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Élection du Comité national olympique algérien: Mettre fin aux turbulences

par Said Mouas*

L'élimination de Raouf Bernaoui de la course à la Présidence du CNOA, en vertu des articles 06 et 17 de la loi N° 13-05 du 23 Juillet 2013 explicités par le décret d'application N° 14-330 qui interdit, d'une part, le cumul de fonctions exécutives et électorales des responsables locaux et nationaux et précisent, d'autre part, les modalités pratiques à mettre en œuvre en cas de démission et vacance du poste de président de la fédération sportive nonobstant l'article 3 de l'ordonnance N° 07 du 01 Janvier 2007 relative aux incompatibilités et obligations particulières attachées à certains emplois et fonctions, a fait l'effet d'une douche froide dans le milieu des supporteurs de celui qui fut durant la période de transition, Ministre de la Jeunesse et des sports sous la présidence de Abdelaziz Bouteflika. Outre le fait que la fédération Nationale d'Escrime, suite à ces décisions, vient de perdre sa qualité de membre de l'A.G. de l'instance olympique par la faute de son ex président et Ministre lequel ancien membre du gouvernement a fait preuve d'un mépris incompréhensible vis-à-vis de la Loi. Comme si l'armada de conseillers et de conseillères de son cabinet n'étaient là que pour faire de la figuration. Une fois remercié, notre escrimeur émérite a tout fait pour rebondir même si son court passage à la tête du secteur des sports s'est soldé par un bilan peu flatteur. Notamment à l'endroit de l'institution olympique qu'il n'a eu de cesse de torpiller et dont il était membre depuis Mars 2018. Nommé Ministre, exactement une année après, il aurait dû, comme le stipule la règlementation, démissionner du bureau exécutif du COA comme l'avait fait avant lui Sid Ali Lebib en 1993. Personne ne s'en était soucié. Pourtant lorsqu'il s'était agi de dégommer Chebbah, le DJS de Tizi Ouzou et président de la F.A.L.A. (président de la fédération algérienne des luttes associées) qu'il a lui-même ramené du COA, Mr Bernaoui a fait appliquer la règle du cumul à son ancien compagnon parce qu'il a refusé de se joindre à la fronde contre Mustapha Berraf ! Le même scénario s'est produit concernant Mesdoui, le président de la fédération de Karaté-Do, désigné DJS à Tiaret. Également membre du COA , ce dernier tombera en disgrâce pour n'avoir pas répondu à l'appel de sédition lancé par son Ministre qui lui fera payer son ingratitude. Mr Bessam le président de la fédération de Tennis qui intégra le bureau exécutif au même moment que Raouf Bernaoui en Juin 2018 subira, lui aussi, une forte pression. Une dérive autoritaire qui ne suscita aucune réaction de la part de la chefferie du gouvernement. Sabre au clair, le jeune Ministre s'était juré de couper les têtes des récalcitrants peu enclins à se ranger du coté des ‘' Putschistes''. La moitié du bureau exécutif du CNOA soit huit (08) membres font dissidence pendant que Hassiba Boulmerka et Nouria Merah Bénida annoncent le gel de leurs activités.

Dans l'euphorie du ‘'Hirak'' le nouveau Ministre, après avoir accusé les membres du bureau et leur président de mauvaise gestion et de dilapidation, veut imploser le CNOA de l'intérieur. Lassé par ces attaques, Mustapha Berraf dépose sa démission le 26 Avril 2020 malgré le soutien du bureau. Un mois auparavant il s'est fait lynché verbalement sur le plateau de T.V. de la chaine ENNAHAR qui l'avait piégé en l'invitant sans l'informer que le Ministre Raouf Bernaoui allait intervenir en OFF. S'en est suivi un déplorable déballage de la vie intime de Berraf « Tu te souviens quand je te ramenais des médicaments chez toi alors que tu souffrais...'' déclarera Bernaoui à l'oreille de millions de téléspectateurs et de renchérir sur les supposés mœurs du Comité national Olympique. Une révélation qui a soulevé l'indignation. L'outrance du propos aussi cynique que provocateur, proféré par un Ministre de la République, a de quoi en effet choquer même les plus farouches opposants de Berraf.. Il faut dire aussi qu'une bonne partie de la presse sportive, friande de scandales, ne s'embarrasse pas de scrupules pour souffler sur la braise et raviver les tensions. Affaibli par la maladie, Berraf renonce définitivement au poste qu'il occupe depuis 2017 et c'est seulement le 12 Mai que le bureau du CNOA , ou ce qu'il en reste, entérine cette décision. A presque une année de la fin de son mandat Mustapha Berraf est contraint de remettre le tablier tout en conservant son statut de membre du C.I.O (Comité International Olympique) élu lors de la 134ième session du 26 Juin 2019 ainsi que sa fonction de Président de l'ACNOA (Association des comités nationaux olympiques africains). Et dire que des étapes importantes (J.O. de Tokyo et J.M. d'Oran) pointent à l'horizon. D'ailleurs les analystes auront remarqué que parmi les candidats en lice pour la présidence du CNOA, hormis Hammad Abderrahmane, médaille de bronze à Sydney-2000 en saut en hauteur et chargé dans un premier temps d'assurer l'intérim suite au départ de Berraf, il n'y a pas de favori qui fasse l'unanimité. Les trois autres postulants en l'occurrence Samia Fergani membre de l'A.G. ex député à l'APN sous la bannière de la formation de Amar GHOUL et ancienne arbitre de Foot Ball féminin, Kerboua Mabrouk membre du bureau et ex président de la fédération de Cyclisme et Sid Ali Lebib, ancien Ministre de la Jeunesse et des sports, et judoka d'une cuvée aujourd'hui oubliée, partiront à chances égales.

La proximité de la fin du mandat (2021), entamé par Berraf en 2017, a probablement dissuadé quelques membres à se présenter. Ils ont préféré attendre que la situation s'éclaircisse. Pour l'instant ils affutent leurs armes en prévision de la grande messe prévue dans moins d'une année. Au final, c'est un Comité Olympique affaibli par le travail de sape effectué par le dernier Ministre des Sports de l'ère Bouteflika, miné par les zizanies et les clans ,et qui ne doit son salut qu'à une poignée de membres rassemblés autour du président intérimaire, Mr Méridja Mohamed, qui va tenter de recoller les morceaux à la faveur de l'AG élective de Samedi prochain. Pour l'instant, Mr Raouf Bernaoui a réussi sa ‘'révolution'', pas celle qu'il préconisait en cas de victoire mais une autre moins élogieuse qui ressemble au slogan ‘'Moi ou le chaos''. La ‘'Baraka' qu'il dit avoir ramené avec lui, l'a, cette fois ci, abandonné. Personnage singulier, déroutant, d'une exquise gentillesse dans la vie privée mais qui croit dur comme fer en sa bonne étoile, Raouf Bernaoui a vite compris l'importance de la communication. Il affectionne les plateaux de T.V. et les conférences de presse. Usant d'un langage volontairement moralisateur perlé de formules mystiques et sous les allures d'un messie venu accomplir une mission de rédemption afin d'assainir le secteur de la jeunesse et des sports, il distribue les bons et mauvais points n'hésitant pas à l'occasion d'affermir son coté martial. N'a t-il pas permis aux présidents de fédération d'accéder à son bureau avec de simples badges ? D'aucuns seraient tentés de suggérer que sa passion pour l'escrime s'est nourri des récits de ces pieux chevaliers combattant le mal afin instaurer la Justice. Mais comme le dit un vieux proverbe chinois « Les excès tuent plus sûrement que les épées ».

Un prestige écorné par les querelles

Le comité national olympique algérien naguère aréopage de personnalités sportives triés sur le volet et jouissant d'un certain prestige est devenue donc au fil des cycles quadriennaux un terrain de confrontation électoral qui sied mal à sa noble vocation. En fait, force est de le reconnaitre, le renouvellement progressif des fédérations sportives a permis, dès le début des années 90, à une large frange de nouveaux dirigeants aux profils contestables d'investir les rouages du mouvement sportif national. Par la force des textes ils se sont retrouvés ainsi électeurs et membres éligibles à des postes sensibles au sein des structures de gestion. Ce qui a fait dire à beaucoup d'anciens acteurs de la vie sportive que la baisse du niveau d'encadrement des associations est essentiellement dû à la disparition de ces valeureux bénévoles qui prenaient à cœur leurs tâches. On en parle parce ce que, actualité oblige, un important rendez vous sportif, qui n'a pas fini de faire couler de l'encre et de la salive, se tiendra Samedi prochain. La tenue de l'assemblée générale extraordinaire élective du comité national olympique algérien appelé à choisir son 15 ième président depuis la naissance de l'instance olympique en octobre 1963, année où Mr Mohand Amokrane Maouche , Médecin de son état, inscrira le premier son nom sur les tablettes de la prestigieuse institution, s'annonce comme un repère majeur pour l'avenir du sport d'élite. Après le Docteur Maouche se relayeront d'autres serviteurs du sport national à l'image de Mrs Omar Dahmoune, Med Zerguini, Abdennour Bekka, Med Salah Mantouri, Si Mohamed Baghdadi, Sid Ali Lebib, Mustapha Larfaoui et Mustapha Berraf . Le plus long règne a été celui du Colonel Zerguini qui est resté 15 années sans discontinuer à la tête du C.O.A. (Juin 1968 à Décembre 1983). Mais d'entre toutes les périodes, ce sont certainement les trois mandats effectués par Mr Mustapha Berraf de 1996 à 2009 ainsi que le tumultueux épisode ayant marqué la présidence du Pr Hanifi, qui auront ébranlé la légendaire sérénité de la succursale algérienne de l'olympisme.

Conflits personnels, interprétations tendancieuses des textes nationaux et de la charte olympique ajoutés à une volonté manifeste de réduire le C.O.A. à un cénacle fermé sur lui-même par le jeu des clans, ont vite fait de le dépouiller de ses fondements originels autrement plus nobles. Le processus de délitement- est-il besoin de le rappeler ? - a débuté à la faveur de vent de ‘'démocratie'' sportive qui a soufflé entre 1995 et 2004 et qui a permis à une faune de dirigeants de s'accaparer des leviers du sport national et de noyauter clubs, ligues et fédérations ; ces dernières contrôlant le C.O.A. Même le décret 405/05 brandi comme parade contre ces dérives n'a pu remettre de l'ordre. A l'instar du reste des secteurs rongés par le clientélisme et la prébende, le monde des sports généreusement soutenu par les caisses de l'Etat attire du monde.. Un système arrivé à bout de souffle auquel le football professionnel version Raouraoua asséna le coup de grâce. La politique et le sport ont toujours fait bon ménage. Une entente, aujourd'hui plus que jamais, pervertie par l'intrusion féroce de l'argent. Tout cela pour dire que le comité olympique algérien, émanation naturelle des composantes activant au sein du système sportif, ne peut être que le reflet de cette agitation ambiante. On espère que l'avenir ne nous donnera pas raison. Le COA, produit d'une lente incubation dont les acteurs ou les auteurs se disputent actuellement la dépouille. En Mars 1996 , Mustapha Berraf a vécu une conjoncture similaire. Forcé au départ, il délègue ses pouvoirs à un intérimaire durant 20 mois avant que Larfaoui ne vienne prendre la relève. En 2009, à deux jours de la tenue de l'A.G. élective du COA il annonce son retrait de la course emboitant le pas à Sid Ali Lebib. Des désistements qui, à ce jour, n'ont pas révélé tout leur secret. Dépité, Berraf déclare à l'APS « Oui, je confirme mon retrait définitif du COA... » . Pendant que l'ancien Judoka et Ministre de la jeunesse et des sports avoue s'être ‘'retiré spontanément'' un inconnu, Belhadj Med de la Fédération des sports Scolaires, profite momentanément de l'aubaine puisque une fois élu il est sagement prié de remettre son bâton de Maréchal. L'oukase venu d'en haut ouvre les portes au Dr Hanifi qui achèvera son mandat en queue de poisson sans avoir néanmoins donné du fil à retordre à ses adversaires. Voilà que sur ces entrefaites, surgit ,on s'y attendait un peu, Mustapha Berraf pour revendiquer son rôle de militant au service du sport oubliant du coup sa promesse lancé trois ans auparavant « Le COA, c'est fini...». Il multiplie alors les sorties médiatiques grâce à un précieux carnet d'adresses que des années de pérégrinations politico-sportives et administratives ont patiemment alimentées. Avec un C.V. truffé de fonctions à donner le tournis, il fut successivement responsable dans la filière du lait, des supermarchés, du Tourisme, des résidences d'État, député honoraire (10 ans), membre de plusieurs conseils d'administration et d'instances sportives nationales et continentales , 17 années de présidence au COA etc.., Berraf Mustapha basketteur international de 1971 à 1984 était doté d'un don d'ubiquité jusque là jamais égalé. Il a eu au moins le mérite de rendre visible son passage et d'avoir apporté sa pierre. Mohamed Raouraoua à une époque donnée, utilisa également le même ton désabusé pour proclamer son intention de ne plus briguer de mandat. On connait la suite. Les avanies de la fonction résistant mal aux privilèges que confère la notoriété. Et puis, ne dit-on pas qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas ? A l'époque Berraf a fait du renouveau son slogan de campagne. Cependant pour avoir suivi de près l'évolution du mouvement sportif national durant ma longue carrière de journaliste et de cadre de la formation dans le domaine de l'EPS, j'ai le net sentiment que de tous les présidents qui se sont relayés à la tête du COA, celui qui a fait preuve de plus d'intelligence et de maturité reste sans conteste Si Mohamed Baghdadi. En dépit d'un court mandat, de Mars 1988 à novembre 1989, cet ancien champion d'Algérie d'athlétisme et ex- Secrétaire Général du conseil supérieur africain des sports et du ministère de la jeunesse et de sports a été un moderniste avant l'heure. Il a tenté de coller au plus près des principes de l'olympisme en démocratisant le COA et en insufflant à la structure un dynamisme à nul autre pareil. N'est ce pas lui qui a créé les comités olympiques de wilaya et rénové les commissions au sein du COA, voulant ainsi par ces actions remettre à niveau une institution longtemps confinée dans un état de stricte représentation. Mais les tenants de l'immobilisme craignant pour leur confort ne l'entendaient pas de cette oreille et Si Mohamed Baghdadi, le fort en thème, dût abandonner la partie.

Le fameux ‘'Frigo'' branché à l'article 120 du FLN, ce goulag invisible des années de plomb réservé aux meilleurs fils du pays craints pour leurs compétences et leurs idées, a fonctionné à plein régime. Les dégâts de cet ostracisme sont aujourd'hui incommensurables, pas que dans le secteur de la Jeunesse et des sports. Après avoir rendu à César ce qui lui appartient en guise d'hommage, nous formulons l'espoir que le futur président du COA saura s'inspirer des leçons du passé afin de redonner à la structure l'aura qui lui manque et surtout l'impliquer dans les grands débats qui agitent la sphère sportive. La violence dans les stades, la corruption dans le milieu du Foot Ball, le développement des valeurs de l'olympisme et la nécessité de s'ouvrir à tous les partenaires du système national d'éducation physique et sportive en démocratisant le COA . En sorte, le rendre plus visible à l'échelle des régions du pays où son utilité face aux maux qui affectent gravement la société, mérite d'être actionnée. En finir avec les réflexes d'antan et ne voir en la fonction qu'un moyen d'accéder à la rente et aux privilèges. L'assemblée générale et le bureau exécutif n'ont plus droit à l'erreur car la situation exige plus que des intentions. Des actes. Une unité recouvrée au sein du Comité National Olympique, à l'orée d'une Algérie nouvelle et à l'approche de grandes échéances internationales, constituerait un pas important dans le renforcement de notre immense potentiel sportif.

*Expert sportif et Auteur.