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A quoi sert l'Opep ? - Plaidoyer pour le Conseil national de l'énergie

par Chems Eddine Chitour*

Quand le sage montre la lune, le sot. désigne le doigt Proverbe chinois

Cet adage pour annoncer la teneur de cette contribution à savoir que nous ne devons pas perdre notre « énergie » dans des débats dont nous ne maitrisons ni les tenants ni les aboutissants notamment en ce qui concerne les prix du pétrole. Par ailleurs, Il ne se passe pas de semaine sans qu'une information sur le pétrole ne soit donnée. Nous allons de promesse en promesse en ayant l'œil rivé sur les convulsions erratiques du prix du baril de pétrole. Il y a un véritable partage des rôles. Le gouvernement toujours en apnée a pour objectif la paix sociale elle-même indexée sur Sonatrach et les hydrocarbures. Pour le reste, la société civile entretien le débat ainsi un débat important ce samedi verra nos experts exposer l'état des lieux de la scène énergétique mondiale Cependant la particularité de ces approches est qu'elles sont hémiplégiques, elles ne s'intéressent qu'au pétrole et ce qui tourne autour notamment les prix du pétroles , sacrifiant à la tentation de la boule de cristal qui veut que l'on soit capable de prévoir les fluctuations erratiques avec des arguments nous expliquant les tendances baissières et leurs contraire nous expliquant avec moult autres arguments l'inéluctabilité d'une tendance haussière.

La politique de domination énergétique de Trump : Le poids insignifiant de l'0pep

Cela me rappelle les prévisions de Nostradamus AIE qui prévoit dans la même année que le pétrole va augmenter puis se déjugeant qu'il va chuter. Je me rappelle d'une époque où l'AIE - qui défend les intérêts des pays occidentaux consommateurs- soutenait mordicus que les prix allaient se stabiliser longtemps autour de 22 $le baril c'était six mois avant que ce prix ne crève le plafond à 140 $le baril obligeant Bush à intimer l'ordre à l'Arabie Saoudite d'ouvrir grande les vannes.. Six mois après le pétrole dégringolait à moins de 40$ ! Où sont les fondamentaux dont nous a tant rabattu les oreilles ? Bref, il y a bien longtemps que je suis dubitatif !

En fait, après avoir été l'un des acteurs majeurs notamment dès le début du XXe siècle dont ce qu'a appelé les principales compagnies pétrolières ( le sette sorele : les sept sœurs d'Enrico Mattéï qui comprenait outre les standard Oil, Shell, et BP), les Etats Unis ont toujours fait de l'hégémonie multiforme du monde leur crédo aidé en cela par les vassaux asiatiques ( Japon) et Européens ( Royaume Uni, Allemagne Italie et la France à partir de l'ère Sarkozy qui a cassé l'indépendance française voulue par De Gaulle) (1)

Tous les moyens sont bons pour les Etats Unis pour continuer toujours à prendre les commandes du marché pétrolier à la fois sur le niveau de production- par Arabie Saoudite interposée- mais aussi sur l'intervention du baril papier qui fausse les données des fondamentaux. Alastair Crooke nous explique ce que c'est que la politique de domination énergétique de Trump signifie pour le monde, Pour lui les Etats Unis ont toujours dominé la scène énergétique mondiale : « L'administration veut accroître le pouvoir des États-Unis, plutôt que de s'adapter à son déclin (comme l'aurait fait Obama). Les partisans de M. Trump ne veulent pas de longues guerres, mais ils ne se résignent pas non plus au déclin national ». (…) En fait, un indice est apparu presque un an plus tôt, lorsque le 29 juin 2017, le Président a utilisé un mot tout à fait inattendu dans un discours lors d'un événement du Département de l'énergie : Libérer l'énergie américaine. Au lieu de parler de l'indépendance énergétique américaine, comme on pouvait s'y attendre, il a plutôt annoncé une nouvelle ère de « domination » de l'énergie américaine ». (2)

« Dans un discours « qui cherchait à souligner une rupture avec les politiques de Barack Obama », note le Financial Times, M. Trump a lié l'énergie à son programme America First… Avec ces ressources incroyables, mon administration visera non seulement la tant attendue indépendance énergétique américaine, mais aussi la domination énergétique américaine ». Il semble, comme l'explique Chris Cook, que Gary Cohn, qui était alors conseiller économique en chef du Président, ait joué un rôle dans la genèse de cette ambition. Cohn (alors chez Goldman Sachs), avec un collègue de Morgan Stanley, a conçu en 2000 un plan pour prendre le contrôle du marché mondial du pétrole par le biais d'une plateforme de négociation électronique basée à New York. En résumé, les grandes banques ont attiré d'énormes sommes « d'argent géré » des opérateurs financiers (vers le marché, pour parier sur les prix futurs (sans qu'elles ne prennent jamais réellement livraison de pétrole brut : le commerce du «pétrole papier », plutôt que du pétrole physique). Et, en même temps, ces banques travaillaient en collusion avec les principaux producteurs de pétrole (y compris l'Arabie Saoudite) pour préacheter du pétrole physique de telle manière que, en conservant, ou en déversant du brut physique sur le marché, les grandes banques de New York ont pu «influencer » les prix (en créant une pénurie ou une surabondance). Pour donner une idée de la capacité de ces banquiers à « influer » sur les prix, mi-2008, on estimait que quelque 260 milliards de dollars d'investissements (spéculatifs) d'argent « géré » étaient en jeu sur les marchés de l'énergie, éclipsant complètement la valeur du pétrole qui est effectivement extrait en mer du Nord chaque mois, entre 4 et 5 milliards de dollars au plus. Ces jeux d'options pétrolières « papier » l'emporteraient donc souvent sur les « fondamentaux » de l'offre réelle et de la demande réelle de l'utilisateur final. (…) Les objectifs américains de Trump pour «dominer », non pas par le biais de l'infrastructure permanente des mondialistes du parapluie de défense américain, mais en utilisant intelligemment le dollar américain et le monopole de la compensation financière, en protégeant et en contrôlant étroitement la technologie américaine et en dominant le marché de l'énergie, qui, à son tour, constitue pour les concurrents des USA un interrupteur marche/arrêt de la croissance économique ». (2)

En fait cette doctrine est toujours la même, elle remonte à cette élection divine que les Américains appellent la destinée manifeste. Le président Trump ne fait que continuer à gérer l'empire Ignacio Ramonet ancien directeur du Monde Diplomatique résume parfaitement la doctrine américaine : « La fonction des vassaux est de s'incliner, et l'Amérique aspire désormais à exercer une domination politique absolue. « Les Etats-Unis sont en quelque sorte le premier Etat proto-mondial, constate William Pfaff. Ils ont la capacité de prendre la tête d'une version moderne de l'empire universel, un empire spontané dont les membres se soumettent volontairement à son autorité » Cet empire aspire à réaliser dans les faits la mondialisation libérale. Tous les opposants, tous les dissidents et tous les résistants doivent savoir qu'ils seront combattus sur ces trois fronts : économique, idéologique et militaire.

L'Algérie a-t-elle une politique énergétique ?

Dans la majorité des débats auxquels j'ai participé ,il m'a été donné de constater que l'aspect transition énergétique me parait insuffisamment traité, au profit de l'omnipotent pétrole et ce qui tourne autour en terme de prix du barils et des stratégies approximatives des rentiers de l'Opep qui donnent l'illusion de maitriser les fondamentaux alors que chacun sait qu'il n'en est rien et que tout ce décide ailleurs ! Ainsi, à la dernière réunion de la semaine dernière à Vienne Riyad, épaulée curieusement par Washington _ donneur d'ordres- et Moscou –qui produit un peu plus que Ryad, a fini par trouver un compromis au forceps avec Téhéran, hostile à toute hausse marquée, autour d'un accord portant sur une augmentation de l'offre de près d'un million de barils/jour.

Notre dépendance aux hydrocarbures est encore là pour une bonne période L'Algérie, plus que jamais, a besoin d'une stratégie énergétique vers le Développement Humain Durable détaillée, accompagnée. Le défi énergétique conjugué à la préservation et la protection de l'environnement est un défi mondial auquel nous devons sérieusement penser.

l'aspect démographique sera aussi l'un des aspects les plus dangereux auquel nous allons faire face. A titre d'exemple Le PIB est de 5000 $/hab -grâce à la manne pétrolière- avec une population qui a été multipliée par 5 en 50 ans passant de 8 à 40 millions comparée à la Corée du Sud était à 27 millions d'habitants avec un PIB équivalent à celui de l'Algérie elle en est à 56 millions 50 ans plus tard ( multiplication par 2) avec un PIB de 30000 $/hab grâce à la science et à la technologie. Nous devons imiter ces pays dans leur dimension innovation scientifique et aussi démographique, sinon l'avenir de l'Algérie sera largement compromis

Sait on aussi par exemple qu'une centrale électrique thermique c'est 1, 5 milliard de m3 de gaz qui sont brûlés d'une façon définitive ? C'est-à-dire 4 millions de tonnes de CO2 C'est-à-dire aussi l'équivalent de 3TWh. à l'indépendance toute l'Algérie consommait avec1TWh c'était 125kWh /hab/an (60% charbon et 40 % hydraulique avec 450 MW d'hydroélectricité) depuis nous sommes à 1250kWh/hab/an avec un modèle à 99 % fossile. Ajoutons que chaque retard dans la construction d'une centrale de 1000 MW c'est aussi 500 millions de dollars qui ne seront pas épargnés comme viatique pour les générations futures.

Le monde du futur sera électrique ou ne sera pas

Nous ne pouvons pas miser que sur les hydrocarbures et chaque calorie thermique brûlée l'est définitivement Le monde de 2030 et plus encore de 2050 sera un monde de moins en moins carboné pour deux raisons, il y a de moins en moins de découvertes majeures et les coûts d'exploitation seront de plus en plus importants pour les nouvelles zones. Cependant, le pétrole de schiste américain est en train de brouiller — temporairement — les données, cette abondance artificielle à la fois des stocks et du recours prévisible à l'électricité dans la locomotion fait qu'il y a un excédent, Sans être naïf, il faut savoir qu'en 2030 le monde aura toujours recours aux énergies fossiles, peut-être dans la proportion de 2/3 à 3/4. Cependant, l'avancée des énergies renouvelables (solaire et éolienne) est inexorable. De plus, il y aura de moins en moins recours aux énergies fossiles dans les transports et le tertiaire ( cuisson et eau chaude sanitaire) Les énergies renouvelables ont attiré 297 milliards d'investissements en 2016. L'AIE estime que le solaire et le vent domineront l'avenir de l'électricité, 72% des 10,2 billions de dollars consacrés à la nouvelle génération d'électricité dans le monde entier jusqu'en 2040 seront investis dans de nouvelles centrales photovoltaïques.

La révolution de la voiture électrique

La part des véhicules électriques a bondi depuis que des progrès spectaculaires ont été faits dans les batteries. La voiture électrique est une véritable révolution, un siècle après celle de la voiture à carburant fossile, à la fois pour des raisons climatiques (pas de pollution) mais aussi pour l'électricité renouvelable de plus en plus disponible à des coûts égaux à celui du kWh thermique. Dans les prévisions de cas de base, le parc automobile mondial devrait doubler de 0,9 milliard de voitures en 2015 à 1,8 milliard d'ici 2035, Le nombre de voitures électriques augmente considérablement, passant de 1,2 million en 2015 En 2030, une voiture sur deux roulera (en partie) à l'électrique

«En 2030, au moins 30% des véhicules seront électriques» cela veut dire il y aura près de 450 millions de voitures électriques En 2015, les voitures représentaient 19 mb/j de la demande de carburant liquide — un cinquième de la demande mondiale. En théorie un doublement de la demande de déplacement de voitures au cours des 20 prochaines années entraînerait un doublement de la demande de carburant liquide des voitures. Soit 40 millions de barils/jour sur lesquels au moins 15 millions de barils/jour de pétrole seront épargnés parce que remplacés par l'électricité En Europe la fin de la vente des voitures essence et diesel d'ici 2035. Les voitures essence et diesel, qui seraient responsables en majeure partie de toutes les catastrophes écologiques doivent donc être éradiquées du territoire, le diesel qui est cancérigène sera abandonné. A titre d'exemple, Volkswagen ne fabriquera plus de voitures diesel à partir de 2025. La France supprimera les carburants et totalement d'ici 2040. Les voitures vont coûter moins cher que les voitures à carburants fossiles. La voiture électrique consomme 10kWh/100km, soit à 6 DA le kWh environ 60 DA contre 250 DA, soit quatre fois moins cher pour les 7l/100km d'essence ou de gasoil consommés d'une façon définitive alors que l'électricité peut être graduellement renouvelable.

Les voitures électriques à la portée de tous

L'Inde et la Chine travaillent sur des véhicules de 3 000 à 7 000 $. Pour démocratiser ce véhicule, le prix de la batterie devra descendre sous la barre des 100 $ le kWh. Depuis 2010, la chute est vertigineuse pour arriver actuellement à 190 $/kWh. Le nouveau leadership de la Chine et l'augmentation du nombre de voitures vendues nous rapprochent rapidement de cet objectif de démocratisation. Les batteries pourraient bien avoir une deuxième vie afin de stocker la production d'électricité renouvelable dans les maisons et les habitations, mais in fine, un processus de retour à la nature devra être implémenté. La mobilité électrique apporte une disparution totale sur le marché de l'énergie mondiale. De même Renault veut lancer une voiture électrique à moins de 7 000 euros en Chine. Rappelant son objectif de proposer une voiture électrique low cost pour le marché chinois, Objectif de prix annoncé : entre 6 300 et 7 200 euros. «Nous sommes en train de développer une voiture électrique à bas coût en Chine, nous parlons aujourd'hui de 7 000 à 8 000 dollars (6 300 à 7 200 euros)», a déclaré le PDG de l'Alliance Renault Nissan Pour le site Blomberg, «la révolution EV va frapper le marché automobile encore plus rapidement que prévu il y a un an. Les véhicules électriques sont en bonne voie pour arriver à 54% des ventes de voitures neuves en 2040.

Et en Algérie ? Un mix énergétique à 50% renouvelable d'ici à 2030 est possible

Le moins que l'on puisse dire est que nous avons plusieurs contraintes ! La question qui se pose est : est-ce que l'Algérie, cinquante-cinq ans après l'indépendance, n'est pas capable – avec ses capacités — de vivre sans le pétrole et le gaz ? Pendant plus de dix ans on nous disait que le solaire n'était pas rentable. Bien qu'il le soit en Allemagne avec un gisement solaire à 1 200 kWh m2/an contre 3 000 pour le Sud et 2 500 pour le nord de l'Algérie !!! Que faisons-nous du GPL Sirghaz que nous n'arrivons pas à commercialiser du fait d'une mauvaise prise en charge au niveau du financement du kit GPL et d'une publicité inexistante.

Pourquoi ne réservons-nous pas le pétrole uniquement aux usages nobles que sont la pétrochimie ? C'est tout cela qu'il faut revoir si nous voulons avoir une visibilité pour les 15 prochaines années. Qu'avons-nous comme stratégie dans ce domaine pour sortir du sortilège du pétrole? La problématique globale est celle de passer d'un modèle de consommation où tout est gratuit et dont personne n'est responsable vers un modèle de consommation vertueux où chaque calorie est épargnée, grâce à des économies.C'est cela le développement durable. Il ne faut pas oublier que notre meilleure banque en termes de retombées de la rente est et restera notre sous-sol.

«Nous devons prendre le train du progrès. Nous avons une fenêtre de quelques années pour pouvoir mettre en œuvre une politique volontariste basée sur une sobriété énergétique.» A l'instar des pays développés, il nous faut sans tarder mettre en place une stratégie audacieuse. Un mix énergétique à 50% durable est possible . Le modèle énergétique part du principe du développement durable qui est de laisser un viatique aux générations de 2030. Pour cela il faut freiner drastiquement la consommation d'énergie fossile par une rationalisation de l'énergie, mais aussi de l'eau, mettre en place les 3R (récupération, recyclage et réutilisation des déchets), le traitement des eaux usées, l'exploitation des forêts et surtout sortir des carburants thermiques.

C'est une transition vers le développement humain durable qui repose sur une stratégie énergétique qui devra être flexible et constamment adaptable. Des calculs réalisés par les élèves ingénieurs à l'Ecole polytechnique dans le cadre de la 22e Journée du développement durable ( 14 avril 2018) ont montré que la mise en place d'un scénario à 50% durable à atteindre d'ici 2030 nous ferait économiser des milliards de m3 de gaz. Au total, sur les 12 ans à venir, le gain serait entre 109 et 246 milliards de m3, soit 39 à 88 milliards de dollars.

De plus, 6,3 millions de tonnes d'essence peuvent être économisés avec l'introduction du gaz de pétrole liquéfié (Sirghaz). Nous avons même prévu l'introduction graduelle de la voiture électrique qui pourrait être rechargée même chez soi, cela ferait à l'horizon 2030 un million de voitures électriques. Naturellement ces calculs sont donnés à titre indicatif, ils indiquent des tendances.

La chasse au gaspillage : Vérité des prix

Cela fait des années que le gouvernement parle d'économies d'énergie, de cibler les classes vulnérables dans le soutien des prix, mais dans la réalité il n'y a pas l'ombre d'un début de solution si ce n'est de petites actions certes louables mais qui ne sont pas déterminantes Il nous faut de même aller vers une vérité graduelle des prix de l'énergie et de l'eau par une pédagogie de tous les jours Dans ce modèle une place importante est réservée aux économies d'énergie qui peuvent aller jusqu'à 20%. Cette nouvelle vision devrait être bien expliquée au citoyen, pour qu'il adhère ou qu'il soit lui-même acteur du changement au lieu de le subir, voire le combattre comme c'est le cas avec la mentalité atavique du «beileck» (synonyme : on peut couler la baraque), Les économies sont multiformes, cela va de l'eau économisée car elle revient à 90 DA le m3, mais le citoyen n'en paye que 6 DA. L'erreur que l'on fait c'est de donner l'impression au citoyen que tout est gratuit, que vous consommiez pour 10 climatiseurs, que vous ayez un 4x4, que vous changiez l'eau de la piscine souvent, vous paierez un prix dérisoire pour l'énergie et l'eau. Il faut expliquer au citoyen que 80% des subventions sont aspirées par ceux qui ont les moyens de payer plus mais qui paient des sommes dérisoires.

Les économies d'énergie ne peuvent être opérationnelles que si un juste prix est pratiqué. Sait-on par exemple que le gaz naturel que nous payons est facturé 20 fois moins cher que son prix international, que le prix du gasoil est facturé sept fois moins cher que celui de nos voisins, que le prix de l'eau à 5 DA est dérisoire, que le même mètre cube est facturé 20 fois plus ailleurs? L'Algérie est l'un des rares pays où le prix de l'essence est le plus bas. La vérité graduelle des prix bien expliquée aux citoyens sera admise d'autant que les classes à faible pouvoir d'achat paieront proportionnellement à leurs revenus. Il est anormal que le soutien des prix profite à tout le monde. Même le FMI recommande de cibler les catégories à aider. De ce fait, cette transition énergétique devrait avoir le consensus du plus grand nombre, car au moment de l'application, ce sont les citoyens, avec un comportement éco-citoyen, qui feront que cette stratégie réussira. De plus, nous sommes convaincus que la transition énergétique est l'affaire de tous les départements ministériels, c'est l'école où l'apprentissage de l'écocitoyenneté se fera, c'est la formation professionnelle et l'enseignement supérieur qui auront à former les milliers de techniciens et d'ingénieurs dont la formation qui a disparu devrait en toute logique être réhabilitée.

«On peut imaginer des villes nouvelles au Sahara avec de l'eau et de l'énergie permettant les activités agricoles, une transsaharienne du rail et des camions électriques.» Il n'est pas interdit de penser à un nouveau schéma d'aménagement du territoire qui permettrait la création de villes nouvelles renouvelables avec la disponibilité de l'eau et de l'électricité qui permettront le développement de l'agriculture avec une politique de transport utilisant l'électricité dans les véhicules, les camions, le rail qui permettrait de désengorger le sud. C'est cela qui fera que le Sahara pourra être une seconde Californie. C'est une formidable opportunité pour un développement endogène qui fait du compter sur soi le but ultime de cette formation. Ce sont des dizaines de milliers d'emplois qui seront générés par cette vision du développement durable car tout est à faire.

Les start-up de jeunes ingénieurs et de techniciens dont il faudra réhabiliter les formations qui ont été supprimées prendront en charge la demande sociale. C'est cela une véritable Ansej de l'intelligence. La nécessité de revoir fondamentalement notre vision du futur concernant l'énergie est d'aller sans tarder vers une transition énergétique vers le développement humain durable, concept mobilisateur de tous les départements ministériels et de la société civile car c'est, en définitive, le citoyen convaincu qui aura à mettre en œuvre les attentes de cette transition. De plus, et de mon point de vue, c'est l'un des rares domaines où il est possible d'avoir un consensus national tant il est vrai qu'il s'agit de ne pas hypothéquer l'avenir des générations futures.

La réactivation du Conseil National de l'Energie est une nécessité. Car quelles que soient les échéances politiques, quels que soient les programmes politiques, il est un domaine où il est important d'être rationnel c'est celui de la stratégie énergétique vers le Développement Durable. Je plaide pour des Etats généraux de l'énergie qui traceraient un cap pour le futur. .Après avoir longuement discuté du bienfondé de la politique énergétique et de l'intégration des énergies intermittentes au sein du mix énergétique, la dimension sociale de la transition écologique et solidaire va-t-elle finalement être placée à l'ordre du jour ?

Tous nos efforts devraient tendre à donner un espoir aux jeunes pour leur dire qu'il y a un destin en Algérie. Nos contributions devraient être globales et non partielles. C'est pour ma part chaque fois le message que je lance sans être dogmatique depuis plus d'un quart de siècle quand j'ai écrit mon premier ouvrage sur l'énergie, le tome 2 était dédié entièrement à l'énergie et à l'époque déjà je prêchais dans le désert en parlant de développement durable et du fait que notre meilleure banque est notre sous sol voulant prouver ainsi que le pompage frénétique fait que la poignée de dollars s'effrite alors que le pétrole- bien conservé et utilisé prioritairement pour les usages nobles aura inexorablement un prix élevé du fait qu'elle que soit le temps, il arrivera bien un jour où il n'y aura plus de pétrole, mais comme le dit si bien cheikh Zaki Yamani, « l'âge de pierre pétrole ne s'est pas arrêter avec l'absence de pierre, la fin du pétrole ne veut pas dire qu'il n'y aura plus de pétrole » (4)

En définitive ce n'est ni un baril erratique, ni des satisfécits mal placés, ni le mythe de l'Algérie pays des miracles, qui nous sortiront de l'ornière. Il n'y a que le travail bien fait, l'endurance, et la résilience et, par-dessus tout, la science qui nous donneront une visibilité à l'échelle du monde.



1.Chems Eddine Chitour Le Nouvel Ordre pétrolier international : Préface de Nicolas Sarkis. Editions Dahlab 1995

2.https://www.les-crises.fr/ce-que-la-politique-de-domination-energetique-de-trump-signifie-pour-le-monde-par-alastair-crooke/ 05-06-2018

3.Ignacio Ramonet : L'axe du Mal Le Monde Diplomatique Mars 2002

4. Chems Eddine Chitour : L'énergie, les enjeux de l'an 2000. 2 tomes. Editions OPU 1992

*Professeur - Ecole Polytechnique Alger