Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Un casse-tête

par Mahdi Boukhalfa

Le gouvernement n'a pas pour objectif le montage automobile. C'est ce qu'a affirmé hier mercredi sur les colonnes d'El Moudjahid le ministre de l'Industrie et des Mines. ‘'Notre objectif n'est pas le montage automobile, même s'il est nécessaire de commencer par cette phase, mais la fabrication de dizaines de milliers de composants'', poursuit le ministre, sans s'expliquer sur ce qu'il entend par ‘'composants''. Et qui affirme, catégorique, que ‘'c'est cela l'industrie automobile''. M. Yousfi, qui aura passé de longues années à la tête du secteur de l'Energie, et bien avant comme diplomate aux Nations unies, a donc délimité et défini la stratégie du gouvernement en matière d'industrie mécanique, plus spécifiquement pour la construction automobile.

Pour le ministère de l'Industrie, il s'agit donc d'une opération très simple que la construction automobile, c'est-à-dire faire venir des sous-traitants pour encadrer les usines de montage de véhicules, qu'ils soient de tourisme ou autres. Le cahier des charges de ces ‘'constructeurs'' les oblige à passer à un taux d'intégration de plus de 30% globalement en moins de cinq ans, ce qui leur laisse largement le temps de mettre en place leurs réseaux de sous-traitants locaux, avec des délocalisations des grandes enseignes travaillant dans le secteur de l'automobile en Algérie. Mais, cela c'est le côté théorique de la chose, car le gouvernement ne va pas plus loin dans la réflexion quant à la naissance d'une réelle industrie de la construction automobile, dès lors que les contrats des opérateurs algériens avec leurs partenaires étrangers ne portent que sur des modèles et des finitions à partir de lots en CKD/SKD, importés au même titre qu'une boîte de concentré de tomate.

Mais, ce qu'il faut dire sur ce dossier du montage automobile, c'est qu'il y a quelque part une sorte de fuite en avant du gouvernement qui s'est piégé d'abord en imposant des licences d'importation pour réguler la facture des achats de véhicules, ensuite en optant pour le montage local et en supprimant les importations de véhicules. Avec un calcul simple: puisque les différents opérateurs peuvent mettre sur le marché annuellement près de 100.000 véhicules montés localement en CKD ou en SKD, alors, oui, arrêtons l'importation et encourageons le montage local qui doit mettre en place une industrie de la sous-traitance. Mais, ce schéma pèche par plusieurs aspects négatifs, d'ailleurs dénoncés par les experts et que les pouvoirs publics refusent d'écouter. D'abord, la facture des véhicules importés en CKD ou SKD pour les usines de montage locales ira en progressant, ne baissera jamais et sera surtout plus coûteuse que les importations de véhicules auprès des constructeurs.

En 2017, selon les chiffres des Douanes, les importations globales de véhicules se sont établies à 2,13 milliards de dollars contre 2,12 milliards de dollars en 2016. Et, comme le diable est dans les détails, la valeur des véhicules importés en CKD ou SKD en lots détachés et montés localement est en hausse à 1,62 milliard de dollars contre 1,35 milliard de dollars en 2016. Le gouvernement, dans ce cas d'espèce, serait en train d'emprunter une fausse piste, et très coûteuse de surcroît, pour limiter la facture des importations de véhicules et provoquer en quelque sorte un ‘'déclic'' chez les constructeurs pour qu'ils s'installent, avec ‘'armes et bagages'', sur le marché algérien. Sauf que, pour le moment, tous les constructeurs déjà installés et qui produisent des véhicules de tourisme et de transport n'ont à aucun moment manifesté une quelconque volonté de s'entourer de leurs sous-traitants, en les faisant venir, ici en Algérie. Et, pour ne pas perdre la face, le gouvernement va financer avec les deniers publics cet autre avatar industriel, le montage de véhicules fabriqués ailleurs. Peut-être chez nos voisins.