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TAISEZ-VOUS, LES «EXPERTS» PARLENT POUR VOUS !

par M. Saadoune

Qui aurait pu croire que le dégagement d'un dictateur et le processus politique contradictoire qui l'accompagne seraient un fleuve tranquille ? En tout état de cause, les troubles et contradictions qui caractérisent les transitions ne sont certainement pas suffisants pour présenter l'ensemble des mouvements de contestation politique qui ont secoué certains pays arabes comme une vaste conspiration des Américains et de leurs enturbannés du Golfe.

Il y a du mépris pour les populations arabes dans certaines assertions peu nuancées qu'on vient d'entendre à nouveau à Alger. Comme si les sociétés et les élites dans le monde arabe ne pouvaient réagir qu'à des impulsions extérieures. Comme si ce qui se passe dans leurs pays comme dérèglement de l'Etat et accaparement des ressources par des familles ou des clans ne pouvait être, en soi, une raison suffisante pour bouger. Désormais - et l'on semble croire que c'est simple après les résultats des élections libres qui se sont tenues en Tunisie et en Egypte - on ne met plus en avant la thèse du complot ourdi; on en parle modérément mais on décortique abondamment les conséquences «néfastes» des soulèvements. Le message est d'une grande limpidité : tout soulèvement contre l'ordre établi ne mène qu'au pire.

Bref, les Tunisiens auraient gagné à s'accommoder du régime «laïc» des kleptocrates pour ne pas avoir un gouvernement issu des élections dans lequel les islamistes sont dominants. Il existe - sans surprise - des Tunisiens qui pensent de cette manière. Mais il faut voyager un peu, aller en Tunisie et ne pas limiter les contacts à quelques nostalgiques de «l'ordre» de Ben Ali ou à des idéologues «laïcards». On pourra constater que même chez ceux qui sont fortement remontés contre le gouvernement actuel et le soupçonnent d'intentions liberticides, il n'est pas question d'accepter de revenir à l'état d'indignité dans lequel les confinait la dictature du clan Ben Ali. Peu de gens contestent la légitimité morale et politique du soulèvement contre la dictature. Et c'est bien parce qu'ils refusent cette indignité qu'ils restent mobilisés et vigilants face aux gouvernements en place.

Un changement de régime a toujours au début - les Tunisiens comme les Egyptiens n'inventent rien - un impact négatif. L'économie n'aime pas les troubles et les investisseurs fuient les tumultes. Mais en prendre argument pour «conclure» que les soulèvements sont néfastes, c'est aller vite en besogne. Tout comme les assertions d'une manipulation de bout en bout des mouvements par les laboratoires américains. C'est l'expression d'un pur fantasme et cela n'a rien d'une expertise. Bien entendu, il serait tout aussi farfelu de prétendre que les Etats-Unis et les Occidentaux ne tentent pas d'interférer sur ces dynamiques. Il est difficile de nier que l'évolution de la Libye est liée à un coup de force des Occidentaux qui ont bafoué la légalité internationale pour transformer un mandat de protéger en celui d'intervention pour changer un régime. Mais la Libye n'explique pas la Tunisie ou l'Egypte.

LA CONTESTATION EN SYRIE N'A PAS DEMARRE COMME UN COMPLOT. IL Y A EU UN AVEUGLEMENT EFFARANT DU REGIME QUE SES ENNEMIS EXTERIEURS, FORTS NOMBREUX, ONT EXPLOITE POUR FERMER LES VOIES DE SOLUTION. LA SYRIE EST AUJOURD'HUI DANS UNE GUERRE CIVILE ENTRETENUE PAR DES INTERETS ETRANGERS CONTRADICTOIRES. L'IMPOSTURE CONSISTE A DONNER UNE EXPLICATION GENERALE DES SITUATIONS DIFFERENTES ET A NIER LES HISTOIRES NATIONALES. IL EST ABSURDE D'ENONCER DU HAUT D'UNE CHAIRE BANCALE A DES SOCIETES QUI CONTINUENT A BOUGER ET A SE BATTRE QUE L'HISTOIRE EST TERMINEE. ET QUE LEUR MOUVEMENT TELEGUIDE NE DEBOUCHE QUE SUR UNE REGRESSION. CES «EXPERTS» QUI VIENNENT EXPLIQUER A UN «PAUVRE ARABE» QUI PROTESTE CONTRE LA HOGRA ET L'INJUSTICE QU'IL EST MANŒUVRE PAR LA CIA, GOOGLE ET FACEBOOK FONT PREUVE D'UNE SCIENCE DE CHARLATANS. LEUR ARROGANCE N'EN EST QUE PLUS INSUPPORTABLE.