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Presse : liberté et devoir

par El Yazid Dib

Quel mal aurait commis ce journaliste qui nous fait lire une actualité que chacun l'en veut à sa façon ? Le mal serait dans l'acte rapporté par l'information et non pas dans le contraire.

A quel moment le talent d'un chroniqueur devient-il à propos agaçant, et déplaisant ? Des qu'il franchit la ligne rouge. Mais en fait cette ligne, qui la connaît avant de savoir qui est habileté à tracer ses contours ? Dire que la légalité est bafouée, le pouvoir d‘achat s'est dégringolé, les walis sont devenus des quelconques, le discours ministériel est une comédie, n'a rien de mauvais tant que le constat ainsi dressé est généralisé et consensuel. Il écrit ce que tout le monde converse et dit. Il essaye d'apprivoiser son surligneur par tout style utile au discernement de la déveine qui se réveille la nuit ou l'angoisse qui s'excite à la pointe de chaque aurore.

Confirmer la volonté de l'Etat de loger la presse nationale et le secteur de l'information dans la place privilégiée qui lui sied ne doit pas se limiter uniquement à un discours circonstanciel. En la dotant de garanties, la constitution et les textes subséquents , oblige par la règle de droit l'ensemble des segments des pouvoirs publics de lui assurer les différentes formes de soutien et de facilitation à même de lui permettre de s'acquitter de ses honorables missions. C'est en l'absence de cette couverture légale, de ce défaut d'approvisionnement qu'apparaissent parfois et c'est selon, ou des frasques, des dérives ou des empêchements de dévoiler l'un ou l'autre coté d'une vérité.

C'est par une chronique de presse que l'on défraie les chroniques du temps. C'est par un déni de chronique que l'on risque de rendre ainsi le malaise chronique et incurable. Le chroniqueur c'est cette rubrique qui arrive en pleine placidité de l'actualité. Quotidienne ou hebdomadaire, elle se greffe telle un tubercule au goût amer mais utile et entretenant. On le case, ce scribouillard dans les épithètes les plus infimes. Toujours de bon aloi mais refusant les attache-mains ce chroniqueur, quand il n'est pas cogné de front, est sérié comme un terroriste des règles syntaxiques, canoniques. Le journaliste sous toutes ses formes d'expression n'est pas un opposant à la nation, s'il manifeste son droit à ne pas partager la même vision que celle d'un régime, d'une gouvernance centrale ou d'une gestion locale. Il est toujours en droit de transmettre ce qui se passe, à charge pour l'acteur du fait le plus souvent répréhensible de ne pas user de haine ou de réprimandes.

Si un constat est debout, le chroniqueur le glose. Il n'a rien à justifier, sauf sa liberté. C'est un peu comme un art photographique, il y a une prise, il y a un commentaire. Sa simulation à lui se dessine, pour certains dans l'usage du pléonasme, de la métaphore et de l'idée dérisoire et indirecte. Pour d'autres, le dessin est clair, le mot tranchant, direct et franc. C'est dans le dépècement de la réalité que l'exalté de la presse en général rencontre la bonne et mauvaise humeur. Il l'expurge pour en faire un fait saillant. Le suspendre, le blâmer c'est faisable, figer son sens ou l'abattre est peine égarée. Laissez-le dans ses joies illusoires.

Je me suis tout le temps dis que la liberté d'expression et le devoir de vérité doivent être, comme un couple uni ; au diapason de la symbiose qu'exige une société moderne, ouverte et transparente. L'un ne s'oppose pas à l'autre. C'est en s'assemblant dans une complémentarité objective que l'information utile et efficace produira tous ses effets. Je dirai également en étant tout convaincu que seul le professionnalisme est apte à consolider davantage les multiples et importants acquis obtenus par l'ensemble de la corporation. Comme dans tout corps, la biologie, la mauvaise envie de survie, l'avidité ou l'enténèbrement peuvent provoquer des scories, des altérations et mêmes des travestissements. La presse s'interdit les caprices et les prises de gueules. Ses vertus ne sont qu'un rapport liant un fait à une information, au plus à un commentaire. En faire un poclain à détruire les uns ou un tremplin à faire hisser les autres c'est sortir de toutes les lignes morales et profaner ainsi la sacralité d'une noblesse. Cette presse, symbole de liberté d'expression et de démocratie n'a pas cessé durant son existence à s'inscrire avec toutes les souffrances dans le propre noyau du métier qu'elle exerce. Si le métier était dans le cœur, le talent dans la plume, le brio dans le son et l'art dans l'image, la presse n'en serait plus là où certains tentent de l'accrocher. La production journalistique n'est donc qu'une réaction à une action. Elle diffère selon l'intensité et le degré. Elle fait le mal et le bien, elle attribue des louanges et des réprobations. C'est le fait du jour, la nature des choses et le factuel qui une fois intériorisés tentent par petits mots à s'extérioriser au moyen d'une graphie totalement désarmée.

Forte et munie de son expérience, de son combat et de ses luttes contre l'obscurantisme et les velléités anti-démocratiques, la presse nationale a traversé avec honneur et gloire des moments tantôt exaltants, tantôt complexes. En conséquence de quoi elle se fait et se rend nécessaire de jour en jour. Les grands acquis ont été le fruit de longs combats menés contre les forces occultes et des sacrifices ainsi consentis par celles et ceux qui ont choisi cette voie, celle du plus difficile et contraignant métier. C'est à la mémoire de ces gens là, que nous devons savoir rendre les dignes hommages et ne pas se taire sur les tares d'ici et d'ailleurs. Alors ; excusez-nous Messieurs d'en haut, si l'on parle encore et encore de vous, de vos chinoiseries, de vos parodies et aussi de nos désillusions et nos déterminations.