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Après le bain de sang, le blocage persiste en Egypte : Le pouvoir menace, les pro-Morsi défient

par Salem Ferdi

Au lendemain du «carnage du monument du soldat inconnu» qui a fait, officiellement, selon le ministère de la Santé 72 morts et plus de 700 blessés - les Frères Musulmans maintiennent le nombre de plus de 120 morts - la tension ne baisse pas d'intensité en Egypte. Aux menaces encore réitérées, hier, par le ministre de l'Intérieur de les traiter par la force, les pro-Morsi, mobilisés en permanence dans deux places publiques au Caire et dans de nombreuses autres villes, affichent leur détermination. Des affrontements ont eu encore lieu à Port Said, durant la nuit du samedi à dimanche, faisant 1 mort et 29 blessés, dont plusieurs dans un état grave. Les victimes ont été touchées par des balles au cou et au ventre.

Dans le Sinaï, les forces de sécurité égyptiennes ont tué 10 «terroristes» armés et en ont capturé 20 autres, dans la péninsule du Sinaï au cours des dernières 48 heures, a indiqué, hier, l'agence de presse officielle «Mena».

UN MASSACRE?ET DES BALTAGUIS

La justice a commencé, selon la presse égyptienne, à enquêter avec 73 prévenus accusés d'être impliqués dans le carnage du samedi matin. Ils pourraient être poursuivis de meurtres, de détentions d'armes à feu et de munitions, sans autorisation, de détention d'armes blanches, de rassemblement et de «baltagua»... Des actes d'accusation qui semblent soigneusement éviter toute mise en cause de la police mais faire porter l'entière responsabilité sur les «baltaguis».

Le ministre de l'Intérieur avait affirmé, contrairement à ce que des images visibles sur ?Youtube' démontrent, que la police n'a tiré que des gaz lacrymogènes. L'équipe des juges d'instruction n'ont pu faire tous les constats sur les lieux, les partisans des Frères Musulmans qui se trouvaient sur place, à l'entrée de ?Rabaa Al-Adawiya' leur ont exprimé leur défiance. Les forces de police auraient conseillé aux juges d'instruction de quitter les lieux et de faire les constats plus tard. Le carnage du «monument du soldat inconnu» imputé par les Frères Musulmans aux forces de polices, soutenues par des «baltaguis» a créé un effet de mobilisation supplémentaire chez les partisans du président destitué par l'armée. Les alentours de ?Rabaa al-Adawiya' où ils sont rassemblés depuis un mois restent noirs de monde et ont connu un afflux de partisans, à la suite du carnage. Entre discours contre le «pouvoir des militaires» et des prières de la ?Janaza' sur les victimes, (des décès surviennent encore parmi les nombreux blessés traités à l'hôpital de campagne), le temps est à la ferveur. Certains manifestants portaient des pancartes portant la mention «projet de chahid».

DES MENACES SANS IMPACT

Les menaces du ministre de l'Intérieur, le général Mohamed Ibrahim, demandant aux manifestants de quitter les lieux «pour éviter que le sang ne coule» n'ont aucun impact. «Il y a des sentiments de tristesse et de colère, mais aussi une énorme détermination» a déclaré un porte-parole des Frères Musulmans, Gehad el-Haddad.

La «ligne» est maintenue: le retour de Mohamed Morsi en récusant des formules qui feraient avaliser la destitution du président. «Nous acceptons toute initiative pourvu qu'elle soit basée sur la restauration de la légitimité et annule le coup d'Etat. Nous ne négocierons pas avec l'armée». Des personnalités ont lancé une initiative fondée sur le refus du coup d'Etat et à la mise en œuvre d'une solution, en conformité avec la Constitution. L'initiative consiste à ce que Mohamed Morsi, considéré comme président légitime, délègue comme le prévoit la Constitution des pouvoirs à un Premier ministre consensuel qui appellera à des élections législatives dans les 60 jours. Après la formation d'un nouveau gouvernement, des élections présidentielles anticipées seront convoquées, toujours dans le respect de la Constitution.

INTENTION DE TUER

Les chances d'une telle initiative d'être acceptée par l'armée et ses alliés politiques sont minces. Le pouvoir égyptien reste tenté par le passage en force pour dégager les rassemblements organisés par les Frères Musulmans et leurs partisans. Le carnage du samedi suscite des critiques, à l'extérieur. Son renouvellement dans le cas d'une intervention musclée contre les rassemblements fait porter le risque d'une extension de la violence. Les Frères Musulmans continuent à clamer leur choix d'une «protestation pacifique» mais l'engrenage de la violence risque de les déborder. L'organisation ?Human Rights Watch' a accusé les autorités égyptiennes de «mépris criminel» de la vie humaine. Ces morts montrent «une volonté choquante de la part de la police et de certains (responsables) politiques de faire monter d'un cran la violence contre les manifestants pro-Morsi», estime le directeur de HRW pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Nadim Houry.»Il est presque impossible d'imaginer autant de morts s'il n'y avait pas l'intention de tuer, ou du moins un mépris criminel pour la vie des gens», souligne-t-il.