Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Sonatrach serait la cible de fake news pour l'affaiblir

par Reghis Rabah*

Un article publié par Reuters le 27/08/2019, repris par TSA et El Watan, délivre manifestement deux messages adressés à l'opinion publique Algérienne et dont la source, citée par cette agence anonyme qui a intérêt à les envoyer saute aux yeux. Le premier pour dire que le mouvement de dissidence populaire, pacifique et civilisation el, ayant réalisé des acquis considérables en matière de lutte contre la corruption, admiré par le monde entier, augmente selon ce message « le risque pays » qui fait fuir les investisseurs dans l'amont pétrolier et crée un marasme au sein du groupe Sonatrach. Le deuxième est l'équipe du PDG limogé qui a préparé un programme pour la production pétrolière et gazière qui reste « toujours en cours.» Or, si l'on compare donc cette période allant du 22 févier 2019 à ce jour avec celles précédentes, on remarque incontestablement le contraire qui se produit. Comment ?

Ce n'est pas la première fois que l'agence Reuters cite des sources anonymes pour justifier ses Fake News à propos de l'Algérie. Lorsqu'il s'agit du secteur des hydrocarbures et notamment de Sonatrach, cette agence n'a jamais manqué l'occasion pour servir les intérêts de certains partis qui tentent de brouiller la stratégie du mastodonte en la réorientant de ses objectifs originels. On se rappelle son soutien par faire les éloges de Chakib Khelil en le présentant comme « un messie » lors des débats sur la loi des hydrocarbures de 2001 à 2005. Rappelons aussi ses informations très anciennes sur des prétendus pourparlers autour d'une livraison du gaz algérien aux Italiens au détriment des sociétés françaises pour mettre de l'huile sur feu dans la relation franco- Algérienne déjà très tendue à l'époque de Sarkozy suite au refus de la communauté européenne de permettre à Sonatrach de commercialiser son gaz directement en Europe en créant sa propre filiale commerciale. Dans un passé très récent, Abelmounene Ould Kaddour lui donne la primeur et la fraicheur des informations sur tout ce qui concerne la stratégie de l'entreprise Sonatrach dont il venait d'en avoir la charge : D'abord l'acquisition officielle de la raffinerie d'Augusta italienne, le retour éminent d'Exxon Mobile, la création d'une joint venture avec Chevron, la vente de l'ensemble des actifs d'Anadarko à chevron et enfin l'histoire de la surenchère d'Occidental Petroleum pour la même opération. On comprend aisément sans aller très loin dans les analyses et les spéculations que Bloomberg et Reuters servent un lobbying dont le chef de fil est Chakib Khelil dont on connait ses intentions et son influence sur le secteur de l'énergie sur lequel il disposait d'un plein pouvoir qui lui été décrété par son ami Abdelaziz Bouteflika en donnant un coup de grâce au haut conseil de l'énergie (HCE) qui n'avait pas siégé depuis 1995 pour des raisons qui ont obligé Liamine Zeroual d'anticipera son départ à cause de sa vision de ce secteur. Il est le seul sur conseil du feu Abdelhak Benhamouda, qui ont compris les enjeux cachés de la restructuration organique et financière de Sonatrach début des années 80 dont l'objectif est de l'affaiblir par une déstructuration de son processus intégré. Ils l'ont donc doté d'un statut de groupe puissant avec toutes ses filiales parapétrolières en rendant l'ensemble de ses actions propriété de l'Etat en plus de son verrouillages à toute convoitise par la règle des « I » insaisissable, inaliénable et surtout incessible. Depuis le départ de Ould Kaddour et la crise politique que connait le pays, ses lobbies sont revenus à la charge pour enfoncer le clou par une tentative de manipulation de l'opinion publique en diffusant les signes d'un certain marasme dans cette entreprises. Pourquoi? Parce que, dit –on rien ne se passe actuellement, tout est en stand by à part la production qui cours toujours.

Revenons d'abord sur cette offre des compétences d'Ould Kaddour aux qataris

Il faut signaler d'emblée que ce cadre après ses déboires dans l'affaire Brown and Root Indistrial Services, il a rejoint les équipes du moyen Orient dont les Emirats Arabes Unis et y est resté en contact avec les cabinets très actifs au Qatar. Certaines langues se délient pour imputer sa nomination à la tête de Sonatrach par l'axe extra constitutionnelle Chakib Khelil – Sais Bouteflika dont tous les Algériens connaissent aujourd'hui leurs desseins, sur les recommandations du Qatar qui ne rate jamais l'occasion d'affaiblir Sonatrach pour d'abord la concurrencer dans le domaine de la vente du gaz en Europe à travers la France, terrain de chasse favori des Algériens, ensuite il a tenté à plusieurs reprises du temps de Chakib Khelil avec sa complicité bien entendu de s'emparer du circuit de commercialisation des produits pétroliers en rentrant dans le capital de Naftal. Plus tard, Ould Kaddour en poste devait favoriser pour cela plusieurs cabinets dans le domaine de la sous-traitance, pourtant disponible au niveau national. On apprend désormais à la base que le système de l'organisation des différentes spécialités pratiquées en Activité, filières et postes a été confié à un cabinet étranger évoqué vaguement sous le sigle GMC, ce qui donne sur internet Global Managing Consultants, un groupe basé à Dubaï, mais très actif au Qatar. Il s'est appuyé sur une approche de l'International Human Ressources Development Corporation IHRDC, lit-on, pour proposer 21 filières dont les ressources humaines constituent le fourre-tout. Pour l'élaboration de la loi sur les hydrocarbures par exemple si l'on croit le responsable qui en a la charge (01), les cabinets étrangers sollicités au nombre de trois Curtis, Hartree Parner et McKinsey n'ont fait que mener un diagnostic, et établir les références par Benchmark qui va aider à l'élaboration de la loi. En termes simples, le plus important est fait par les Algériens pour la plus part retraités et il, cite Nordine Aït Laoussine, Youcef Yousfi, Abdelmadjid Attar, Nazim Zouioueche, Noureddine Cherouati et Said Sahnoun. La proposition des trois types de contrat, ce qui est essentiel dans un code minier, ce sont les Algériens qui en avaient l'idée. Le Qatar aujourd'hui qui s'est invité dans le débat de la crise algérienne en octroyant des visas aux personnalités politiques pour la débattre dans sa chaine propagandiste El Djazira (02). Son Objectif est sans aucun doute de discréditer le limogeage d'Ould Kaddour en le recyclant chez eux pour faire tromper l'opinion publique en présentant ce cadre Algérien comme une compétence que l'Algérie aurait perdu à travers une mauvaise décision de son limogeage. Les experts algériens, ont toujours mis en exergue, la fuite des vrais cerveaux vers le Qatar des compétences Algériennes formées à la sueur des citoyens à l'étranger comme c'est le cas justement d‘Ould Kaddour pour profiter de leur expertise dans surtout le domaine de liquéfaction du gaz naturel. L'Algérie est pionnière dans ce domaine pour avoir construit la première unité de liquéfaction du gaz naturel au monde en 1964 à Arzew, Camel. Elle maitrise les 4 procèdes de liquéfaction, même les russes ont voulu profiter de cette expertise par la création des joints venture.         

Mais le Qatar les a pompés en offrant des salaires que Sonatrach ne pouvait se permettre pour monter son méga projet Ras Laffan qui reste majoritairement exploité par des cadres Algériens.

Le Hirak n'a eu aucune incidence sur le secteur pétrolier

Les compagnies étrangères dont l'objectif est le partenariat gagnant /gagnant continuent à accorder un intérêt particulier au marché algérien des hydrocarbures, contredisant fermement les analystes et notamment « ces sources anonymes » que cite l'agence Reuters sur une certaine fuite des investisseurs en réaction à la situation politique du pays. De nombreux accords ont été signés notamment dans la fourniture du gaz naturel liquéfié sur de longues durées. Ceci a été clairement confirmé par le ministre de l'énergie Mohamed Arkab dans un entretien qu'il a accordé à l'agence Algérienne APS en juillet dernier « En dépit de la crise politique en Algérie, les projets en cours dans le domaine de l'énergie continuaient de fonctionner normalement, précisant qu'aucun désengagement des partenaires de l'Algérie n'a été enregistré. » On compte selon ses propres déclarations les partenaires traditionnels et de nouveaux investisseurs très intéressés par le domaine minier algérien et les avantages qu'il offre dont un taux de succès géologique appréciable. Jusqu'à présent il se situant au-delà des 50% , a fait que très peu sinon aucun partenaire n'est parti de l'Algérie perdant dans un secteur fortement capitalistique et comportant pourtant un risque global très haut en comparaison à la moyenne dans le monde. En ce qui concerne les traditionnels, on compte le contrat signé le 16 mai dernier entre Sonatrach et l'italien ENI pour le renouvellement de celui de vente/achat de gaz naturel à long terme destiné à la population italienne suivi de nouvelles conditions du partenariat relatif à l'exploitation du transport maritime par canalisation (TMPC). Cette même compagnie a exprimé une volonté ferme « d'accélérer le développement de leurs nouveaux projets pétroliers et gaziers dans la région Berkine Nord, située dans le sud algérien. » Le 26 juin dernier « Sonatrach avait, par ailleurs, signé un accord avec le groupe énergétique italien «Ente nazionale per l'enrgia electtrica» (ENEL) pour le renouvellement de leur contrat de vente/achat de gaz naturel pour une durée de dix (10) ans. » relaté même par les responsables des deux parties, la conclusion de ces accords « constitue une franche reconnaissance de la « fiabilité de l'Algérie en tant que fournisseur de gaz à l'Europe du Sud. ». Le Portugal, représenté par sa société pétrolière et gazière portugaise Galp Energia vise aussi un partenariat stratégique puisqu'elle vient de signer en juin dernier avec Sonatrach une série d'accords, relatifs à l'approvisionnement en gaz naturel algérien du marché portugais pour un volume de 2,5 milliards m3 par an. En vertu de ces accord précise l'APS « la compagnie nationale des hydrocarbures et le portugais, Galp, prolongent d'une durée de 10 années supplémentaires leur partenariat historique ». Les Américains, eux aussi n'ont pas manqué à l'appel puisque l'américain KBR avait signé le 22 mai dernier dans un partenariat triangulaire entre ce groupe, Sonatrach et Cepsa pour le réaménagement du champ de Rhourde El Khrouf (RKF) situé au sud ouest d Hassi Messaoud. Ce contrat concerne la fourniture d'ingénierie de base (BED) et celui d'avant projet détaillé (FEED). Pour ce même pays et dans le même cadre, on a assisté à la venue d'un haut responsable de l'Agence Américaine du Commerce et du développement (USTDA) à la recherche dans le domaine du développement économique toute activité confondue. De nombreux autres pays comme la France et l'Espagne ont eux aussi fait part de leur « volonté indéfectible » rapporte l'APS pour « œuvrer à développer un partenariat pragmatique avec l'Algérie dans le secteur de l'Energie et pas seulement. » « L'Indonésie a elle aussi, affiché son attachement au marché énergétique algérien puisque sa société publique des hydrocarbures, PT Pertamina a récemment rendu public un plan de croissance en Algérie, en prévoyant une hausse de 10 % de la production pétrolière et gazière, avant fin 2020. »

Ce n'est pas vrai, la production n'est pas toujours en cours suivant le programme !

La croissance du secteur des hydrocarbures s'est caractérisée par une baisse de -7,7% au 1er trimestre 2019, contre -2,4% durant la même période de l'année écoulée. Elle était, rappelons le, de + 7,7% en 2016. Lorsqu'on sait ce que représente les gisements du pétrole et du gaz pour la contre partie de leur exportation pour l'entrainement des autres secteurs, les spécialistes en ont fait une autre lecture que celle de ces organes de presse sensés donner l'information telle qu'elle se présente et surtout dans l'ordre qu'on veut qu'elle le soit. Donc de nombreux cadres du mastodonte semblent très inquiets de cette nouvelle baisse qui pourrait entrainer « une cessation des exportations à très court terme » lit –on dans une lettre anonyme d'alerte .Pourquoi ? Parce que selon cette source cette baisse de la production serait aussi liée à un manque d'entretien des gisements.

Si l'on croit la même source, depuis juillet 2017, et à la date actuelle juillet 2019 , dans le seul but de doper les chiffres l'exportation afin de compenser en partie du déclin provoqué par la déstructuration de l'organisation, la marginalisation des compétences, des cadres intègres qui ne signent pas par devoir de réserve, l'équipe d'Ould Kaddour notamment les principaux responsables de la chaine Amont : ont pris la décision de détourner selon ces cadres les gaz associés destinés à la réinjection afin de les comptabiliser comme production additionnelle « jamais comptabilisés au paravent, et les mettre dans le pipe pour l'exportation » ajoutent- ils. Ces gaz irrécupérables, ont un impact direct sur la réduction des réserves d'hydrocarbures algériennes, et sur l'extinction prématurée des gisements :

- 10 milliards de m3 ont été soustraits et vidés de Hassi Messaoud (ces volumes destinés à la réinjection, pour maintenir la pression et les conditions optimales pour maximiser les réserves, la production à long terme).

- 4 milliards de m3 ont été soustrait et vidés du gisement de Rourde baguel (ces volumes destinés à la réinjection, pour maintenir la pression et les conditions optimales pour maximiser les réserves, la production à long terme)

- 15 milliards de m3 ont été soustraits du cyclage de Rhourde Nouss (ces volumes destinés pour optimiser le condensat)

Conclusion

Si ce tintamarre concerne le recul d'Exxon Mobile est Chevron dont l'intention affichée d'ailleurs est l'exploitation du gaz de schiste en visant une assistance technique mais via un lobbying et non celui gagnant/ gagnant. Ces compagnies avaient estimé que le départ de Bouteflika, sera suivi impérativement par Ould Kaddour sur lequel est fondé ce partenariat Maintenant historiquement, Ni Exxon ni chevron, n'ont jamais été intéressés à venir en Algérie investir, notamment lorsque l‘opportunité des découvertes et de développer de nouveaux gisements importants y était, à l'image de BP, ENI, Anadarko qui ont pris des parts en Algérie. Chevron n'était intéressé que par les gisements existants pour minimiser au plus bas les risques tout en maximisant leurs mises. C'est humain, mais cela n'arrange pas l'Algérie dont l'objectif est d'explorer son vaste domaine miner qui s'étale sur plus de 1,5 millions de Km2 pour augmenter ses réserves afin de financer ses besoins économiques et sociaux et développer les autres secteurs.

*Consultant, Economiste Pétrolier

Renvois

(01) http://www.aps.dz/economie/86807-nouvelle-loi-sur-les-hydrocarbures-trois-types-de-contrats-petroliers-retenus