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Ouyahia devient Ahmed

par Kamel Daoud

Ouyahia vient donc de partir. Vers où ? Les mauvaises langues disent vers chez lui, d'autres disent vers la présidence du Sénat ou, pour mieux sauter (après avoir reculé), vers les présidentielles. Les théories, qui voient derrière chaque geste un bras et derrière chaque bras dix hommes assis dans un salon, sont nombreuses et habituelles chez nous. Gardons l'essentiel de ce qui est sous les yeux : l'homme de vingt ans de régime vient de démissionner et il a mis les formes pour sortir par la porte: «Je démissionne pour sauver mon parti de la division». Du coup, par contre-éclairage, Abdelaziz Belkhadem, que l'on se prépare à jeter lui aussi, apparaît comme un enfant gâté, capricieux, mauvais et qui ne veut pas lâcher le volant de sa voiture en plastique.

Revenons sur Ouyahia. Il est parti pour sauver le RND. Mais cela ne répond pas à la question : pourquoi ce régime-boy est «tombé» dans la disgrâce ? On ne sait pas. A Alger, on le savait en train de se calciner depuis quelques semaines déjà. Lâché, selon la théorie du marionnettiste, par son mentor et son créateur. On se perd en abîme quand on cherche la raison et toutes les raisons seront insuffisantes. On ne sait pas comment «tombe» un homme dans le régime algérien mais on sait comment on peut le fabriquer. Avant Ouyahia, il y a eu le cas de M…, le Beria des hommes d'affaires algériens. Du coup, l'autre question : qu'est-ce qui se passe donc ? Selon certains, on va compenser le vieillissement de Bouteflika par un rajeunissement de son entourage, ainsi, on aura deux saisons en même temps : le printemps algérien avec l'autonome du patriarche.

 Selon d'autres, le Pouvoir est vraiment en train de réfléchir à changer pour survivre : aller vers le concret, l'essentiel, la mutation, la transition. Les hommes de la décennie 90 sont devenus inutiles et même encombrants. Possible.

Aujourd'hui, il faut remplacer les anciens par les Ghoul et Benyounes par exemple.

Pour d'autres, c'est un effet dominos : Aït Ahmed quitte le FFS. Du coup, Bouteflika (qui ne quitte rien) va faire quitter le Pouvoir à Ouyahia, Belkhadem et certains conseillers. C'est l'effet dominos algérien avec le régime qui joue et le peuple qui regarde, contrairement aux voisins.

Dans tous les cas, on va voir : si Ouyahia n'est pas nommé président du Sénat, c'est qu'il est vraiment mortel comme nous tous. Le reste ? On imagine le départ de Belkhadem, de Soltani et fils, de Ghoul et sponsors, de la génération des Ould (Abbas, Kablia, Khelifa, etc.) et des ministres de plus de 70 ans. A la fin du cycle ? Restera Bouteflika, sauf que là, l'effet sera contraire : le bonhomme apparaîtra comme arbitre du changement, garant de la stabilité et seul moyen de sécuriser un changement sans risquer le chaos. Cela a un nom : le 4e mandat. Et pour le moment ? Mangeons du Ouyahia, il nous a tellement mangés. Et attendons Belkhadem qui résiste déjà. Fabriqué avant Ouyahia durant les années Boumediene, il a une plus grande expérience et moins de panache et d'épaisseur. Il va persister un peu avant de s'écraser beaucoup.

Etrange «printemps» algérien où c'est le régime qui «dégage» son personnel, occupe les places publiques, fait tomber ses statues, change la Constitution, arrive avec un avion au lieu de fuir dans un avion.