. Ces jeunes sont tous dans une grande ouverture même si parfois les défenses sont fortes. Trop souvent, les jeunes sont trop seuls face aux informations, aux images stéréotypiques qu'on leur renvoie d'eux-mêmes.

Un des rôles de cette recherche est de renforcer les capacités des politiciens à écouter les jeunes, à dialoguer avec eux, tout en tenant à leurs propres positions. Cette recherche montre qu'il serait dangereux de les enfermer dans des images stéréotypiques trop fermées, caractérisées d'abord par le risque de menaces et de ruptures avec les Institutions de l'Etat . En effet, une façon d'exister pour les jeunes les plus fragiles et les plus marginalisés est alors de les mettre en acte. Soutenir la démocratie suppose d'accueillir ces jeunes et de pouvoir contribuer à créer des repères communs.

Pour les jeunes, il existe peu de distinction entre le politique, la transformation des problèmes sociaux, les enjeux de ce siècle. Ils confèrent aux responsables politiques à la fois une extrême responsabilité et une grande impuissance à pouvoir réellement défendre les intérêts collectifs. Il est à noter la distinction établie par eux, entre le niveau local et le national , ils donnent une grande importance au local, attendent beaucoup d'attentions et de services, ils expriment une grande méfiance par rapport aux partis politiques et aux représentants politiques nationaux, le Monde existe très peu dans leurs représentations ; Les différences d'échelles, de représentations selon les modes d'exercice du politique sont à prendre en compte pour sortir de cette dualité toute puissance –impuissance. Ils ont eux-mêmes de grandes difficultés à se percevoir comme acteur politique, porteur de responsabilité potentielle.

Ces jeunes s'intéressent tous à des problèmes graves et difficiles du territoire le plus local au national. La réalité sociale et politique leur semble lourde d'enjeux et de menaces ; ils ont peu d'étayage sur des utopies collectives possibles. Quasiment aucun d'entre eux n'a fait référence au socialisme, au régime ou à l'idéologie. La plupart expriment cependant un grand intérêt pour les transformations possibles dans l'ici et maintenant (le réel et le concret); les jeunes ont exprimé leur intérêt pour les enjeux collectifs, et ont parfois établi des liens entre le risque de repli individuel et le sentiment d'impuissance.

Pour la plupart, le Fondamentalisme constitue une menace qu'il faut immédiatement combattre, en particulier à propos des enjeux relatifs à l'implosion de la république ou à son maintient. Ils expriment beaucoup d'intérêt pour la vie quotidienne et l'aménagement de leur quartier mais aussi s'intéressent à des grandes causes ou des grands risques. Renforcer les propres capacités d'actions et de réflexions pour eux-mêmes, soutient l'accès à leur autonomie, et à la possibilité de ne pas s'enkyster dans la vie chronique de la cité. Pouvoir aujourd'hui, être acteur social et politique de la démocratie nécessite ces dynamiques de transformation. Les politiciens devraient tenir là un rôle important.

 Perspectives de recherches

La démarche de cette recherche a eu un effet dynamique de participation des jeunes qui a favorisé dans le cadre des différents dispositifs de travail des échanges et une réflexion qualitative. Conjugués aux travaux spécifiques liés particulièrement à l'enquête auprès du public ciblé, les échanges permanents entre nous et les jeunes nous permettent d'envisager désormais des perspectives d'actions possibles à envisager concrètement dans la poursuite de nos analyses.

Au-delà de l'intérêt que revêt cette réflexion, il est intéressant de mettre en avant l'effet que

Cette réflexion pourrait avoir comme influence sur les pratiques et les opinions de chaque politicien.

En effet, parallèlement et de façon naturelle, nous souhaitons que cette réflexion pourrait transformer les représentations des politiciens et permettrait l'émergence de codes communs en somme d'une “culture commune” en matière d'approche politico-sociale et éducative à l'adresse des jeunes. Cela permettrait de mutualiser les savoirs et les dispositifs afin d'être sans doute mieux à l'écoute de cette catégorie de la population et d'entrevoir une place que l'on peut leur réserver en temps qu'acteur politique.

En premier lieu de nouvelles pratiques transversales permettent de proposer et de définir un plan de travail structuré et de penser une “politique d'accueil de jeunesse” qui tiendra compte des résultats. De façon générale, il apparaît à la lecture des résultats des différentes représentations de la politique chez les jeunes, une diversité de causes particulières portées individuellement. Il s'agit de leur permettre de réinvestir sur le plan local de façon collective des espaces où il peut se créé un “en commun producteur de sens”. Cet axe nous paraît fondamental pour répondre à l'enjeu de la prise en compte de la place des jeunes dans l'espace local, car le risque du danger de repli communautaire (actuellement en marge), comme seule forme de retour au collectif est réelle.

En second lieu il semble intéressant de développer des débats publics. Les jeunes expriment un besoin de parler de leur vie, des résonnances et réactions face à l'actualité, aux changements, ou aux événements... Cette mise en place pourrait être accompagnée et portée par une démarche interpartenariale autour des thèmes cités par les jeunes ou en réaction face à l'actualité. Il sera nécessaire d'organiser cet espace au niveau central et d'assurer la prise de parole des jeunes dans leur diversité. Plusieurs formes peuvent être inventées dès l'instant qu'elles respecteront ce postulat il est nécessaire alors de concevoir la neutralité de l'animation de ces débats en garantissant leur régularité et leur légitimité.

Un autre aspect important suppose de développer les projets internationaux. On a noté à plusieurs reprises au cours de ce travail l'importance de ces expériences vécues par les jeunes comme support au développement de leur personnalité et notamment de celui de leur réflexion sur le monde. Passer pour certains d'entre eux d'une représentation “virtuelle” des grands questions relatives à des conflits internationaux à une expérience réelle leur a permis de mettre en perspectives leur vision par l'analyse, la connaissance et ainsi de permettre le développement d'une pensée réflexive. Par ailleurs, ces expériences ont fortement permis pour d'autres sur la nécessité de s'impliquer au-delà de l'espace du quartier.

C'est pourquoi nous proposons que soit confirmée cette volonté d'organiser ces projets sur deux volets que sont : Stopper l'Hémorragie de la fuite des cerveaux et des jeunes vers l'étranger et Investir dans le local. Il sera possible de nourrir aussi l'espace du débat public avec les expériences vécues. Il est aussi important que ces investissements puissent être en lien avec les pouvoirs et ainsi d'obtenir des décisions inscrites dans le cadre de la solidarité locale. Cela suppose de réfléchir au mode d'accompagnement des jeunes, leurs places et les participations des acteurs.

Parmi l'ensemble d'actions possibles, nous souhaitons poser la nécessité de travailler le rapport des jeunes à l'histoire politique, les références et les connaissances des institutions, en s'appuyant sur un partenariat avec l'école dans le cadre des espaces d'intervention autour des temps de travail réservés à l'éducation à la citoyenneté. Le rapport à la place de la culture, des cultures comme support à un processus de participation et de développement des jeunes est à proposer pour intégrer la diversité culturelle des jeunes et leur permettre ainsi de prendre une place plus active dans la vie locale ; nous suggérons le développement d'une politique ambitieuse dans ce sens à la hauteur des objectifs escomptés et ainsi d'être attentifs à ne pas reléguer cet aspect au simple rang du folklore ou de sous culture, mais plutôt un réel projet de démocratie culturelle traitant à égalité les cultures comme un véritable enjeu. La relation des jeunes aux espaces de démocratie locale fait apparaître la non participation des jeunes en général qui semblent être dans d'autres temporalités, dans d'autres événements, dans d'autres réseaux et éloignés des intérêts et des questions traitées dans les formes définies par cette démarche.

Le politique face à de nouveaux enjeux

Par ses transformations, l'environnement des jeunes pose de nouveaux défis aux politiciens et aux jeunes eux-mêmes, ainsi qu'au système scolaire et au système de formation. De tous côtés des voix s'élèvent pour réclamer une politique de la jeunesse plus forte, qui aiderait à venir à bout de ces défis. L'évolution de la société et de l'économie place la politique de la jeunesse face à de nouveaux enjeux, si elle veut satisfaire aux postulats de protection, d'encouragement et de participation qui découlent de la Constitution et des autres bases légales.

Ces trois dernière décennies, par exemple, ont vu la «jeunesse», en tant que phase de la vie, s'élargir et s'allonger considérablement. Le passage de l'école et de la formation au monde du travail, comme celui du cadre familial à l'autonomie, prend des formes de plus en plus diversifiées. Ce phénomène, s'il ouvre aux jeunes davantage de possibilités et de chances, les confronte simultanément à une certaine insécurité et au risque d'être submergés par les difficultés inhérentes à la nécessité de choisir et d'organiser eux-mêmes leur vie. Souvent, ils ne peuvent plus se fonder sur les modèles proposés par la génération de leurs parents. Cette période de transition est marquée par des cassures et des interruptions ; les jeunes risquent de se sentir pris entre les contradictions d'une société qui valorise d'un côté le savoir et la performance et glorifie de l'autre les «événements» et la consommation. Leur aptitude à se mouvoir entre ces extrêmes est donc déterminante quant à leurs perspectives d'avenir. Elle comprend l'obtention des diplômes adéquats, l'acquisition des compétences sociales et personnelles et la mise sur pied d'un solide réseau de relations sociales. Les jeunes issus des couches sociales peu instruites ou socialement défavorisées sont confrontés à des difficultés particulières.

Ces enjeux se résument :

• une Organisation nationale de l'environnement gérer par les jeunes

• Créer un forum permanent sur les innovations technologiques pour l'environnement et la santé dans le cadre de la Cité des Sciences, de l'Industrie et du tourisme

• Faire participer les lycéens et lycéennes, les universitaires à toutes les compétitions scientifiques internationales

• Développer les organisations de jeunes en Algérie

• Donner une place aux jeunes au sein du Conseil National Economique et Social (CNES)

• Instaurer un véritable statut de l'élu politique, syndical et associatif

• Permettre le recours au referendum national d'initiative populaire

• Rendre plus interactifs les cours d'éducation à la citoyenneté

• Créer un statut pour les étudiants et les lycéens dans des instances exécutives associatives et syndicales au sein de l'Université et du lycée

• Limiter les mandats nationaux (communal et législatif) à 02 mandats dans leur durée.

• Stopper l'hémorragie et la fuite des cerveaux.

• Pousser les jeunes de sexe masculin à étudier.

*Maître de conférences

Université de Constantine

Référence :

1 Bier B., in «L'analyseur Villepinte», in Vulbeau A. (sous la dir.), La jeunesse comme ressources. Expérimentations et expérience dans l'espace public, 2001. Eres.

2 Mauger G., «La consultation nationale des jeunes. Contribution à une sociologie de l'illusionnisme social», Genèses n° 25 ; décembre 1996.

3 Dubet F., Le déclin de l'institution, 2002, Le Seuil.

4 Galland (O.), Sociologie de la jeunesse, 1997, Armand Colin.

5 Castel R., La métamorphose de la question sociale. Une chronique du salariat, 1995, Gallimard.

6 Ehrenberg (A.), L'individu incertain, Pluriel Hachette 1996.

7 Chauvel L., Le destin des générations, 1998, PUF.

8 Chauvel L., «Incertitudes générationnelles» in Comprendre. Revue de philosophie et de sciences sociales n° 5– 2004 «Comprendre les jeunes»

9 Castel R., Haroche C., Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi. Entretiens sur la construction de l'individu moderne, 2001, Fayard

10 Ion J., Peroni M. (sous la direction), Engagement public et exposition de la personne, 1997, L'Aube.

11. Margalit A., la société décente, 1996, Climats.

12. Walzer M., Sphères de justice, 1997, Le Seuil ; Ferry J.-M., Les puissances de l'expérience, vol. 2, «Les ordres de la reconnaissance», 1991, Cerf ; Honneth A., La lutte pour la reconnaissance, 2002, Cerf. ; Honneth A., «Reconnaissance et justice», in Passant ordinaire n° 38, janvier-février 2002.

13. Bier B., «L'existence sociale des jeunes : une question politique», in Vers l'éducation nouvelle (septembre 1996).

14. Commission sur l'égalité des chances pour les femmes et les hommes.

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