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Carburant: Les stations-services sous pression

par A. Zerzouri



C'est rare de voir un tel spectacle de voitures alignées chez les pompistes sur une longue distance durant le Ramadhan et dans la première heure de la matinée.

Les stations d'essence et de gasoil ont été prises d'assaut par les automobilistes qui se sont levés tôt pour faire le plein d'essence et éviter la panne sèche, car la plupart d'entre eux nous ont déclaré qu'ils «roulaient sur la quantité de réserve». Le décor est partout identique, des chaînes très longues avant d'arriver à la pompe, et bienheureux celui qui sera servi avant l'épuisement des réservoirs de stockage. Plusieurs automobilistes nous ont affirmé qu'ils ont patienté avant-hier plus de deux heures et lorsqu'ils sont arrivés à hauteur de la pompe, ils ne trouveront aucune goutte d'essence. Quant au gasoil, la pénurie a commencé à se faire sentir depuis une dizaine de jours déjà. Ce carburant étant utilisé par les machines du secteur de l'agriculture et comme c'est la saison où ces machines tournent à plein régime, la pression de la demande est très forte sur le gasoil. En tout cas, après un retour à la normale après une première apparition de la crise du carburant au mois de juin, la longue procession de véhicules dans les stations d'essence revient nous rappeler que si les stocks sont épuisés, le sujet ne l'est pas pour autant. Le carburant fait toujours l'actualité en ce mois d'été. C'est la première fois que l'Etat engage une lutte implacable contre les hallaba, ces trafiquants ou contrebandiers qui pompent notre essence vers les deux pays voisins, le Maroc à l'ouest et la Tunisie à l'est, et il en est résulté de cette lutte une crise du carburant à travers pratiquement tout le territoire national. Le rationnement des stations d'essence situées dans les villes frontalières, une mesure décidée afin d'assécher les pistes d'approvisionnement des contrebandiers, a provoqué une migration de la clientèle vers les villes de l'intérieur, où la tension monte et baisse au rythme de ce trafic. Résultat: plusieurs gérants de stations d'essence nous ont affirmé qu'ils n'arrivent plus à satisfaire la demande de la clientèle. «La quantité qu'on nous sert (jusqu'à 28.000 litres, ndlr) est épuisée en quelques heures», renchérissent les concernés. Les automobilistes, pour leur part, ont exprimé leur désappointement, répétant à tout bout de champ, qu'il y a bien une crise de carburant dans l'un des plus grands pays producteurs de pétrole, comment est-ce possible ? Bien sûr, tous ceux qui attendent leur tour dans les stations d'essence déclarent qu'ils n'ont rien à voir avec la contrebande du carburant, et qu'ils n'ont pas à subir avec les effets de ce tour de vis opéré par les autorités. D'autres soulèveront la problématique de la hausse considérable du parc auto qui provoque automatiquement une forte demande sur le carburant. De son côté, le directeur de l'Energie et des Mines a reconnu qu'il existe une perturbation dans la distribution du carburant, une perturbation d'ailleurs enregistrée à travers plusieurs wilayas. «Ce sont les automobilistes de plusieurs wilayas, où l'essence et gasoil sont sous haute surveillance, qui viennent s'approvisionner à Constantine, mettant un peu plus de pression sur la demande en la matière», dira-t-il. Ce dernier signale que Naftal a augmenté de 20% ses capacités de production, assurant dans ce sens qu'il n'y aura jamais de rupture totale des stocks de carburant et que même si l'on éprouve certaines difficultés dans la distribution, l'Etat continuera d'assurer l'approvisionnement des stations d'essence, sans marquer aucun répit dans la lutte contre les contrebandiers.