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Le permis de conduire à l'épreuve des «ADM»

par Mahdi Boukhalfa

Certains l'avaient appelé ‘'le permis de tuer'', tandis que d'autres se posaient la question de l'efficacité du retrait de permis de conduire pour prévenir l'insécurité routière. Les deux parties ont raison, car d'une part l'administration délivre, en toute bonne foi d'ailleurs, en quelque sorte un ‘'permis de tuer'' à des jeunes souvent inconscients de la terrible ‘'arme de destruction massive» (ADM) qu'ils ont entre les mains en conduisant des ‘'bolides''. Résultat: ils tuent et se tuent à longueur d'année sur nos routes. La barre des 4 000 morts par an est devenue une sinistre prévision des services de sécurité.

Les camions et les autocars sont devenus des ‘'ADM» avec ces accidents spectaculaires, qui révoltent les Algériens. D'autre part, la seconde partie, celle qui estime que retirer un permis de conduire n'est pas plus efficace a également raison, car cette mesure draconienne qui prive un conducteur de son permis, n'empêche pas le même agent de la circulation routière d'aller faire le constat, quelques heures après ou le lendemain, d'un sinistre horrible qui a fait plusieurs morts. Moralité: en dépit des sanctions, d'une campagne à répétition de retraits à tour de bras de permis de conduire, de ces annonces triomphalistes sur les statistiques relatives au retrait de permis de conduire, cela n'évite pas les catastrophes, et les drames qui endeuillent nos familles.

Alors, le système de sécurité routière tel qu'appliqué jusqu'à présent a-t-il failli, a-t-il atteint ses limites, et même celui qui va entrer en vigueur prochainement, le permis à points ? Qu'on l'appelle terrorisme de la route, ou simple guerre sur nos routes, le résultat est le même: des dizaines de milliers de permis de conduire retirés, et des milliers de morts et de blessés, comme une sorte de terrifiante corrélation de cause à effet. Plus le dispositif sécuritaire est renforcé, draconien, plus les accidents augmentent. Alors, quelle efficacité du retrait de permis de conduire, des amendes ? Dans cette folie des chiffres macabres, et du tout ‘'sanctions'', il y a pourtant la raison toute simple, le ‘'b.a.ba'' des choses censées: personne, dans cette démence des accidents de la route, de cette panoplie de sanctions allant parfois jusqu'à effleurer la violation des droits de l'homme, dans cette lugubre énumération de chiffres sur les morts et les blessés, n'a pensé à la formation dispensée dans les auto-écoles. Mieux, à rénover sinon à formater notre système de pensée et de perception de l'éducation routière. Tahar Messaoud Nacer, cadre algérien dans une grande entreprise publique et membre du Conseil d'administration de la SNTR, une entreprise gérant des centaines de poids lourds, et donc autant ‘'d'ADM'', l'a tout simplement rappelé: dans les pays qui ont réussi à vaincre l'insécurité routière, il y a eu à la base, l'apprentissage de la conduite dans les écoles. Une éducation civique.

Dans un milieu scolaire, au même titre qu'un programme éducatif. A un âge précoce, et donc la voiture n'est plus un objet inconnu, de désir, de danger, mais un simple moyen de locomotion et de plaisir qu'on apprend à maîtriser très tôt. Pas un engin de mort et de destruction. Faut peut-être sanctionner moins et éduquer plus. Pourquoi pas ? Depuis 1962, on a déjà changé à neuf reprises notre bon vieux permis de conduire.