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L'économe a son mot à dire dans le processus de déconfinement

par Reghis Rabah

Il est parfois un peu prétentieux de dire que « Quand la maison brûle, on ne compte pas les litres d'eau pour éteindre l'incendie » dixit Gerald Darmanin, ministre du Budget français. Il se trouve que lorsque le temps pour l'éteindre s'allonge, cet incendie crée des dommages collatéraux d'ordre économique qui s'joutent aux ravages humains dans une interdépendance totale.

L'économie mondiale pourrait enregistrer une baisse atteignant -1% en 2020 en raison de la pandémie de COVID-19, et elle pourrait se contracter encore davantage si les restrictions sur l'activité économique se prolongent sans réponses budgétaires appropriées, a révélé une analyse publiée mercredi par le département des Affaires économiques et sociales de l'ONU (DAES). Ce point presse du DAES montre que des millions de travailleurs sont exposés à un risque de perte de leur emploi car près d'une centaine de pays ont fermé leurs frontières nationales. Ce développement pourrait se traduire par une contraction de l'économie mondiale de 0,9% sur l'ensemble de l'année 2020, ou même davantage si les gouvernements n'assurent pas une aide au revenu et une stimulation de la consommation des ménages. Aujourd'hui, il n'est pas exagéré de dire que ces pays ont parfois « nationalisé » les salaires privés pour exiger des grandes entreprises et des PME/PMI de prendre en charge les salaires de leur personnel sans contre partie productives. Plus on allonge le confinement, plus ces dernières sont asphyxiées par des découverts bancaires. Dans son dernier rapport paru le mardi le 14 avril 2020, le Fonds monétaire international (FMI) a averti que la pandémie de COVID-19 faisait peser une menace sérieuse sur la stabilité financière, alors que les conditions financières globales demeurent beaucoup plus dures qu'en début de l'année.

Du fait de l'épidémie de COVID-19, les conditions financières se sont durcies à une vitesse sans précédent, mettant au jour certaines fissures sur les marchés financiers mondiaux, s'inquiète le FMI dans son récent rapport sur la stabilité financière dans le monde. Le texte s'inquiète du fait que la volatilité des marchés augmente, tout comme les charges d'emprunt et que des signes de tension apparaissent sur les principaux marchés de financement à court terme. Ces développements ont accru le risque que l'incapacité des emprunteurs à assurer le service de leur dette exerce une pression sur les banques et provoque un gel des marchés du crédit, a indiqué le rapport, ajoutant que la crise pandémique représentait une menace très sérieuse pour la stabilité du système financier mondial. Une période prolongée de dislocation des marchés financiers pourrait provoquer une situation de détresse parmi les institutions financières, qui pourrait à son tour entraîner un resserrement du crédit pour les emprunteurs non financiers, ce qui aggraverait encore le ralentissement économique, a mis en garde le FMI. Alors que les principales banques centrales ont considérablement assoupli leur politique monétaire et fourni des liquidités supplémentaires au système financier, contribuant à calmer les investisseurs ces dernières semaines, les conditions financières mondiales restent beaucoup plus dures par rapport au début de l'année, selon le rapport. Les banques centrales resteront essentielles à la sauvegarde de la stabilité des marchés financiers mondiaux et pour le maintien des flux de crédit vers l'économie, a analysé mardi Tobias Adrian, conseiller financier et directeur du département des marchés monétaires et des capitaux du FMI, lors d'une conférence de presse.

Mais cette crise n'est pas seulement une question de liquidité. Il s'agit avant tout d'une question de solvabilité, à un moment où de larges pans de l'économie mondiale sont complètement à l'arrêt. En conséquence, la politique budgétaire a un rôle vital à jouer, a-t-il estimé. Ensemble, les politiques monétaires, fiscales et financières devraient chercher à amortir l'impact du COVID-19 et à assurer une reprise régulière et durable une fois la pandémie sous contrôle, a dit M. Adrian. Ce rapport est publié après que le FMI avait indiqué le 7 avril dernier dans ses Perspectives de l'économie mondiale que cette dernière était en voie de se contracter «fortement» de 3% en 2020 en raison de la pandémie, soit la «pire récession» depuis la Grande dépression des années 1930.

1- Selon cette étude les pays de MENA perdront gros

Le Fond Monétaire International (FMI) estime que rien que les pays exportateurs de pétrole de la zone MENA. Rappelons pour mémoire leur liste : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Éthiopie, Iran, Irak, Israël, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Mauritanie, Maroc, Oman, Qatar, Soudan, Syrie, Territoires palestiniens occupés, Tunisie et Yémen. On leur ajoutant le Pakistan, les producteurs du pétrole d'entre ceux peuvent perdre jusqu'à 230 milliards de dollars en recette brute en 2020 dans l'éventualité où les prix du baril restent confinés dans une fourchette de 30-35 dollars le baril. Dans l'analyse de cet organisme mondial « ajusté au taux d'inflation, l'étude du FMI estime que le prix du baril n'a jamais été aussi bas depuis 2001lorsqu ?il a atteint en moyenne de l'année 24,86 dollars le baril avec un pic bas de 16,65 dollars le baril vers la fin de l'année. Arrivés à ce niveau poursuit l'étude, les prix du pétrole pourraient entraîner une perte de revenus annuels de plus de 230 milliards de dollars pour les exportateurs de pétrole de la zone MENAP (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan), par rapport aux projections d'octobre, « ce qui mettrait à rude épreuve les soldes budgétaires et extérieurs». Il faut souligner par ailleurs qu'une affirmation chiffrée est venue juste corroborer l'analyse de l'Institut de la finance international qui situe quant à lui la perte à 192 milliards de dollars pour les seuls pays du MENA à cause de Covid-19.Rappelons que les prix du baril du Brent de la mer du nord référence proche du Sahara Blend Algérien s'échangeait au mois de novembre 2019 à 61,69 dollars le baril avec un point haut qui a frôlé les 65 dollars le baril pour descendre au mois de mars 2020 en moyenne du mois à 33,73 dollars le baril perdant ainsi prés de 62 % de sa valeur descendre quelque fois dans le marché à terme au dessous des 20 dollars rendant ainsi 90% des gisements mondiaux non rentables suivie d'une faillite de la plus part des petites compagnies de schistes aux Etats Unis.

2- L'Arabie Saoudite confirme son entêtement envers la Russie

Dans un entretien accordé au site Web électronique, Energy Intelligence, le prince saoudien Abedulaziz bin Salmane s'est réservé en nuançant la démarche du royaume du 5 et 6 mars mors de l'échec de la réunion de l'OPEP+. L'Arabie Saoudite précise t-il n'avait nullement l'intention de faire du mal aux producteurs de schiste américains en adoptant une décision d?augmenter la production en consentant des rabais à leur clients notamment raffineurs. Selon toute vraisemblance, le jeune prince se démarque de la stratégie russe et les rumeurs qui se sont suivies selon lesquelles le clash Russo-Saoudien est arrangé pour « saboter » l'industrie de schiste américain et qu'elles visaient principalement à la mettre en faillite les entreprises qui en produisent avec toutes les conséquences financières qui en découleraient dont les banques et les cabinets d'assurance. Le demi-frère du jeune prince saoudien qui occupe depuis le 8 septembre 2019 le portefeuille de l'énergie du royaume précise «j'aimerais que ce soit clair qu'il n'était pas dans nos intentions de causer des dommages à leur industrie. Ma conviction est qu'une fois que ce marché se stabilisera, et compte tenu de la nature du pétrole de schiste et de l'industrie du schiste, ils seront en mesure de se redresser à mesure que le marché se redressera et à mesure que l'économie mondiale repartira. Je n'ai donc pas de doute sur le fait qu'à l'avenir, ils renaîtront de leurs cendres et qu'ils prospéreront. » Même sur la relation entre l'Arabie Saoudite et la Russie, il choisit en la circonstance, une réponse très paternaliste « il peut arriver qu'au sein d'une famille, on se retrouve avec des divergences d'opinions. Je n'appellerais pas cela une querelle. Au bout du compte, une famille est une famille. Lorsqu'ils sont confrontés à une situation difficile, les membres de la famille s'en sortent et le sentiment de fraternité prévaut».

3- Pourtant leur comportement a fait exploser les stocks stratégiques

Rapporté justement par ce site web d'Energy Intelligence, du lundi 20 avril 2020, plusieurs pays ont profité d'un prix bas du baril pour remplir à ras bord leurs réserves stratégiques du pétrole d'où l'interrogation des observateurs sur la capacité des efforts de l'OPEP+ de pouvoir éponger un tel stock avec toutes les contraintes qui en découlent pour son entreposage. Pour se justifier, le ministre de l'énergie du royaume wahhabite en renvoyant la balle à l'agence internationale de l'énergie (AIE) lui demandant encore de soulager le marché mondial de 200 millions de barils en les ajoutant au stock stratégique. Pour l'AIE, la Chine, l'Inde, la Corée et les Etats Unis ont offert leur capacité de stockage stratégique pour prendre en charge temporairement les barils en plus et indésirables voire même déstabilisant le marché pétrolier. On sait aussi de coutume que la majeure partie des réserves stratégiques de l'AIE se trouvent aux Etats Unis mais entravées actuellement par un manque de financement du congrès américain que Trump menace même de dissoudre. Cependant, le département américain de l'Énergie a déclaré le 14 avril qu'il discutait avec plusieurs sociétés pétrolières du stockage d'environ 23 millions de barils de pétrole brut produit dans son stock stratégique du pétrole(SPR). Le problème est que près des deux tiers des 754 millions de barils des Etats Unis sont réservés au brut acide, ce qui signifie que seul le brut acide peut être ajouté au pétrole déjà stocké. L'inventaire actuel du SPR américain s'élève à 635 millions de barils, dont 385 millions de barils de pétrole acide et 250 millions de barils de brut doux. L'huile légère et sucrée provenant des gisements de schiste des États-Unis ne peut être stockée que dans du stockage de brut doux, où sur 275 millions de barils, il ne reste que 25 millions de barils de terre.

Quant aux trois autres pays, le réapprovisionnement de leurs stocks stratégiques a été déclenché par les bas prix plutôt que par une stratégie coordonnée pour contribuer aux réductions de l'OPEP+. Parmi eux, la Chine poursuit activement le stockage stratégique, se gorgeant de bas prix et de conditions d'arbitrage brut favorables avec d'autres régions, notamment l'Europe. Rien qu'en mars, le pays a acheté près de 45 millions de tonnes de brut (330 millions de barils). .Le gouvernement chinois a déclaré vouloir stocker 85 millions de tonnes de brut dans une réserve d'urgence dédiée. Les analystes de Wood Mackenzie estiment que la Chine pourrait probablement ajouter 80 à 100 millions de barils en 2020 avant de rencontrer des problèmes logistiques. Energy Intelligence estime le volume chinois disponible à 50 à 100 millions de barils. L'Inde a prévu de remplir ses réserves stratégiques dans le but de soulager les raffineurs publics de 19 millions de barils d'approvisionnement indésirable. Le pays détourne des cargaisons de brut d'avril initialement destinées aux raffineries dans son SPR. Energy Intelligence estime qu'environ 27 millions de barils y sont disponibles sur un total d'environ 37 millions de barils. Contrairement aux États-Unis, le gouvernement indien a déjà alloué 38 milliards de roupies (497 millions de dollars) pour ces achats de pétrole. Le mois dernier, l'Inde prévoyait d'acheter directement du pétrole à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis pour recharger son SPR Des preuves anecdotiques suggèrent que, comme le Japon, la Corée du Sud a peu de stockage disponible. Selon Korean National Oil Corp., la capacité de stockage du pays est de 146 millions de barils. Les réserves actuelles s'élèvent à environ 96,4 millions de barils, mais cela exclut le stockage conjoint international de plus de 40 millions de barils. Tout compte fait, il est difficile de voir comment, et plus important encore, où 200 millions de barils de pétrole brut peuvent se retrouver dans les stocks de l'AIE. La Chine reste le candidat le plus probable, mais on ne sait pas comment la stratégie de stockage du pays pourrait finalement être intégrée dans un accord d'approvisionnement mondial avec l'OPEP+.

4- Le recteur de l'université des mines russe évoque l'offensive de son pays

Vladimir Litvenenko, professeur en génie des mines et actuellement recteur de l'université des mines de Saint-Pétersbourg et un spécialiste très écouté en Russie avait insinué indirectement que de nouvelles politiques et sanctions anti-trust ont conduit à la situation telle que les volumes d'approvisionnement en gazoduc russe serait presque aux bords de leurs limites. Ce spécialiste dont la famille ne va pas avec le dos de la cuillère pour mettre à sa place Vladimir Poutine, pour preuve, sa fille Olga avait accusé Poutine d'avoir triché dans sa thèse et affirmait à l'epoque que c'est son père qui l'a écrite pour lui. Pour ce spécialiste, il reste convaincu que tant que le marché gazier reste en croissance « l plus grand volume de la part de la Russie pourrait être bientôt saisie par les Etats Unis.

Il semble ne pas approuver la dernière offensive de Vladimir Poutine de s'attaquer de la sorte aux producteurs de gaz de schiste en se retirant le 5 et le 6 mars de l'accord de l'OPEP+. Pour lui il n'est plus nécessaire de se battre pour la part du gâteau pour un marché des énergies fossiles considéré en fin de vie. Selon ce spécialiste, une fois le projet Nord Stream 2 terminé, Gazprom ne pourra plus augmenter les volumes d'approvisionnement sur le marché de l'Union Européenne (UE).

Il y a une explication simple : le monopole. L'Union européenne, se référant aux lois antitrust, empêchera l'entreprise d'étendre les ventes de gaz naturel transporté par pipelines. Ainsi, nous heurterons un mur. Pour lui-même NOVATEK qui va proposer du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) ne pourra pas nécessairement concurrencer les producteurs de schiste américains et ceux qataris pour la simple raison « Tant qu'il s'agit de plusieurs entreprises, les expéditions que nous effectuons ne seront pas affectées par la législation antitrust de l'UE, car la condition obligeant à interdire la monopolisation de l'accès au pipeline d'exportation est respectée. Il convient également de noter que l'UE considère le gaz comme un carburant respectueux de l'environnement; son utilisation quotidienne par les industries et les foyers est très appréciée. À l'heure actuelle, la pénurie de gaz en Europe est estimée à 50-80 milliards de mètres cubes. C'est une niche que les entreprises américaines visent et la lâcheront pas »