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Entre un wali et un autre, mesures et mesurettes

par El Yazid Dib*

« La chose la plus difficile, c'est de prendre la décision d'agir ; la suite n'est qu'une affaire de ténacité ». Amelia Earhart

Certains verront que l'on fait une pléthore thématique parlant de walis. En fait, ce personnage incontournable en organique et comple xe en individualité reste un pivot axial dans la pratique de la république. Aucune décision du pouvoir central n'aurait d'effet si elle n'était pas suivie dans ses phases d'exécution par ces walis. Car ils sont les démembrements de l'Etat, les dépositaires légaux de son autorité. Les maires sont revanche une farce pour justifier la devanture démocratique. Le propos est ailleurs que dans leur substance. Il est dans le détermination et l'hardiesse de savoir et pouvoir prendre ou des mesures radicales ou de simples mesurettes et encore façadières.

Il y a de ces walis qui s'engagent et d'autres en voulant le faire se désengagent. Juste à voir la gestion par laquelle est gérée cette pandémie, l'on se trouve devant une grosse différence ça et là. Rien n'est laissé au hasard quand il s'agit de trancher le vif d'un sujet. De surcroît, d'une santé, du bon droit ou de la bonne gestion.

Le pays, en l'absence d'un président semble fonctionner en mode standard. Au coup par coup. La pandémie gagne de jour en jour des corps, des institutions et aussi des commerces, des kiosques. C'est au niveau local que se distraient le bonheur social, l'investissement, l'angoisse nationale ou le désintérêt envers l'Etat. Une wilaya, je m'excuse n'est pas une daïra ou un bureau calfeutré d'un secrétariat général agissant toujours à l'ombre d'un wali. Un wali doit être pleinement un wali. Entier, tel quel, authentique, sans fard ni habit de rôle. Sans bramer, sans humeur ni état d'âme. Pour ce faire, il n'a qu'à se rappeler l'origine de sa provenance.

Interdire les chaises sans s'intéresser à la distanciation c'est permettre passivement aux gens de s'asseoir à même les bordures, les pierres de fortune, les seuils de portes. C'est accentuer la vision des mauvais paysages dignes des scènes des années de braises. Faire un tour autour de ces cafés autorisés à ouvrir sans tables ni chaises peu importe la chaine qui s'agglutine au comptoir vous installera dans une tenace réalité. Ridicule cette décision du wali de Sétif. Timide et manquant d'aplomb, elle n'exprime qu'une appréhension craintive ne pouvant dévaler que d'un centre en peine de maîtrise des données. Et hop ! Voilà qu'après un jour l'autorité centrale décide d'autres choses. Fermeture à 15 heures. Ne fallait-il pas prendre ce genre d'arrêtés et autres encore plus osés et s'éloigner ainsi du semblant de faire croire avoir fait au moins quelques choses. Le populisme et le manque de cran sont les pires caractères d'un chef. Ils le rendent irresponsable tout en ayant moralement toute la responsabilité. L'on se la joue à la popularité alors que l'effet inverse est résolument obtenu. Des walis qui tiennent à cadence soutenue des réunions intramuros pour une minute de camera ne peuvent avoir le souci managérial de traiter ces affaires avec modestie et méthodologie. Ils croient inscrire là un grand agenda de travail et d'exécution au service du service public avec toutefois un clin d'œil bienveillant à l'autorité de nomination. La pandémie n'est pas inscrite dans le programme du président ni encore la procédure de sa lutte, alors il n'y a rien à craindre. Le profil du grand responsable, du grand commis de l'Etat c'est d'agir dans l'efficacité et sans cornemuse. Il n'a à plaire à personne, sauf à la paix de sa conscience et à son intime conviction quant à la satisfaction de la mission accomplie sans zèle ni fanfaronnade.

Toute mesure comporte des contraintes et des vertus Hésiter devant la contrainte au lieu de la contenir, de l'aplatir et prendre en privilège le qu'on dira-t-on n'est qu'une réflexion anesthésiante. Elle produit très peu de réprobation mais énormément de dégâts. Interdire la circulation du transport collectif et personnel durant le week-end c'est du déjà vu. Du réchauffé. Ne fallait-il pas accéder d'un autre cran et interdire également et en même temps tout déplacement urbain de véhicules personnels ? C'est le week-end, tout est censé être fermé, rester dans sa cité, son quartier ne va pas freiner la vie. Voyons le confinement édicté spécialement pour les deux journées de l'aïd el fitr. Au bonheur de la santé publique, interdiction était faite à tout déplacement en véhicule ou en moto. Aucun engin autopropulsé ne pouvait rouler. On avait constaté moins de monde, plus de sécurité sanitaire et une nette baisse de cas contaminés par la suite. Car chacun se trouvait dans sa géographie résidentielle. Cela démontre que c'est le moyen de transport qui fait rassembler les gens autour des souks et des marchés, dans les villes et les bourgades. A défaut de véhicules, tous ces rassemblements se verront drastiquement diminuer. Pas de flux massif, ni de transbordement d'une contrée à une autre. Chacun avait évolué dans le périmètre que lui permettait sa force motrice naturelle. L'on ne peut venir à pied d'une commune à une autre ou d'une cité vers une autre sans locomotion. L'on aura à se contenter à faire ses emplettes chez soi, aux alentours de sa demeure. Maintenant que toutes les cités sont pourvues de magasins et de locaux commerciaux multi-activités; essayons alors d'étendre cette interdiction au moins durant les journées du vendredi et samedi et analysons ensuite le résultat. Sans conteste, cette disposition si elle venait à être prise aurait à fixer les citoyens sur leurs territoires et ne manquerait pas à l'évidence de provoquer encore des entorses au sens d'hypothétiques urgences et autres impératifs. Que l'on réglemente au cas par cas selon le temps et l'espace. La mesure, celle-là ou une autre visant une quelconque suspension d'activité commerciale aura en toute certitude énormément de conséquences au plan économique. On aura en face une société qui va être en partie figée, des revenus qui vont se raréfier notamment chez les transporteurs privés, les taxieurs, les journaliers et les marchands occasionnels. La spéculation va prendre des ailes et les maux sociaux en termes de mal-vie, de chômage, de fléaux n'iront qu'en s'accentuant. Dans l'autre face, à défaut de telles mesures, l'on aura la saturation extrême des hôpitaux et leurs précaires dépendances, des dangers imminents sur la vie, enfin la mort, quoi ! Préfère-t-on avoir un citoyen sans revenus, un commerçant sans profit, un taxieur sans clients ou les avoir tous morts ? C'est dire que ce n'est pas facile la prise de décision. Sauf si l'on est payé pour.

Vous croyez que c'est une mission régalienne pour qu'un wali prenne un bout de mouchoir, le brandisse et l'agite suggérant qu'il lance là « un coup d'envoi » d'une opération qu'il intitule d'hygiène et de désinfection ? Laquelle ne va sillonner que les pourtours adjacents aux bretelles du palais. Reflexes maudits d'un régime qui souffre dans l'agonie. Ce genre de wali est appelé à bannir des usages gestionnels de la république, ces cultes presque brejnéviens. A-t-on besoin de ce geste du premier responsable pour faire un travail tout à fait ordinaire, usuel et maintenant impératif et recommandé ? Il n'a rien de politique ni d'administratif. C'est une mission technique faite par des services techniques à l'instar de toute une multitude.

Quand un scientifique affirme entre autres que pratiquement la forte source de contamination provient essentiellement des regroupements de partisans à la campagne pour le referendum constitutionnel, c'est que ces rencontres, manifestations, meeting ont été tous autorisés par des walis. Alors dans ce contexte; inutile de chercher à comprendre quel est ce wali qui pouvait refuser l'octroi d'une telle autorisation. Là, aussi ca sent de près l'odeur d'une époque révolue. Celle où, sans appel de pied l'on comprend ce qui tourne dans la tête du sultan. Ils n'ont pu faire justement la part des choses. C'est après le jour du scrutin que certains ont commencé à faire du bruit, exigé par ailleurs par le taux effarant de contamination.

A Ouargla, Tissemsilt ou Jijel, certains pas déterminés ont été franchis. L'interdiction de déplacement de et vers la wilaya, le confinement sanitaire personnel, fermeture des marchés anticipent la prévention. Encore que, face à l'étendue gravissime du virus, d'autres actions plus énergiques sont à prendre. Le confinement général et total n'est pas encore à l'ordre du jour. Mais il semble imminement tracer ses préliminaires.

Nous nous trouvons dans l'ensemble et aléatoirement face à un hilarant de confinement que nous semblons pourtant habiter. Que nous croyons pratiquer. Il est là certes sur document, dans les interstices des décrets et règlements, il sera inscrit dans les annales de l'histoire de notre vie quotidienne mais en fait, en vrai, en pure réalité nous sommes loin d'avoir été carrément et bien confinés. A quelques différences selon les régions, les mentalités et la prédisposition à la prise de conscience collective, il tend à s'exprimer non pas en un devoir réglementaire peu importent les sanctions en bout de transgression mais beaucoup plus à une attitude de civilité, un comportement éducationnel, un sens aigu de responsabilité.

Que faire ? Seuls les réseaux sociaux et certains militants de la cause sanitaire et humanitaire non-élus de surcroit- sont alertes à donner toute information. L'administration n'agit pas en proximité. La mairie, le grand non-concerné. Cette mairie paralytique à tout titre et qui n'attend que sa dissolution, aurait à mettre à profit ce temps de confinement pour initier, encadrer et soutenir comme ultime baroud d'honneur, des actions de volontariat tendant à agrémenter les cités ,les quartiers de la ville qui croule sous l'irresponsabilité communale. Si le wali bouge, la mairie se secoue, sinon c'est l'attente d'orientation. Pourtant certaines communes prennent le cran ‘affronter leur réalité au moment où d'autres se limitent à attendre les directives. El Eulma à Sétif est un cas à encourager contrairement à l'inertie totale du chef lieu de wilaya.

Articuler sciemment la sensibilisation à outrance, entretenir le porte à porte, forcer légalement le respect plus particulièrement de la distanciation, émettre des réquisitions aux services de sécurité pour faire respecter avec coercition cette distanciation demeure des attributions réglementaires de chaque wali. Eux aussi attendent les instructions de Djerrad.

Alors, souvenez-vous que « la décision est souvent l'art d'être cruel à temps ». C'est difficile de prendre de telle décision lorsque le choix ne s'offre plus. Toute mesure comporte en son sein des contraintes et aussi des bienfaits. Quant aux mesurettes, elles ne sont faites que pour la cuisine.