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Trump dénonce unilatéralement le Traité signé avec l'Iran: L'impérialisme, stade suprême de l'illégalité et de l'injustice

par Abdelhak Benelhadj

Mercredi 14 juillet 2015. Après 21 mois de négociations internationales acharnées pour empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique Il avait été signé par le groupe dit « 5+1 » (les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité plus l'Allemagne)

Mardi 08 mai 2018. Donald Trump depuis la Maison Blanche annonce le retrait pur et simple des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien avec un retour de toutes les sanctions américaines. « J'annonce aujourd'hui que les Etats-Unis vont se retirer de l'accord nucléaire iranien ». Il tiendrait ainsi quinze mois après son arrivée au pouvoir, une promesse de campagne. Précision : toutes sortes d'obstacles ont été dressées pour compromettre la concrétisation de la plupart des dispositions du traité signé. L'Iran n'en ayant en fait que peu bénéficié.

Justification : « Aujourd'hui nous avons la preuve définitive que la promesse iranienne était un mensonge », martèle D. Trump indiquant que l'armement atomique ne justifie pas seul sa décision. Il ajoute : « Le futur de l'Iran appartient à son peuple » qui mérite un « meilleur » gouvernement. Washington veut donc aussi faire tomber le régime iranien. Cela signifie que les Etats-Unis n'ont en réalité toujours pas digéré la perte humiliante de l'Iran du Shah au cours de l'hiver 1979, à peine 4 ans après leur débâcle à Saïgon (aujourd'hui Hô-Chi-Minh-Ville»).

« Nous allons instituer le plus haut niveau de sanctions économiques et toute nation qui aidera l'Iran dans l'acquisition de ces armes pourra être aussi sanctionné sévèrement par les Etats-Unis ». L'aide à laquelle fait référence D. Trump, comprend toute relation sous quelque forme que ce soit, (militaire bien sûr, mais aussi économique, financier, technologique...) qu'une entreprise ou pays entretiendrait avec l'Iran qui concourrait, directement ou indirectement, à permettre à ce pays d'accéder à la maîtrise de l'armement atomique.

Vendredi 11 mai. Soit trois jours plus tard, le responsable des inspections au sein de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Finlandais Tero Varjoranta, annonce sa démission surprise, relayée par l'agence onusienne, sans en donner la raison à Vienne, où elle a son siège, dans un singulier silence médiatique.

Le directeur général de cette agence l'AIEA Yukiya Amano a pourtant confirmé ce mercredi 09 mai que l'Iran remplissait ses « engagements en matière de nucléaire », conformément à l'accord signé avec les grandes puissances, précisant que « l'Iran est soumis au régime de vérification le plus fiable du monde en matière de nucléaire ».

Cela n'a pas empêché les Etats-Unis de se retirer du Traité tout en exigeant que les inspections de sites nucléaires iraniens se poursuivent. « Nous devons être en mesure d'aller sur un site et de vérifier ce site. Nous devons être en mesure d'aller dans leurs bases militaires pour voir si oui ou non ils trichent », réclame, jeudi 10 mai, Donald Trump qui cyniquement d'un côté renie la signature de son pays, mais de l'autre impose à son ancien co-contractant le respect d'un traité qu'il ne reconnaît plus.

Comment peut-on accueillir sur son sol le concert des nations et en bafouer les lois et règlements ?

Rupture avec B. Obama ?

Jusque-là, les Etats-Unis prenaient soin d'habiller leurs interventions d'un semblant d'unanimité internationale qui prend la forme d'une « coalition » à la tête de laquelle ils se plaçaient.

Mise en oeuvre lors de la destruction de la Libye de Kadhafi en 2014, la stratégie de B. Obama tranchait nettement avec celle de ses prédécesseurs et de son bruyant successeur : « leading from behind ». Elle conférait deux avantages : ne pas apparaître aux yeux des opinions publiques comme des va-t-en-guerre et financer une part importante des opérations par des sous-fifres pressés de jouer les premiers rôles et de redonner vie aux clichés défraîchis des lustres impériaux.[1]

Près de 40 ans après, E. Macron imite R. Reagan et lance sans craindre le ridicule aux patrons réunis à Davos le 24 janvier 2018 : « France is Back ! »

L'Amérique d'Obama, à ce jeu, n'était pas moins dangereuse et ne cédait pas un centimètre carré de son emprise totale sur les engagements militaires en Libye, que ce soit sur le plan tactique ou stratégique : information, communication, logistique, hiérarchie des cibles, arbitrage en temps réel, conduite des actions sur le terrain...

Les opérations au Mali et plus largement au Sahel procèdent de la même logique.

A dire vrai, la première guerre du Viêt-Nam platement perdue par la France de R. Coty en mai 1954 avait été - dans le contexte de la Guerre Froide - discrètement mais solidement soutenue par Washington qui reprend directement les affaires en main, discrètement à partir de 1955 et massivement dix ans plus tard, avec l'issue que l'on sait en mai 1975. Depuis l'avènement de l'ère Sarkozy, confirmée par F. Hollande et E. Macron, la France ressemble furieusement à celle de la IVèmeRépublique résolument atlantiste, sioniste et passablement néocolonialiste.

Le reste relève de l'habileté des communicateurs... La France a perdu bien plus qu'une bataille à Ðiện Biên Phủ.

Dans le cadre d'un système inamovible où les objectifs n'ont jamais changés, D. Trump, héritier des John Wayne et du western hollywoodien, avec un sens grandiloquent du spectacle qui lui est propre, tranche nettement avec B. Obama.

Le droit, les lois ou la couverture d'une coalition de supplétifs plus ou moins consentant, il n'en a cure. Seuls comptent les intérêts américains. Avec une outrance et de la forfanterie infantile. Le président américain se plaît à clamer haut et fort le mépris qu'il dédie aux traités, aux conventions et à la justice. Y compris à ses plus proches « alliés ».

La stabilité est le produit, non d'une tractation rationnelle, mais celui de l'exercice d'un rapport de forces naturel. Cela est plus conforme à l'image que l'Amérique se donne d'elle-même et à elle-même. Ce qui explique l'engouement des foules, notamment du Middle West, autour de leur président. A l'évidence, B. Obama ne trouvait grâce au mieux qu'auprès des Américains de Manhattan, du Nord d'Est ou de Californie. Les intellectuels, encore moins à peau noire, n'ont aucune audience chez les « cow-boys », particulièrement chez ceux, et ils sont nombreux en ces milieux, dont le QI ne dépasse guère celui de leur troupeau.

Une longue histoire d'empire hors-la-loi.

Nul besoin de remonter au XIXème siècle, au cours duquel les interventions américaines « pour remettre de l'ordre » en Amérique Latine ne se comptent pas. On peut donner quelques exemples après la seconde guerre mondiale, après la fondation des Nations Unies, sur la ruine de La Société Des Nations, et la mise en place d'un droit international violé par ceux-là même qui s'en portent gardiens. Et quelques fois le transgressent au nom même de ce droit.[2]

25 octobre 1983. L'« Operation Urgent Fury » ordonnée par R. Reagan. La Grenade, une petite île des Caraïbes, un minuscule Etat indépendant est envahi au mépris du droit international sous le prétexte que cette île « était en train de devenir un nouveau Cuba »… Une Grenade castriste ? Forfait évidemment insupportable...

Aujourd'hui, reprenant les mots de Netanyahu, D. Trump accuse (sans preuves) les Iraniens de duplicité, de dissimulation, de mensonges.

A-t-il oublié que ce sont les Américains qui ont fabriqué de toutes pièces de fausses preuves (avec la complicité de nombreux pays, dont la Grande Bretagne de A. Blair) pour tenter (et échouer) de justifier leur attaque de l'Irak en mars 2003 ?

La « libération » américaine de l'Irak a fait oublier toutes les exactions du « dictateur » Saddam Hussein : torture systématique dont la prison de Abou Ghreib a montré l'ampleur, « bavures » à répétition, centres de supplice discrets off shore un peu partout dans le monde où des « Torquemada » privés et publics agissaient à loisir. Avec la création illégale d'une prison à Guantanamo, pour échapper aux lois américaines. Au vu et au su de tous les biens pensants.

Trump est allé jusqu'à nommer la semaine dernière Gina Haspel une ancienne tortionnaire ès qualité, déclarée et assumée, mais absoute par une commission du Congrès, à la tête de la CIA.

« L'extraterritorialité ». Nouveau mot, ancienne pratique.[3]

L'extraterritorialité des lois américaines, c'est-à-dire ayant une effectivité juridique en dehors des Etats-Unis, entraîne des sanctions affectant des entreprises non américaines à propos d'arbitrages qui ne concernent pas les Etats-Unis et se déroulent hors de leur territoire. Cette extension universelle de compétences pose de nombreux problèmes. Au reste, elle n'est pas nouvelle. Elle est constitutive de l'Amérique triomphante, notamment sous le premier Roosevelt (Theodore, le républicain) et W. Wilson, dès la Première Guerre mondiale.

L'effondrement de l'Union Soviétique va ouvrir grand l'espace de liberté de coercition à une hyperpuissance face à laquelle il n'y a plus de concurrent de taille semblable.

Parmi les lois unilatérales les plus proche de nous, on peut distinguer la loi d'Amato-Kennedy, adoptée par le Congrès le 8 août 1996 et visait à sanctionner les «États-voyous» (Rogue states) en raison de leur soutien au « terrorisme international », de leur volonté de se procurer des « armes de destruction massive » et de leur hostilité au processus de paix au Proche-Orient.

On voit bien comment la paix est mise en oeuvre par le couple Netanyahu-Trump... Quand aux Etats-voyous...

Elle conférait au président américain davantage de pouvoir dans l'application de sanctions économiques et lui donnait le devoir de punir tout opérateur dont l'investissement supérieur à 20 millions de dollars par an, qu'il soit américain ou non, est effectué dans le secteur énergétique en Iran et en Libye.

En mai 1998, l'Union européenne et les États-Unis parviennent à un compromis : en échange de l'engagement de l'UE d'essayer de dissuader l'Iran d'acquérir des armes de destruction massive, les États-Unis acceptent de lever les sanctions prises contre les sociétés européennes qui tombent sous le coup de la loi d'Amato-Kennedy. C'est à un arrangement analogue que songent aujourd'hui les Européens.

En 1996, la loi extraterritoriale Helms-Burton (officiellement, Cuban Liberty and Democratic Solidarity (Libertad) Act of 1996, aussi appelée Helms-Burton Act) renforce sous la présidence Clinton l'embargo contre Cuba décidé en février 1962. Les instigateurs de cette loi sont deux parlementaires républicains : le sénateur Jesse Helms et le représentant Dan Burton. En 52 ans, les pertes occasionnées à l'économie cubaine s'élevaient en 2014 à plus de 116 Mds$.[4]

De 1992 à 2013, 13 projets de résolution ont demandé la fin de l'embargo, voté à l'écrasante majorité par les Nations Unies. En 2013, Cuba avait reçu un soutien record de 188 pays. Systématiquement, Israël a voté contre avec les Etats-Unis.

1.- Le problème n'est pas que les Etats-Unis se retirent d'un Traité qu'ils ont signé. Le problème est qu'ils se substituent aux Nations Unies, se posent en concurrents de la Communauté internationale et affirment l'universalité de leurs lois et de leur interprétation, ainsi que la sanction de leur transgression, sans accord avec un tiers. Un justiciable américain peut déposer plainte contre un Etat étranger dans un tribunal de son pays et espérer avoir gain de cause.

Liberté des « Fonds Vautours » ont exploitée en spéculant contre l'Argentine en avril 2016 et obtenu satisfaction. Cette résolution a été précédée par un « coup d'Etat soft » en novembre 2015 qui a placé à la tête de l'Argentine un régime proche de Washington, à la place du gouvernement dirigé par Cristina Kirchner. Aujourd'hui, le pays en faillite tend la main au FMI pour une descente aux enfers promise à tous les pays imprudents qui y ont eu recours... Des coups de force de même nature se sont produits ailleurs, notamment au Brésil voisin où la présidente D. Rousseff a été destituée selon des procédures constitutionnelles plus que suspectes, traînée devant les tribunaux en compagnie de l'ancien président Lula qui n'a rien retenu de la leçon d'Allende du 11 septembre... 1973.

2.- Dénoncer un Traité, sans concertation avec les co-signataires, sans justifications crédibles en dehors de vagues envolées morales, dégrade la fiabilité de la parole des Etats-Unis. Il s'agit de la première puissance militaire de la planète. Cette défaillance entraîne une déstabilisation géopolitique globale et des incertitudes graves sur la paix internationale. Imposer unilatéralement et arbitrairement son droit à toute la planète revient à nier l'existence d'un droit international partagé et détruit le concept même de communauté internationale.

3.- Le retrait du Traité « 5+1 » qui renie la signature de leur pays s'accompagne d'actes de violation caractérisée du droit international. Ils occupent et bombardent sans mandat la Syrie, un pays souverain, et déplacent leur ambassade à Jérusalem dont le statut interdit qu'on puisse la tenir toute entière comme capitale d'un Etat annexant d'autorité une part de cette cité qui ne lui appartient pas. Un acte puni par le droit international et condamné par la Charte des N.-U.

Israël enfreint impunément les résolutions de l'ONU avec le soutien actif de Washington qui bloque toutes celles qui lui sont hostiles et qui les transgresse sans état d'âme à son tour.

4.- La monnaie américaine, dès les Accords « anglo-américains » à Bretton Woods au cours de l'été 1944 posait les problèmes que le monde n'a cessé de connaître depuis. La création du SME en 1979 et celle de l'euro en 1999-2002 n'ont fait que limiter sans les annuler les effets dévastateurs de la politique d'un pays qui utilise sa monnaie et les marchés financiers au service exclusif de ses intérêts.

Là aussi on retrouve cette extraterritorialité du pouvoir qu'un Etat exercé sans partage sur les autres.

Quelques illustrations de cette inique et irrationnelle situation :

87% des opérations de change dans le monde, le prix des matières premières (coton, pétrole, maïs, métaux précieux...), sont libellées en dollar. Il en est de même de plus de 60% des réserves des banques centrales et de la moitié du commerce mondial.

80% des exportations sud-coréennes sont facturés en dollar, alors que seulement 20% d'entre elles sont destinées au marché américain. Trois quarts des billets de 100$ circulent hors des Etats-Unis.

En sorte qu'un des principaux pouvoirs que détient l'Amérique vient de ce qu'elle peut interférer dans des transactions dans lesquelles elle n'est pas impliquée : par exemple les termes d'un contrat pétrolier entre l'Algérie et la France, dès lors qu'elle peut faire varier de multiples manières la valeur de la monnaie dans laquelle le prix du pétrole est fixé.

En 1965, le Général de Gaulle sortait les forces armées de son pays de l'OTAN et, « en même temps », convertissait massivement en or les réserves en dollars de la France. En cela, il montrait combien les deux décisions étaient de même nature et relevaient de la même logique de souveraineté dont se gargarisent vainement depuis la cohorte pusillanime de ses successeurs qui, suprême ironie, le trahissent en célébrant la mémoire en toute circonstance.

Apple et Microsoft pèsent plus que toutes les valeurs indexées dans le CAC40. Plus de la moitié du capital de ces entreprises (de moins en moins françaises) appartient à des fonds étrangers, 26% d'entre eux sont américains. Black Rock détient 10% de St Gobain, 10% de Legrand et 8% de Vinci. Véritable poids lourd dans le monde des investisseurs, Black Rock possède 4 300 Mds$ d'actifs. Pour rappel, le PIB de la France s'élève, lui, à 2 400 Mds$…

D. Trump, le 08 mai : « Tout pays qui aidera l'Iran dans sa quête d'armes nucléaires pourrait aussi être fortement sanctionné par les Etats-Unis »

Cela signifie que toutes les sanctions levées en contrepartie de l'engagement pris par la République islamique de ne pas se doter de l'arme nucléaire sont rétablies. « Immédiatement » pour les nouveaux contrats, et d'ici le 6 août ou le 4 novembre 2018 pour les entreprises, y compris étrangères, déjà présentes en Iran, qui ont donc trois à six mois pour en « sortir » avant d'être frappées par les mesures punitives leur barrant l'accès aux marchés américains.

Les ennemis du « Monde libre », de l'« Occident » et de ses valeurs, étaient connus : la Russie de Poutine, la Chine, la Corée du nord, Cuba, l'Iran, la Syrie, Hezbollah, Hamas, le Venezuela, la Bolivie, l'Equateur... tous les jours, la litanie médiatique désigne ces « empires du mal » à la vindicte populaire sans nuance, sans débat : aucun représentant de ces pays, interdit de plateau et d'antenne, n'intervient librement pour défendre sa cause.

Pour la première fois, publiquement, depuis longtemps, les pays « alliés »s'ajoutent à cette liste.

D. Trump se retire du traité « 5+1 » et s'attaque donc directement à toute entreprise ou pays européen qui voudra en respecter la lettre, sans considération pour le préjudice occasionné.

En 1980, le gouvernement Carter (sous la pression des faucons de tous bords) a tenté de peser sur les Européens pour qu'ils ne livrent pas à l'URSS les turbines à gaz nécessaires à l'acheminement du gaz sibérien, sous prétexte que cela placerait l'Europe de l'Ouest sous dépendance énergétique. Les Européens sont alors passés outre.[5]

Plus aujourd'hui. Ils n'en ont ni les moyens ni la volonté de s'en doter. Bien le contraire. Depuis quelques années la pression exercée par Washington était devenue très forte. Les « alliés » ont consenti à voir de nombre de leurs banques et entreprises payer très cher la transgression des interdits américains.

En 2014, la BNP s'est acquittée d'une rançon de plus de 9 Mds$ pour avoir facilité des transactions avec Cuba et l'Iran. Il semblerait que Alstom n'ait évité un sort semblable qu'au prix de la cession de sa division énergie à General Electric... Avec la collaboration zélée de la délicieuse Mme Clara Gaymard, ancienne PDG de GE France, membre active de la Trilatérale et de la French-American Foundation. Fille du professeur Jérôme Lejeune et femme de Hervé Gaymard, ancien ministre de J. Chirac. La mort ourdie de Alstom vient de loin.

2017, Alstom n'existe plus : ce qui en reste a été récupéré par Siemens. La France a perdu son TGV, fleuron de son génie industriel. Les Français ne semblent pas s'en être aperçus... comme de la disparition de pans entiers de leur industrie au cours de ces 30 dernières années.

Airbus fait partie des grandes entreprises européennes particulièrement exposées à la reprise des sanctions américaines contre l'Iran. L'avionneur va probablement faire son deuil des commandes de compagnies aériennes iraniennes (Iran Air Tour, Zagros Airlines). 100 avions au total, dont des A320neo, valorisés à 20,8 Mds$ (17,5 Mds€) sur la base des prix catalogue. Sur cette même base, les commandes passées par Téhéran à Boeing s'élèvent à 17 Mds$ (14,3 Mds€).

L'avionneur européen a des usines aux Etats-Unis, et un nombre important de pièces installées dans ses appareils est fabriqué sur le sol américain, ce qui le met directement à la portée des sanctions américaines. Dans l'ensemble, c'est un coup dur pour l'industrie aéronautique car l'Iran aura besoin de 400 à 500 avions de ligne dans la prochaine décennie, estime l'Organisation iranienne de l'aviation civile.

L'Iran a demandé à Airbus de préciser s'il poursuivrait la vente d'avions de ligne à la République islamique après le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, rapporte vendredi dernier l'agence de presse Fars.

Prudents, les Iraniens n'on versé aucun acompte à Airbus pas plus qu'à son concurrent Boeing.

La branche automobile est aussi concernée : Peugeot (30% du marché iranien), Renault (7.5%), ainsi que la chimie, pharmacie, hydrocarbures (Sanofi, Total...) figurent dans la liste des victimes potentielles de la décision américaine.

Tout cela sans qu'à aucun moment ni Paris ni Bruxelles, en dehors des discours ronflants, ne soient venu concrètement à leur secours.

La procession des pleutres et des hypocrites.

Ce sont les esclaves qui font les maîtres. Jamais l'inverse.

Tous ceux qui s'opposent à la décision américaine ne procèdent pas des mêmes argumentaires.

Face aux Etats-Unis qui violent délibérément et à leur convenance les traités qu'ils ont ratifiés et le droit international auquel ils participent, les européens dont les intérêts sont bafoués se contorsionnent « prudemment », bavardent unanimement et usent d'euphémismes : « Washington agit en dehors du multilatéralisme ». Ils envisagent une action auprès de l'OMC, longue, procédurière et tout compte fait opportunément dilatoire.

Certes, les protestations et discours enflammés et unanimes fusent de toutes parts.

« La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni regrettent la décision américaine », twitte Emmanuel Macron. Dans un communiqué commun, le président français, la chancelière allemande Angela Merkel et la Première ministre britannique Theresa May qui s'étaient tous trois investis en vain pour tenter de convaincre Donald Trump de rester dans l'accord, se sont dits « déterminés à assurer la mise en oeuvre » de ce texte en « maintenant les bénéfices économiques » au profit de la population iranienne.

Mercredi 09. « Maintenant l'histoire n'est pas terminée, cet accord va continuer de vivre avec ou sans les Américains, et c'est l'objet des discussions qui devront avoir lieu très prochainement, dans les tous prochains jours » déclare la ministre des Armées, Florence Parly, abusant ses concitoyens en laissant croire à un pouvoir dont ni son pays, ni l'Europe ne sont pourvus et ne désirent réellement s'en pourvoir.

Vendredi 11. Le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire propose de développer des instruments financiers « pour affirmer la souveraineté européenne face aux sanctions extraterritoriales américaines ». « Nous disons aux Américains que les mesures de sanction qu'ils vont prendre les concernent, eux. Mais nous considérons que l'extraterritorialité de leurs mesures de sanctions est inacceptable. Les Européens n'ont pas à payer pour le retrait d'un accord par les États-Unis, auxquels ils avaient eux-mêmes contribué », déclare le chef de la diplomatie française au Parisien.

Le problème est que si leurs dirigeants arrivent à faire avaler des couleuvres aux peuples européens, il n'est pas de même de leurs entreprises dont le patrimoine est directement affecté par les décisions américaines. Elles sont rançonnées depuis longtemps.

Question de pure forme : jusqu'à quand ? Et en contre-partie de quoi ?

L'Amérique n'a de compte à rendre qu'à elle même. L'opinion et les « promesses électorales » ne sont, comme le reste, que des prétextes. Le peuple américain sous-informé, dans une écrasante majorité monolingue, n'a en ces circonstances qu'une existence rhétorique. Son histoire et géographie se résument aux fables Hollywoodiennes qui se confondent avec les récits bibliques. Seuls une poignée de cercles oligarchiques (industriels, financiers, militaires... transnationaux) commandent réellement la décision.

Les Russes et les Chinois, eux, savent que l'Iran n'est qu'un théâtre parmi d'autres de l'espace multidimensionnel de la confrontation avec une hyperpuissance militaro-industrielle ombrageuse qui ne souffre pas la moindre résistance à ses intérêts.

Acrobaties françaises et approfondissement de la divergence franco-allemande

Porté par un égotisme démesuré, un hubris impérial hors normes, D. Trump a sincèrement été abusé, croyant que le défilé militaire du 14 juillet 2017 avait été spécialement apprêté en son honneur. L'accueil royal que la France macronienne a réservé au président américain a donné lieu à la construction d'une légende, une manipulation médiatique dont le nouveau président semble tenir pour l'alpha et l'Oméga de sa stratégie : le « roi » Macron se placerait à la hauteur de l'empereur Trump. Pas moins !

L'élite politique et médiatique française savait pourtant combien leurs « alliés » ne se reconnaissent aucun égal, seulement des ennemis ou des vassaux. Le retour de la France au sein du système militaire intégré de l'OTAN présume un consentement à sa subordination dans une vision du monde dominé par les Etats-Unis.

Faute de lever les contraintes économiques, financières et sociaux dont souffrent les Français en perte de repères depuis longtemps, les communicateurs s'appliquent à compenser ces déficits en astiquant une stature internationale surfaite du président.

Comment s'étonner dès lors que E. Macron, dont la communication présidentielle persiste à affirmer qu'il est influent et très proche de son homologue américain, n'ait même pas été jugé digne de partager les projets de D. Trump, alors qu'il rentrait d'une visite fin avril à Washington. Une pâle version d'Antony Blair dupliquée par-delà le Chanel dont on se gausse à mots couverts à Paris, y compris au sein de la haute administration.

Dans son discours à Aix-La-Chapelle jeudi 10 mai en recevant le prix européen Charlemagne, il s'est contenté d'avouer implicitement de ne pas avoir été informé par Trump mais se rattrape : « J'avais compris ce qu'il allait faire. » Cela ne l'empêche pas de pérorer. « Si nous acceptons que d'autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies dans les heures les plus dures de notre histoire, se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pires risques, alors nous ne sommes plus souverains », a estimé M. Macron.

L'ayant perçu en de si bonnes dispositions, Mme Merkel a tendu une perche stratégique au président français pour qu'il se saisisse de l'essentiel : « Le temps où l'on pouvait compter tout simplement sur les Etats-Unis pour nous protéger est révolu », a-t-elle osé ajoutant « l'Europe doit prendre son destin elle-même en main ». La chancelière a été déçue.

En réponse, E. Macron seulement préoccupé de l'administration des déficits de son pays, a soigneusement évité de remettre en cause les choix que N. Sarkozy a fait pour la France en 2008, plaçant les forces armées française sous commandement atlantique. Il s'est contenté de plaider vaguement pour « faire de l'Europe une puissance géopolitique » et « diplomatique ». Le bavardage habituel de ceux qui décident de ne pas décider : comment espérer être diplomatiquement et géopolitiquement souverain si l'on consent à être protégé par un tiers ?

Le peu qui reste de la France gaullienne, qui dispose encore d'une marge de manoeuvre (en déclin) dont l'Allemagne est dépourvue, aurait pu offrir à son partenaire allemand une transaction historique à la fois pour échafauder un projet européen qui s'écarte de celui des Monnet et des Mitterrand, mais aussi une chance de voir les Allemands plus favorablement disposés envers les problèmes financiers et économiques de la France.

E. Macron accepte le principe de la révision du Traité et c'est exactement le but de D. Trump.

Il est à peu près certain que dans ces conditions, la rencontre de Aachen restera une simple cérémonie protocolaire : les propositions françaises de réforme de l'Europe ne rencontreront aucun écho à Berlin. Il ne sera pas question de compenser les déficits français (mais aussi italiens, grecs, espagnols...) par les excédents des pays de l'ex-zone mark.

D'autant moins que les propos plutôt légers du président français frisent l'offense : « Il ne peut y avoir un fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux, car ils sont faits aux dépens des autres », a-t-il tancé.

Les excédents allemands ne relèvent d'aucun fétichisme : il sont le produit d'un travail rigoureux et besogneux. Et laisser entendre qu'ils se feraient aux dépens de leurs voisins, traitant ainsi les entreprises allemandes de parasites, est injuste. Les Français et autres européens ont ratifié des Traités et accepté librement les règles qui en découlent. Seuls les mauvais joueurs et les tricheurs les récusent parce qu'ils ont été incapables d'en tirer leur parti.

La France a ainsi épuisé l'essentiel de son crédit, au Proche Orient et en Europe.

La position américaine est en revanche très claire. Que les Européens fassent un choix, c'est ou l'Iran ou l'Amérique. En février 2003, G. W. Bush lançait à la cantonade une alternative similaire : « Vous êtes avec nous ou contre nous !».

Naturellement la question est spécieuse : l'usage du dollar comme monnaie de transaction et de réserve, la présence de leurs banques dans les places financières américaines, l'adoption des normes américaines (comptables, linguistique, culturelle, technologiques, informatiques...) l'insertion de leurs forces armées dans des systèmes de défense sous commandement américain... donne à l'autonomie de décision des Européens un caractère purement formel.

La réponse est dans la question : Washington sait parfaitement que ses « alliés », gouvernés par des hommes sous contrôle étroit, sont pieds et poings liés.

L'objection « complotiste » ne résiste pas à une observation élémentaire des faits : chacun peut consulter la biographie publique de tous les décideurs à la tête des principales institutions politiques, financières, industrielles, administratives... avec des nuances selon les pays : d'une Grande Bretagne totalement subordonnée à une Allemagne puissante qui tente de tirer le meilleur parti de sa faiblesse...

En sorte qu'au-delà des discours ronflants, pour les raisons évoquées ci-dessus, les Européens ont des marges de négociation très réduites.

Échanges transatlantiques autour de 800 Mds de dollars. Echanges Iran-Europe : 25 Mds$. Le calcul est vite fait.

Le ministre français de l'Economie et des Finances a demandé à son homologue américain, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, des exemptions pour certaines entreprises de son pays, des délais d'application plus longs des sanctions, voire l'application de clauses dites « grand-père », permettant de protéger les contrats qui ont été signés au moment ou l'accord était en vigueur côté américain. « Je ne me fais pas beaucoup d'illusions sur le résultat de ces démarches », a-t-il cependant concédé.

De la pantalonnade on passe à une obséquieuse mendicité.

L'Amérique de D. Trump se retire de la COP21. Elle se retire aussi des accords commerciaux transpacifique et Transatlantique. Tout cela naturellement pour les renégocier à son avantage.

Pendant des années, l'Amérique espionne ses alliés. La NSA, la CIA et une multitude de services « écoutent » les citoyens et leurs dirigeants. Le téléphone de Mme Merkel n'avait aucun secret pour eux. Lorsque E. Snowden et E. Assange des lanceurs d'alerte ont révélé au monde ces faits, ce sont eux qu'on a embastillés et privés de liberté. L'un coincé dans l'ambassade équatorienne à Londres, l'autre exilé en Russie.

C'est pourquoi l'Iran ne se fait aucune illusion sur la fiabilité des Européens. Des rhéteurs inaptes à l'action et au courage politique, qui ne pèsent que le poids des mots creux qu'ils servent à leurs opinions publiques désespérées.

Derrière le pantin américain, le stratège israélien.

Le 08 mai, dès le discours de D. Trump achevé, B. Netanyahu lui apporte son soutien. Le rôle d'Israël est cependant minoré dans les médias : une simple force d'appoint aux côtés de l'Amérique. A tort ! Outre des intérêts stratégiques régionaux, Israël entretient avec les Etats-Unis une proximité biblique autour des valeurs du Pentateuque (la Torah).

Rome et le Vicaire du Christ et de Pierre, le « pontifex pontificium », demeurent l'ennemi. Par-delà toutes les contorsions diplomatiques, depuis la fin de l'Andalousie musulmane, sa Reconquista par les rois catholiques, l'avènement de la Réforme et la naissance du Nouveau Monde où tous les réprouvés ont cru trouver la Nouvelle Jérusalem.

En Amérique Latine, une terrible guerre d'influence, plus ou moins feutrée, oppose catholicisme et Eglises réformées prosélytes qui ont pris quelques distances avec leurs racines européennes, luthériennes, calvinistes ou zwinglienne, mais beaucoup gagné en pugnacité idéologique et politique, partout infiltrées dans les partis et les parlements.[6] Les Eglises Evangéliques (mennonites, anabaptistes, pentecôtistes...) fournissent les légions de chrétiens sionistes confortant le pacte israélo-américain.[7]

L'usage des mêmes prénoms empruntés aux prophètes de l'Ancien Testament en témoigne : on ne saurait de prime abord distinguer les références du baptême des David, des Sarah, Nathan, Daniel, Judith ou des Rebecca.

Naturellement, les délires enflammés c'est pour les foules de benêts agglutinés du centre et du sud du pays, hantées par les utopies fondatrices. Autour, gravitent des intérêts autrement plus immanents, sonnants et trébuchants, des finances, des banques, de l'industrie... de Wall Street à Seattle, de Chicago à Los Angeles...

Des réseaux sionistes influents et puissants oeuvrent ouvertement à la défense d'Israël au sein même de l'administration et à l'alignement de Washington sur Israël. L'AIPAC en est le plus visible... En Europe et dans le reste du monde, selon les contextes, plus ou moins discrète une stratégie comparable est adoptée.

Pour « fêter » le déplacement de l'ambassade américaine à Jérusalem et commémorer comme il convient le 70ème anniversaire de la fondation de cet Etat, les soldats israéliens se sont adonnés au tir au pigeon à balles réelles contre des manifestants Ghazaouis sans défense : des dizaines de morts, y compris des enfants, des milliers de blessés. Les journalistes, affichés comme tels, ont aussi été visés, ostensiblement, pour proclamer l'impunité des tueurs. A l'ONU, les Etats-Unis ont usé de leur veto et bloqué toute velléité d'enquête indépendante sur le massacre.

De l'affaire iranienne, le rôle d'Israël a été estompé. Pourtant, c'est lui le véritable instigateur de du retrait de Washington. Au mot près, le président américain pour justifier sa décision contre l'Iran ânonne les arguments que les israéliens défendent depuis longtemps, ouvertement. Depuis que B. Obama a signé ce traité.

Les israéliens retrouvent fin 2016 - à supposer qu'il ait pu en être autrement - le poids et l'influence que la défaite de Hillary Clinton avait présumée perdus. Ils continuent de tirer les ficelles au bout desquelles pendouillent les Etats-Unis.

Dans la foulée, ils attaquent une base militaire (« iranienne ») au sud de Damas et lance des dizaines de missiles sur des postes iraniens en Syrie dans la nuit de mercredi à jeudi prétextant une attaque iranienne sur des positions israéliennes dans le Gholan.

Selon les Israéliens, rapporte une dépêche de l'AFP, al-Qods, brigade iranienne pour les opérations extérieures, aurait tiré peu après minuit (21h00 GMT mercredi) une vingtaine de roquettes de type Fajr et Grad vers les premières positions sur la partie du Golan occupée par Israël, de l'autre côté de la ligne de démarcation.[8]

Du roman médiatiquement bien vendu.

Les Iraniens, pas plus que les Syriens, n'ont intérêt à ce type d'opération.

Israël partage ainsi avec les Etats-Unis cette autre « qualité » : le viol systématique et impuni du droit international : « quand je veux, comme je veux, où je veux, avec qui je veux et je vous emm... »

J. 21 décembre 2017. L'Assemblée générale adopte une résolution (A/ES-10/L.22[9]) réaffirmant que le statut final de Jérusalem ne peut être défini que par un accord palestino-israélien, conformément aux résolutions de l'ONU. Votes : 128 voix en faveur de la résolution, 9 contre et 35 Abstentions.

« Affirme que toute décision ou action qui visent à modifier le caractère, le statut ou la composition démographique de la Ville sainte de Jérusalem n'ont aucun effet juridique, sont nulles et non avenues et doivent être rapportées en application des résolutions sur la question adoptées par le Conseil de sécurité, et, à cet égard, demande à tous les États de s'abstenir d'établir des missions diplomatiques dans la Ville sainte de Jérusalem, en application de la résolution 478 (1980) du Conseil. »

L'Amérique reste au Proche Orient par la force de ses armées. La France et la Grande Bretagne, n'y sont plus que des forces d'appoint, intégrées dans les plans de l'empire.

POURQUOI ?

D. Trump n'est ni un fou dangereux, ni un inconscient.

La politique américaine ne relève pas des images colportées par des médias manipulés par des Démocrates inconsolables, celles d'un fantasque locataire de la Maisons Blanche accroché à son smartphone et qui twitte à tout va, comme un adolescent attardé et « imprévisible ». Toutes ses décisions sont mûrement accommodées, réfléchies et calculées par des appareils sophistiqués qui fabriquent les projets, leur mise en oeuvre et leur mise en scène amplifiée dans le reste du monde des « alliés » par une armée de scribouillards supplétifs.

Contrairement à ce qui reste de la Constitution gaullienne en France, la politique étrangère des Etats-Unis est directement sous le contrôle du Congrès, Républicains et Démocrates associés. Elle est une oeuvre collective, concertée, minutieusement pesée, à l'équidistance de tous les intérêts contradictoires qui agitent ce gigantesque forum de loups et de rapaces qui ne se font aucun cadeau.

Qu'est-ce qui a donc justifié la décision de D. Trump ?

La principale cause de l'attitude américaine est la défaite que leur stratégie de déstabilisation a subie en Syrie et leur incapacité à se défaire de V. Poutine.

Assad est plus que jamais solidement rivé à la tête de son pays et V. Poutine a été triomphalement été réélu président avec un indice de popularité que lui jalouseraient nombre de chefs d'Etat en Europe et en Amérique.

Par ailleurs, les inconséquences américaines détruisant les régimes de Saddam Hussein et des Talibans (régimes traditionnellement alliés des Etats-Unis) ont débarrassé Téhéran de leurs deux principaux ennemis. Ils guerroient depuis 1991, 2001 et 2003 sans victoire. Echec et mat sur toute la ligne. Détruire des pays entiers et gagner la guerre ? Oui. Gagner la paix ? Les paris sont ouverts...

Le retrait du Traité 5+1 n'est pas tombé du ciel.

Son principal objectif est d'étendre l'espace de validité du Traité signé avec l'Iran qui n'a du reste nulle envie de se doter de l'armement nucléaire, en tout plus depuis 2015.

Téhéran serait sommé d'accepter un accord plus large (soutenu implicitement par Paris) au-delà de l'accord initial qui traiterait du « rôle problématique de l'Iran dans la région ».

Les termes du marché sont simples : les Etats-Unis et Israël cherchent à réduire son appui à Assad pour affaiblir son régime et isoler Hezbollah qui vient de consolider son pouvoir lors des dernières élections législatives au Liban lundi 07 mai (avec un affaiblissement corrélatif du parti de Hariri, soutenu par l'Arabie Saoudite)[10].

Plus généralement, cela revient à in fine chasser la Russie de Syrie et de Méditerranée et mettre les locataires actuels hors du Kremlin.

C'est dans ce cadre que l'on pourrait interpréter les opérations militaires récentes d'Israël (le 08 mai et le jour suivant). Ils n'interviennent pas « officiellement » et publiquement sur le théâtre syrien (tout en bombardant régulièrement pour aider les islamistes financés et équipés par les « frères » saoudiens et émiratis). Mais au vu de l'évolution de la situation, il fallait intervenir et, plus précisément, faire intervenir le pantin américain lorsque la nécessité l'impose.

Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman s'est rendu vendredi 11 sur la partie du Golan occupée et annexée par Israël. Son message est limpide : « Je saisis cette occasion pour adresser ce message à Assad: mettez les Iraniens dehors, mettez Ghassem Souleimani et Qods dehors ».

On peut deviner la réponse des différents protagonistes à ce genre d'injonctions...

Les décisions américaines ont néanmoins deux conséquences fâcheuses :

1.- L'Amérique se retrouve seule (en compagnie d'Israël et certains médias occidentaux trouvent malin d'ajouter, et de l'Arabie Saoudite).

Le président turc Recep Tayyip Erdogan en visite lundi 14 mai à Londres a estimé que les Etats-Unis avaient perdu « leur rôle de médiateur » au Proche-Orient, à la fois à cause de leur retrait du Traité 5+1 et de leur décision de déménager leur ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. « Nous rejetons cette décision qui viole le droit international et les résolutions des Nations unies », proteste le président turc au 2ème jour de sa visite, lors d'une conférence au centre de Chatham House. « Avec cette décision, les Etats-Unis ont choisi d'être une partie du problème, et perdent leur rôle de médiateur dans le processus de paix » au Proche Orient. Coincé entre une Union Européenne qui ne veut pas de lui, les Kurdes à la recherche d'une nation, les Etats-Unis qui instrumentalisent les Kurdes, les pétromonarchies instables et sous influence... Erdogan joue à Erdogan et fait du vent.

L'isolement n'a jamais fait peur à l'Empire qui le compense par la puissance et fait ployer les plus résistants de ses vassaux. Il n'empêche. Le tintamarre, très modérément critique des gouvernants européens, aussi stérile soi-il, entretient et approfondit un sentiment anti-américain chronique au sein des opinions publiques, dont on ne peut anticiper les effets.

2.- Bolton veut appliquer le modèle libyen (avec ce qui est arrivé à M. Kadhafi) au cas coréen[11].

Comment la Corée du Nord pourrait envisager de signer un accord avec Trump quand celui-ci n'hésite pas à déchirer unilatéralement celui que son pays a signé avec l'Iran ? Comment la persuader de se défaire de sa bombe aux conditions américaines ? Qui ne la comprendrait si elle cherchait à la conserver, adossée à la Chine et à la Russie, comme arme de dissuasion ?

Pyongyang a annulé une rencontre de haut niveau avec Séoul, prévue mercredi 16 mai, pour protester contre l'exercice militaire annuel Max Thunder auquel prennent part les armées sud-coréenne et américaine. « Il y a une limite à la bonne volonté dont nous pouvons faire preuve », a prévenu l'agence officielle nord-coréenne KCNA. Les exercices entre les forces aériennes américaine et sud-coréenne constituent un entraînement pour une invasion et une provocation, alors que la période était au réchauffement des relations inter-coréennes, a-t-elle ajouté.

La Russie est en train de reprendre en influence (mais avec dans les coulisses et beaucoup d'efficacité, la Chine et l'Allemagne, des poids lourds de l'économie et du commerce mondial) un rôle d'arbitre.

Cela ne suffira pas bien sûr à garantir la paix, en cette région et dans le monde.

Les Etats-Unis possède une puissance militaire historiquement unique : plus de 800 bases militaires dans 177 pays. Elle s'ajoute aux autres piliers, soulignés ci-dessus, lui donnant un avantage comparatif indiscutable.

Globalement hors de portée, cette puissance est cependant fragile, notamment parce que son discours contredit ses actes et que sa force est puisée dans la faiblesse de ses adversaires et de ses « alliés ». Cela ne saurait durer parce que la force n'est pas une donnée statique mais une transaction, une interaction dynamique par nature instable.

Ce n'est pas encore d'actualité, mais nous atteignons peu à peu les limites d'un système obsolète, conçu à une autre époque, inadapté au monde d'aujourd'hui et surtout à celui de demain.

La réforme des institutions internationales, notamment des Nations Unies, deviennent urgentes pour concevoir un droit plus proche de la réalité du monde tel qu'il est devenu et surtout tel qu'il le s'annonce dans les décennies à venir.

Hobbes triomphe pour le moment. Mais ce n'est que pour un moment.



Notes

[1] Que certains d'entre eux y contribuent de bonne foi, en toute connaissance de cause, à quelque bord politique qu'ils appartiennent, ne présente ici aucune importance.

[2] Cf. Abdelhak Benelhadj : « La violation du droit au nom du droit ». Le Quotidien d'Oran, J. 19 avril 2018.

[3] Le mot « extra-territorialité » apparaît en 1905 mais son abondante médiatisation est plus récente. En particulier à la faveur des faits examinés dans ce papier.

[4] https://www.20minutes.fr/monde/1440187-20140909-embargo-americain-coute-116-milliards-usd-economie-cubaine

[5] 1.- Parce que ce n'était pas leurs intérêts. 2.- parce que les Américains n'avaient pour but de protéger l'Europe (mais depuis 1945 de continuer de la soumettre à sa stratégie) mais de porter atteinte à l'économie soviétique.

[6] Ernesto Morales Cabrera, le président guatémaltèque, précisément celui qui a déplacé l'ambassade de son pays de Tel Aviv à Jérusalem, a été inscrit à l'Institut évangélique d'Amérique latine, a suivi une formation d'enseignant en théologie baptiste. en 1956 le Guatemala a été le premier pays à installer son ambassade à Jérusalem et le dernier à la retirer en 1980. En septembre 2017, on découvre qu'il percevait secrètement chaque mois des Forces armées une « prime de risque » de 7 300 dollars (une augmentation irrégulière de son salaire de 33%). Il est par ailleurs mis en cause pour le financement illicite de sa campagne électorale de 2015. Le Congrès refuse cependant de lever son immunité dans ces deux affaires (Wikipedia). Ce ne seront sûrement pas Netanyahu ou Trump qui le disputeraient pour cela. Le Guatemala a reçu 297 millions de dollars d'aide des Etats-Unis en 2016. Pour entretenir l'amitié...

[7] La devise « In God We Trust » (« En Dieu nous croyons ») qui figure sur la monnaie est récente. Elle date, de 1956 (2003 pour son inscription sur la pièce de un cent). De même que le Jour National de prière, créée la même année.

[8] Israël a annexé en 1981 la partie du Golan (1.200 kilomètres carrés) qu'il occupait depuis juin 1967 et la « guerre des Six Jours ». Cette annexion n'est pas reconnue par la communauté internationale, qui considère toujours le territoire comme syrien. Environ 510 kilomètres carrés restent sous contrôle syrien.

[9] http://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/ES-10/L.22&referer=http://ask.un.org/faq/214435&Lang=F

[10] Le scrutin organisé dimanche a été dominé par le Hezbollah et ses alliés, notamment le parti chiite Amal que dirige M. Berri. Des résultats qui rendront difficile toute remise en cause de l'arsenal militaire du Hezbollah, soutenu par l'Iran et militairement engagé dans le conflit en Syrie voisine. Ecrit l'AFP, mardi 08 mai 2018. Les israéliens sont inquiets de ces résultats se rappelant leur échec face à Hezbollah en juin-juillet 2006.

[11] John Bolton a également été un farouche partisan de la guerre en Irak et du concept de « guerre préventive ». Le 7 mars 2005, ce détracteur intarissable de l'ONU a été pourtant choisi comme Ambassadeur américain aux Nations unies par le président Bush. Le 22 mars 2018, le président D. Trump le nomme conseiller à la sécurité nationale.