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Coopération algéro-française: Que des promesses…

par G. O.

  Créé en 2013 conformément à la déclaration d'Alger sur l'Amitié et la Coopération que Bouteflika et Hollande ont signée le 19 décembre 2012, le COMEFA se veut, selon ses «concepteurs» un mécanisme de renforcement et de diversification des relations économiques, industrielles et commerciales entre les deux pays. Son bilan contredit, cependant, la rentabilité de ses missions sur le terrain.

Le COMEFA avait, à la fin de sa 3ème session, procédé à la signature de neuf accords qui ont concerné les secteurs de l'agriculture (entre Asmidal et le groupe Roullier pour la production d'engrais), les transports (entre la SNTF et le groupe EGIS pour la création d'un bureau d'études en plus d'un autre liant la SNTF et Systra pour l'engineering des systèmes de transport train, bus, tramway, métro), dans l'industrie (dans le ciment entre Gica et Lafarge), dans l'énergie (pour la production de vannes) et la propriété industrielle (entre l'INAPI et l'INPI. Les deux délégations avaient, en outre, consacré par un accord intergouvernemental, la mobilité des jeunes diplômés algériens et français qui leur permet d'accéder réciproquement à des postes de travail dans les deux pays. Au-delà de l'offre de services et d'expertise qu'elle a toujours faite à l'Algérie, la France reste très avare en matière de création ou de délocalisation de ses grosses industries. Les faits sont têtus. Le 15 juin 2015, le président Hollande avait annoncé à Alger l'ouverture de négociations pour la création par Peugeot d'une usine de montage automobile en Algérie. Après le hangar de Renault à Oued Tlélat, Peugeot devait, selon les propres propos de Bouchouareb, lancer son usine en Algérie en 2017. Le ministre avait même précisé que le projet avançait très bien sous le contrôle de Abdelmalek Sellal alors 1er ministre. Il semble, cependant, qu'entre le discours politique et les promesses, Peugeot a oublié comment venir en Algérie puisque au moment où Bouchouareb faisait ses déclarations, ces responsables avaient mis 557 millions d'euros dans l'implantation d'une usine de fabrication de ses véhicules au Maroc. Il est clair que la France a ses privilégiés dans la région et ce n'est pas l'Algérie même si les autorités aux plus hauts niveaux, de part et d'autre, claironnent l'instauration d'un «partenariat d'exception» dans tous les domaines au titre de «la feuille de route» paraphée en mars 2003 par Bouteflika et Chirac.

Renforcée par « cette volonté de tourner la page du passé et de raffermir les liens entre les deux pays », la déclaration d'Alger du 19 décembre 2012 stipule dans son chapitre IV relatif à la coopération économique que «les deux parties donneront un nouvel élan à leurs relations économiques. Dans ce but, elles entendent favoriser une relance équilibrée de leurs échanges et encourager le développement des investissements entre leurs entreprises». Plus encore, «leurs économies doivent relever le défi du redressement productif et de la mondialisation. Elles présentent, en outre, de nombreux éléments de complémentarité». Il est affirmé que « fortes de ce constat, les deux parties entendent valoriser leurs atouts et développer une stratégie visant à promouvoir les partenariats industriels entre opérateurs algériens et français ». Stratégie qui devrait, dit la déclaration, «être mutuellement bénéfique et se traduire par le développement de l'investissement et la préservation ou la création d'emplois sur le territoire de chacune des parties, ainsi que par des transferts de compétences et de technologies. Les opérateurs économiques seront étroitement associés à sa définition et au suivi de sa mise en œuvre ». L'on rappelle que les missions du MEDEF (Mouvement des entreprises économiques françaises) en Algérie ont été multiples mais sans plus. Les responsables français se targueront toujours que leurs entreprises ont créé le plus grand nombre d'entreprises et d'emplois en Algérie. En chiffres, le comptage est bon dans ce sens. Mais en termes de participation dans les IDE (Investissements directs étrangers), la France ne s'est déployée en Algérie qu'à travers de petits créneaux (à quelques exceptions près) ou par les services d'engineering, de management et d'expertise. L'Algérie attend toujours que les grandes usines françaises s'installent sur ses territoires.