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Assassinat de la petite Nadia à Mostaganem : La meurtrière était une voisine

par Moncef Wafi

 

L'assassin de la petite Nadia Benmokhtar, âgée de deux ans, a été arrêté quelques heures seulement après avoir commis son crime. Les premiers éléments de l'enquête policière ont révélé que c'est une voisine de la famille, âgée de 34 ans, qui est la principale suspecte dans le meurtre de l'enfant après l'avoir kidnappé, jeudi après-midi alors qu'elle jouait devant le domicile familial à la cité« Kadous El Meddah » à Tijditt, Mostaganem. Elle faisait partie des suspects interpellés vendredi soir quelques heures après l'enterrement de la victime. Selon le chargé de communication de la Sûreté de wilaya, elle serait passée à l'acte pour couvrir le crime de son fils de neuf ans qui avait abusé sexuellement de la petite Nadia. La meurtrière et son fils seront présentés devant la justice pour répondre des chefs d'inculpation de meurtre avec préméditation et acte contre nature. Les faits de cette scabreuse affaire remontent à jeudi dernier, lorsque les parents de Nadia, après avoir constaté sa disparition, déposent plainte au commissariat. Le corps sans vie de la petite fille sera découvert par son père, le lendemain à 9 h, près du domicile parental. Aussitôt avisés, les services de la police judiciaire ouvriront une enquête qui aboutira, dans un temps record, à l'arrestation de la mise en cause. Les soupçons les plus forts ont concerné l'entourage le plus proche de la famille puisque, malgré les recherches effectuées par les parents et les habitants du quartier, la dépouille de Nadia, poignardée deux fois au à l'épaule, sera découverte à proximité du domicile familial, ce qui indique, dans un premier temps, que le corps était caché dans les alentours immédiats du lieu du crime. Rappelons que quelques heures après la découverte du corps, les habitants du quartier, rejoints par une foule immense, se sont rassemblés à proximité du domicile mortuaire. L'accès à la rue Kadous el Meddah a été bloqué durant la soirée et une partie de la nuit de vendredi. Le mouvement de colère qui s'est répandu à l'ensemble de la ville aurait incité la famille de la victime à enterrer leur fillette en pleine nuit, accompagnée par une interminable procession. Après l'enterrement, un rassemblement a été organisé sur l'esplanade de la mairie pour demander que justice soit rendue et exiger la pendaison du coupable. Ce drame n'est pas sans rappeler celui de Constantine où deux enfants, Haroun Boudeïra et Brahim Hachiche, ont été kidnappés et assassinés. Le procès des tueurs a été largement suivi et la condamnation à mort de Hamza Oubiri et son complice Yamine Gouacem a été favorablement accueillie. Pourtant les familles des victimes demandent à ce que la sentence soit exécutée alors que la peine de mort en Algérie est gelée depuis 1993. Pour sa part, le président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l'homme (Cncppdh), Farouk Ksentini, a déclaré sur les ondes de la radio nationale qu'il est impératif de mettre un terme à ces crimes, considérant cette affaire comme la plus abjecte puisqu'elle concerne une mère qui a assassiné de sang froid une fillette de deux ans pour couvrir le viol commis par son fils de neuf ans.

Le dossier du kidnapping et du meurtre d'enfants a connu une forte mobilisation citoyenne et l'emballement médiatique après les derniers meurtres d'enfants ont poussé le gouvernement à plus de fermeté contre les auteurs de ces crimes. Pour ceux qui ont accusé les pouvoirs publics de laxisme ou d'inaction, on leur répond, par la voix du ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, Daho Ould Kablia, que le gouvernement a pris une batterie de mesures à même de circonscrire ces forfaits. Le ministre avait indiqué que le gouvernement envisageait la révision du code pénal dans sa partie relative aux peines appliquées aux auteurs d'enlèvements d'enfants. Sans évoquer ces changements ni une quelconque levée du moratoire contre la peine de mort pour ce genre de crimes, Daho Ould Kablia expliquera que cette révision se fera sur la base d'un rapport du ministère de la Justice. Pourtant, même s'il laisse entendre qu'il ne serait pas défavorable à l'élargissement de la peine de mort à d'autres cas, il tiendra à préciser que ce moratoire, qui fait tant de débat ces derniers temps entre abolitionnistes et défenseurs de la peine de mort, « ne figure pas dans la loi mais il s'agit d'une décision politique et donc le retour à l'application de cette peine nécessite une décision politique. ». Le gouvernement envisage, outre la prévention et la sensibilisation envers les enfants, les parents et la société civile, renforcer l'aspect sécuritaire en multipliant les patrouilles pédestres dans les ensembles locatifs, les aires de jeu, les places publiques et autour des établissements scolaires. L'autre nouveauté envisagée est de coordonner les numéros verts (gendarmerie, police, etc.) pour dénoncer les personnes suspectes. Rappelons que 204 cas d'enlèvement d'enfants ou de détournement de mineurs, dont 170 filles, ont été enregistrés par les services de la Sûreté nationale en 2012 contre 221 cas, dont 169 filles en 2011. Au premier trimestre 2013, les services de la police ont recensé près de 30 cas d'enlèvement dont 4 ont connu un dénouement tragique. Le ministre de l'Intérieur a précisé que le premier mobile de ces rapts demeure l'agression sexuelle. C'est l'œuvre d'homosexuels ou de repris de justice, et dans de rares cas, ces enlèvements sont motivés par un litige familial, par la vengeance, un règlement de compte ou par la demande de rançon. Les cas d'enlèvement ont été résolus par les services de sécurité en un temps record à hauteur de 90%, a fait savoir M. Ould Kablia qui rappellera que la DGSN dispose d'une cinquantaine d'équipes chargées spécialement de la protection de l'enfance et de la lutte contre la délinquance juvénile réparties sur l'ensemble des wilayas du pays.