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IL ETAIT UNE FOIS !

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Livres

Éclats de vie. Mémoires synaptiques. Récit de Mustapha Maaoui. Casbah Éditions, Alger 2021, 476 pages, 1.000 dinars



L'auteur est venu au monde en 1946... mais son histoire commence en juin... à Bône… en 1900, avec Brahim, un solide gaillard de 45 ans (enfant du douar Melilla, du côté de Roknia), s'exilant à Damas... Puis on a Mohamed Salah (le «père fondateur»), le petit neveu, orphelin de père et qui n'a pu, hélas,malgré son goût des études et sa soif de savoir, être scolarisé... son beau-père, un khodja -interprète du côté de Jemmapes (la maman remariée à un lointain cousin, comme le voulaient les us et coutumes de l'époque) préférant l'envoyer surveiller ses troupeaux. La suite -avec la descendance... dont l'auteur - est un long et laborieux voyage à travers le pays: Constantine, Guelma, Annaba, Sétif, Alger, Batna... la dure vie sous la domination coloniale, la Première Guerre mondiale, la Seconde, l'émigration... la guerre de Libération nationale, l'Indépendance, la vie estudiantine, les luttes militantes, le Fln, les lupanars de luxe, la vie nocturne et bruyante à Cuba (la cité universitaire de Ben Aknoun) à Alger avec ses personnages - du monde de la communication, des arts et de la culture, mais aussi des «rescapés» encore sous le choc de la guerre de Libération nationale - encore de légende (pour nous) bien qu'oubliés… et ailleurs... le métier de médecin (du secteur public et des hôpitaux : Parnet, Mustapha, Maillot, Ait Idir, El Kettar, Rouiba, Ain Taya, Thénia,...) avec ses maîtres illustres et ses «mandarins», le football, la décennie noire et ses faux barrages... ainsi que moult séjours à l'étranger dans le cadre du travail, rencontrant les grands noms de la chirurgie mondiale, ou en simple touriste (rencontrant parfois, comme à Paris, pas mal de petits truands)...Tout y est, tout y passe, avec même des moments et des scènes incroyables... mais vraies, ce qui fait que, désormais, pour ceux qui ne l'ont pas bien connu ou seulement l'ont aperçu ou entendu parler de lui, durant les années 60-70 et après, on sait tout de «Didine Maaoui», une partie de la vie privée y compris. Ils en apprendront aussi beaucoup sur l'ambiance des hôpitaux, sur les opérations chirurgicales, sur la maladies, sur les erreurs médicales, sur l' «exploitation» des résidents («étudiants ou main-d'œuvre selon les intérêts bureaucratiques», p 346).

A dire vrai, avec lui, on avait gagné un grand chirurgien mais on avait perdu un bon homme de lettres. Heureusement, il s'est rattrapé

L'Auteur : Né en août 1946 à Batna. Médecin, professeur de chirurgie (Alger)

Extraits : «La Fontaine était d'autant plus passionnant à pratiquer qu'il ne représentait pas un étranger inaccessible. Il était dans la continuité et la transmission. Il était dans le renouvellement du bon sens des peuples, de celui d'Esope et dans la traduction d'une partie de «Kalila wa dimna» et, à ce titre, il était très rassurant» (p 94), «C'était donc cela, la médecine : à la fois si familière, une voisine en quelque sorte mais aussi avec ses aspects mystérieux ; qui nous révèlent plein de choses à travers un microscope» (p143), «On avait beau être impatient d'en finir avec l'implacable ordre colonial, on était quasiment certain de sa disparition un jour ou l'autre.Mais cette tyrannie «fraternelle» qui venait de s'abattre sur nous (Coup d'Etat du 19 juin 1965), une blague populaire l'assimilait à la mort : c'était pour l'éternité» (p252), «Il y avait une émission «Souvenirs de combats» ouverte à de très nombreux «résistants» qui venaient remporter sur le petit écran (Télévision-Rta) des batailles qu'ils n'avaient jamais menées sur le terrain. Le récit, exclusivement événementiel où il n'y a qu'un seul héros, eux-mêmes et des témoins, malheureusement et curieusement disparus» (p 255), «En Algérie, il y eut, en 2017, un événement créé par un illuminé qui aurait trouvé le traitement du diabète (...). La promotion de cette escroquerie a été menée... par le ministre de la Santé lui-même..(…).Il s'agissait, sans doute, de la version médicale de la «régression féconde» (p316).

Avis : Un fleuve impétueux de souvenirs... Une famille, une vie... Des noms et lieux… Des événements et des rencontres. L'Algérie en chair et en sang (R. Boudjedra)... et un récit passionné et passionnant... De l'érudition qui va de la littérature et la poésie à la musique en passant par la peinture et la sculpture. Une belle écriture fignolée, qui se laisse parfois «aller», s'oubliant dans le trop plein de détails. Et, de l'humour (surtout du jeu de mots- magnifique et rafraichissant - de carabin )… à l'ancienne... Tout nous rappelle le «bon vieux temps» mais qui à notre âge (je parle des septuagénaires et des autres presque octogénaires) et, au détour d'une «sortie», amène le regret de «paradis sociétaux» définitivement perdus !

Ah, oui ! En matière de culture, vous allez être servis

Citations : «Malgré les apparences, on est beaucoup moins euphorique à la fin d'une guerre qu'à son commencement» (p51), «Il est classique de dire que le colon, pour parler du colonisé, fait appel au bestiaire» (p 137), «Un dortoir sans ronfleurs, un dortoir sans tousseur occasionnel ou chronique, un dortoir sans reptation dans un lit, bref, un dortoir sans bruit de fond est un dortoir qui ne dort pas !» (p149), «Dans le drame qui se joue au déclenchement d'une maladie, il y a trois personnages : le malade soigné, la maladie et les soignants» (p314) «Dans la relation médecin-malade, ce n'est pas tant ce qu'on dit au patient mais plutôt la capacité d'écoute que l‘on peut avoir qui compte» (p385), «(En France) dans les cimetières, la mémoire des poètes, des musiciens et des artistes en général est plus préservée que celles des maréchaux d'Empire. Les gens préfèrent se souvenir de ceux qui les ont fait rêver plutôt que de ceux qui les ont envoyées à la mort» (p 453), «Notre passé est plus vivant que notre présent.Ceux qui peuplent nos mémoires sont plus réels que ceux qui nous entourent» (p473)



«Dir'Com» et journaliste. Un «parcours du combattant». Récit de Belkacem Ahcene Djaballah, Editions El Qobia, Alger 2021, 134 pages, 800 dinars



«J'ai eu la chance de connaître à peu près, in situ, les plus grands bouleversements politiques et culturels en Algérie et ailleurs. Durant ma prime jeunesse, la guerre de Libération nationale, la grève des étudiants et des lycéens de 1956, les manifestations de décembre 1958, la joie de l'Indépendance -j'étais affecté, à Annaba, à un bureau de vote lors du référendum-, le rock'n roll et le twist, Abdelhalim, Elvis Presley, Françoise Hardy et Hassan El Annabi, le volontariat, le 19 juin 1965… et Cavaignac, le mouvement hippie à San Francisco, Joan Baez et Bob Dylan, l'armée durant 45 jours pour aller «combattre contre le sionisme», mai 1968 à Paris, l'Armée encore avec le Service national, les 3 R de Boumediène, la Révolution agraire, Octobre 88, la décennie rouge (hélas), le Bouteflikisme (hélas), le hirak… Je dis la chance, car, en définitive, je m'en suis sorti à bon compte –malgré quelques problèmes personnels douloureux – alors que des amis et des camarades ne l'ont pas eu ou ne l'ont eu qu'en petite partie.

Pour être franc, ce qui me rend le plus heureux, c'est de voir, à partir de 1988 – en dehors de tous les dérapages qui ont suivi à un moment ou à un autre – la démocratie pluraliste et républicaine s'installer, ainsi d'ailleurs qu'un certain libéralisme qui, malgré les déviations et les manques, reste assez social. Dommage, les comportements de bien des décideurs n'ont pas évolué dans le bon sens et les règlements restent encore trop «bureaucratisés» (Extrait d'un entretien accordé à Leila Zaimi, Reporters, 30 décembre 2020)

«Entre éléments de mémoire retraçant des pans de «ses vies » et un regard toujours alerte sur sa riche carrière de haut fonctionnaire de l'Etat algérien, de journaliste et d'enseignant universitaire chercheur, Belkacem Ahcène Djaballah nous gratifie d'un livre dense de connaissances et réflexions sur le contexte de production des médias depuis l'indépendance. Un riche et condensé livre en ce si court volume» (Belkacem Mostefaoui, Le Quotidien d'Oran, 12 Décembre 2020)

«L'autobiographie de Ahcene Djaballah Belkacem se lit d'une seule traite, surtout avec son style où la truculence est mise entre parenthèses pour mieux la savourer, d'autant que le point d'exclamation ponctue la portée de la pique ou de la répartie (Ahmed Tessa, Le Soir d'Algérie, samedi 23 janvier 2021)

L'Auteur : Né à Skikda en 1942. Diplômé de l'Ecole nationale supérieure de journalisme (Université d'Alger, 1967), Docteur en Sciences de l'Information (Université Paris 2), haut-fonctionnaire, enseignant universitaire associé, journaliste...

Sommaire : Avant-propos/ XI chapitres/ Annexes/ Abréviations et sigles utilisés.

Extrait : «Aujourd'hui encore, plus de six décennies après «l'indépendance détournée», la gestion politique du pays reste inorganisée, du moins instable, chacun se prévalant d'une légitimité (nationaliste, révolutionnaire, cultuelle, culturelle…) que lui seul arrive à (mal) définir, jonglant avec la «Déclaration du 1er Novembre 54» et la «Plate-forme du Congrès de la Soummam»... et convoquant selon les événements et les calculs politiques Abdelkader, Abdelhamid Ben Badis, Abane Ramdane, F. Fanon,et F. Abbas...» (p 26)

Avis : Le récit chronologique d'une vie et d'une carrière.

Citation : «La suite est connue (après Octobre 88) : l'exercice d'un pouvoir à partir du centre, l'exercice d'un pouvoir qui oublie, enfermé peu à peu dans l' ivresse des «hauteurs», qu'il y a d'autres (nouveaux ou anciens) pouvoirs tout aussi puissants ou aussi nuisibles.Un tel pouvoir ne peut que rencontrer des problèmes» (p102)