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De ces irresponsables de dernier cri

par Beghdad Mohammed

L'Algérie souffre d'un mal qui est devenu un véritable désastre. C'est celui de ces responsables qui n'assument pas pleinement leurs devoirs. La majorité d'entre eux adopte la situation du statu-quo devant les moult difficultés se dressant sur leurs passages. Moins ils bougent, et moins ils ont des soucis et plus ils ont de la chance de pérenniser. Et tant mieux pour eux. C'est ce qu'ils pensent, malheureusement. En dépit de leurs tares, ils s'accrochent à leurs statuts de chefs dont ils ne veulent plus s'en défaire. C'est leur gagne-pain au détriment des valeurs. Ils deviennent malades s'ils sont dépossédés de leurs privilèges et leur aura. C'est aussi leurs façons d'exister mais dommage, nuisiblement pour la chère Algérie.

Lorsque les problèmes surgissent dans leurs secteurs, ils restent complètement figés. Ils se font même tout petits en tentant de se faire oublier en attendant de laisser passer l'orage. Plus de peur que de mal pour eux, néanmoins, inversement pour l'établissement. Ils rentrent presque en hibernation tellement ils ne cherchent nullement à démanteler les obstacles et casser la chaîne des pistonnés. C'est la stratégie qu'ils adoptent et dont souffre, inlassablement, la mère-patrie.

On aurait bien souhaité qu'ils réagissent même en petitesse mais hélas ils s'écrasent complètement devant le moindre petit bobo. Avant de penser à régler les délicates situations, ils cogitent d'abord à sauver leurs strictes rentes avant de daigner songer à celles de l'institution. Leurs gains priment avant tout. Pourtant, ils disposent de leurs prérogatives qui délimitent leurs champs d'action. Mais ils ne pourront jamais avoir les mains libres et agir en souverains tant qu'ils sont désignés par défaut à leurs postes par leurs occultes parrains. Ils n'osent nullement agir en toute clarté et en toute transparence mais ils préfèrent s'agiter derrière les rideaux et téléguider leurs sbires et leurs marionnettes pour le malheur de l'Algérie. Ils ne pourront, jamais, affronter les vrais problèmes tant qu'ils n'assument pas les pouvoirs dont ils ne disposent point sur le terrain de la réalité. Ils ne pourront jamais remuer le simple petit doigt tant qu'ils n'ont pas reçu l'ordre de leurs tuteurs inavoués. Ils savent qu'à la moindre initiative de leur part, ils sont grondés, avertis et punis au coin et mis en quarantaine. Ils sont, immédiatement, placés sur la liste des révoqués s'ils persistent à tenter d'échapper des rangs. Ils ne lèveront pas l'index tant qu'ils n'ont pas été autorisés. Ils baisseront les yeux à la vue de leurs bienfaiteurs et de leurs appuis qui les ont mis en haut de l'échelle sans qu'aucun mérite, ni qu'une infime intégrité ne le dictent réellement. Dès qu'ils sont démasqués, ils fomenteront mille et une fumisteries pour se dérober. En votre présence, ils distillent des paroles mielleuses qui vous envoûtent et vous fait plier en quatre dans leurs poches. Ils vous endorment en vous promettant monts et merveilles. Au tournant, vous ne verrez même pas la queue d'une souris. En votre absence, leurs légendaires retours de veste seront assurés. Ils deviennent d'autres individus qui vous éradiquent de leurs cervelles. Vous n'existez plus, vous devenez une puce à humilier et à écraser.

Le mensonge devient un de leurs exercices favoris et une addiction dont il va falloir consulter le plus rapidement possible un spécialiste pour se soigner de cette néfaste dépendance ou si grave encore, un séjour en clinique est indéniable pour définitivement se sevrer. Ils mentent comme ils respirent, tellement, ils sont à l'aise dans cette basse épreuve. Les mirages sortent de leurs bouches sans que leurs consciences puissent les remettre en question. Plus ils perdurent dans la responsabilité et plus leurs impostures deviennent trop flagrantes. Lorsque vous les saisissez par écrit sur une quelconque interpellation, ils n'utilisent jamais la même procédure. Pourtant c'est la force d'une administration qui s'assume et qui prône le respect des textes. Ils ne veulent jamais laisser des traces écrites et ineffaçables qui peuvent, comme ils l'admettent, se retourner contre eux et les compromettre dans leur plan de carrière. Ils se détournent notoirement de leurs missions. Ils préfèrent opérer verbalement à l'image des sans-papiers en situation irrégulière. Pourtant ils font des pieds et des mains pour aboutir lorsqu'ils postulent pour arracher la fonction convoitée et faire valoir leurs carnets d'adresse. Ils exhibent toutes leurs prétendues capacités de gestion et affichent, publiquement, leurs douteuses aptitudes à diriger, en toute transparence et objectivité, mais une fois installés, ils ne se souviendront de rien, ils deviennent entièrement amnésiques. Ils ont déjà furtivement viré à 180 degrés. Ils deviennent de véritables caméléons à se muer en toutes les nuances selon le client d'en face et suivant le climat régnant. Tous les acteurs influents sont consultés pour leurs nominations, contrairement aux concernés qui encaissent et attendent le probable renouveau mais en vain.

Ils ne répandent partout que des promesses mais jamais ils ne les réaliseront sauf, bien sûr, à leurs garants à qui ils jurent allégeance et fidélité tant qu'ils sont au sommet et sans omettre de courber, comme il se doit, l'échine à tout instant. Pire encore, ils proposent leurs services sans qu'ils soient sollicités avec l'abus, en cerise sur la gâteau.

Pour le reste, ce sont d'autres créatures qui ne se rappellent de rien, feintant de vous reconnaître. Ils perdront, subitement, toute mémoire en vous disant de leur rappeler les faits. Ils veulent, à chaque occasion, ouvrir de nouvelles pages blanches après avoir terni volontairement les précédentes. Vous vous lassez devant de telles déchéances de l'être humain et vous abandonnez finalement la partie mais sans l'abandonner. Ce n'est que chose remise.

Ils traînent presque tous, des boulettes qu'ils sont méfiants d'être découvertes une fois éjectés de leurs cossus fauteuils. Le premier article de leurs desseins est de se servir royalement tout en n'oubliant pas les proches adeptes de la politique suivie. Les miettes, c'est pour la troupe après avoir réussi à passer toutes les embûches bureaucratiques dressées. Ils veulent assurer leurs bases arrières qu'inchallah leurs vœux seront balayés. Ils ont tout le temps la peur au ventre et se tiennent sur leurs gardes, si jamais le sifflet de la fin se déclencherait, fatalement. Ils ne font jamais de beaux rêves les nuits à cause des cauchemars qui les hantent dans l'obscurité. Ils sont très nerveux et inquiets, collés en permanence à leurs téléphones, à la veille d'éventuels renversements. Ce qu'ils essaient d'éviter, c'est la chute libre, eux qui se voyaient toujours en perpétuelle ascension.

Ceci est la nouvelle race de ce genre de responsables qui ne reculent jamais devant l'impensable en emportant tels des bulldozers tout sur leur passage et principalement ceux qui les gênent sur leurs tortueux chemins. Ils sont scotchés aux sièges à l'instar de sangsues pour ne plus penser à les lâcher. Ils ne font que les chauffer pour rien. Ils freinent toute émancipation naissante et toute voie dérangeante pour le bien du pays. Ils étouffent dans l'œuf toute volonté qui va à l'encontre de leurs occultes besoins et appétits incessants. C'est très inquiétant que le pays traîne encore ces casseroles qui ne font que le régresser et l'ajourner sans cesse de rejoindre le concert des nations.

Désormais, ils n'ont plus la pudeur de se dévoiler. Ils bombent le torse en se vantant d'abuser de la grande supercherie. Toute duperie durera le temps qu'elle durera mais disparaîtra un jour à jamais lorsque le vent tournera et ne subsisteront que leurs dégâts et sinistres héritages. L'histoire aura du pain sur la planche à noircir ses pages de ces témoignages indélébiles. Au moment de l'éradication, c'est la panique qui les envahira lorsque sonneront les glas du salutaire dénouement. ‘Rira bien qui rira le dernier', la dernière nouvelle sera rapportée par les ultimes arrivants comme le dit si bien l'adage populaire.