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N'est-elle pas belle la vie au mois de mai ?

par Ali Brahimi

Mai est le mois le plus agréable à vivre de l'année. C'est le temps des fleurs et les herbages et celui des amours. Les êtres vivants semblent renaîtrent en cette saison tempérée. Les gens âgés, malgré qu'ils endurent les maladies et l'abattement moral voire le mépris et le délaissement de la part de leur milieu familial et social, essayent un tant soit peu de jouir des moments simples de la vie.

Donc, ils se contenteront des loisirs modestes et ne pensent même pas à trop voyager, pour certaines catégories sociales notamment attachées a leur train-train de vie, afin de changer d'air et visiter, par exemple, les campagnes ou des endroits éloignés de leurs lieux d'habitat. En plus, ces gens fatigués et désenchantés ont par le passé assez travaillé et vadrouillé un peu partout, désirent se reposer et finir sans encombre leurs vieux jours dans la sérénité et le respect.

Par conséquent, ils abhorrent changer de train de vie, qu'il soit aisé ou modeste, encore moins avoir des fardeaux à porter ni écouter des médisances envers quiconque. Mais enfin, de quel droit les gêner et exiger d'eux de faire des efforts, voire l'impossible, du fait qu'ils ont des graves maladies chroniques dont le diabète (la date du 31 Mars lui a été dédié) qui ronge progressivement les parties sensibles du corps humain et sa capacité de résister a ses suites. C'est la raison pour laquelle qu'ils vivent à l'écart, des tracas et les paroles déplacées, afin de conserver le peu de force qui leur reste

C'est ainsi, qu'ils s'accrochent à la vie et réalisent des prouesses, en matière de discussions calmes et sensées, bien qu'ils soient endoloris et amorphes. Pourtant, «on a vu souvent rejaillir le feu de l'ancien volcan», chanté par le regretté Jacques Brel. Il s'agit bien sur des vieux hommes qui savent conserver un tant soit peu le tonus et maintiennent en bonne santé leurs artères. Les médecins ne disent-ils pas qu'on a l'age de ses artères?

En cette saison des ardeurs des sens et du renouveau des sensations, les vieux et les jeunes gens qui ont le sens du devoir, envers le pays, s'apprêtent à commémorer les massacres du 8 Mai 1945. Il serait utile de rappeler que ce carnage a provoque la prise de conscience d'une partie du peuple Algérien et quelques-unes de ses élites politiques de l'époque

Peu avant les années 1940, la grande partie de la population, notamment rurale, vivait dans le dénuement et, paradoxalement, elle n'était nullement résignée puisqu'elle s'efforcer a jouirent des bonheurs dépravés d'une part et les complaintes auprès des cimetières et les Zaouïas d'autre part. Entre-temps, globalement, la situation du peuple Algérien s'empirer davantage. Une décennie après, des hommes braves, et voila la glorieuse révolution du 1er Novembre.

Certains braves gens âgés, survivants de la guerre de libération nationale, refuseraient tous les trésors du monde, ni d'avoir la tentation du pouvoir absolu des Césars, car ils se contenteraient de peu des choses de la vie dont le simple sourire qui est une œuvre de charité selon les préceptes des religions monothéistes. Chez les pays développés, des thérapeutes organisent des séances du rire collectif jusqu'aux larmes. Ils affirment que c'est une bonne médication calmante notamment pour les angoisses et les insatisfaits.

Les générations actuelles ont une panoplie de plaisirs de la vie et d'importants moyens pour les satisfirent. Malgré ça, elles semblent déroutées. A leurs yeux, seul le football est incontestablement le plus attractif et plaisant. Il est préféré du fait qu'il décoince leurs blocages avant, pendant, et après le match. Pourtant, c'est un défoulement éphémère En revanche, il y a des sports qui sont pratiqués autrement et sainement dont les randonnées rupestres, le footing en plein air, etc.

En ce qui concerne certains gens âgés, malgré qu'ils ne soient pas dans le besoin, en termes financiers, notamment ceux qui ont des choses à chasser, de leurs mémoires, préfèrent se ressourcer auprès des Zaouïas. A ce sujet, il serait utile de noter qu'il existait 20 tarîqa (voies), pratiquées par 349 Zaouïas situées à travers le territoire national (1) dont nous énumérons les 4 principales : Kadiria (24578 fidèles), Chadlia (14306) ; Rahmania (156 314) Tidjania (20159), etc., soit au total 351512 Khouanis qui représentent 75% de l'ensemble des adhérents, a l'échelle du pays, se chiffrant a 391 668. La totalité de la population était à moins de 4 millions environ.

En plus, il y a des sous-embranchements de torokias et d'innombrables mausolées qui ont été instaurées à partir des sénatus-consultes, de 1852, 1861, 1867...dont les dénominations, des familles et les tribus initialement affiliées aux confréries d'origine, puis sciemment changés par des appellations humiliantes pour les unes voire baroques en ce qui concerne les autres

Ajouter a cela, les mystifications et la propagande, afin d'embrigader le maximum de tribus, supervisées par des sous-traitants (les khaounis et mkadems) affirmant que le marabout des lieux possède la baraka et des dons surnaturels comme, par exemple, faire stopper net (afin que le chef d'une Zaouïa puisse faire sa prière du soir) la micheline, Blida Djelfa, transportant des millions de tonnes d'Alfa, riche en cellulose, de la grande steppe Algérienne, spoliée et désertifiée, a destination d'Alger et bien sur exportés outre mer notamment au profit de l'industrie papetière et des habits en toile, espadrilles, voire la confection des billets d'argent?.

Actuellement, certains groupes de personnes, attachés aux nostalgies du passé considèrent les rassemblements, dans ces mausolées, qui ont été donc remplacées par des pseudonymes différents d'avant l'Algérie de 1880, comme des médications à leurs angoisses individuelle et collective. En fait, ils essayent d'oublier les tracas du passé et surtout actuels.

On y rencontre des vieux et les jeunes militants du FLN, ex MNA?, tous ensemble marcher bras dessus bras dessous, discutant discrètement de la politique et parfois a haute voix, sur fond sonore du gallal (derbouka) et la gheita (la flûte). C'est ce que j'avais observé personnellement, en Avril 1965, dans un groupe de mausolées (Naïm) à Ksar Chellala arrondissement de l'ex préfecture du Titteri (Médéa).

En revanche, des milliers des gens, apparemment sans antécédents politiques tourmentés, avaient assisté, bruyamment et joyeusement, à cette fête annuelle. Des groupes de chevaux aux robes coloriées et chatoyantes, montés par des cavaliers altiers habillés en costumes traditionnels, galopaient à bride abattue sur la piste poussiéreuse. Le tout sous les acclamations et les youyous à chaque fois que les femmes entendent les coups de salves des fusils qui, tout de suite après, sont lancés en l'air et attrapés au vol en pleine course des chevaux éperdus. Admirable. Ensuite, c'est la Zerda (repas collectif) et le soir la Hadhra (genre danse lehllali). La fête s'est poursuivie toute la nuit. C'était féerique.

En ce qui concerne les actuelles cérémonies dans certaines Zaouïas, ou les cimetières, devenues des lieux de négoces, les groupes de personnes, vieux et moins âgés fréquentant ces endroits, espèrent refouler les anciens fantômes qui hantent leurs mémoires et s'efforcent, par tous les moyens, de les remplacer par des nouveaux du genre allégeance a celui qui est cavalier aujourd'hui (faress men rkab el youm). Et tant d'autres discussions mielleuses qui, paradoxalement, les ramènent au point de départ. C'est-à-dire aux mythes et canulars du passé, qui sont inévitablement rattrapés par des vérités et les réalités actuelles.

A l'évidence, ils se retrouvent dans l'incapacité de se recycler autrement et, par conséquent, s'accrochent aux nostalgies : Ah ! Quel plaisir notre époque, soupirent-ils. Aussi, ils aiment remonter loin dans le passé colonial. Car, à cette époque, les gens étaient crédules et obéissaient sans broncher. A titre d'exemple, un adepte d'une Zaouïa de l'extrême Est Algérien avait affirmé que lorsque le Cheikh buvait un peu de vin il se transforme en miel dans son gosier. A l'image du jabot d'abeilles !

A l'occasion des festivités du centenaire de la colonisation Française en Algérie, le défunt Malek Bennabi avait participé à un gala fastueusement organisé, au mois de Mai, à Paris. Des personnalités politiques (MNA, Ulémas, Assimilationnistes, ultra colonialistes?) étaient parmi les invités. Une femme potelée dansait à l'orientale : «Elle virevoltait sur elle-même, comme deux meules qui tournent autour de l'axe d'un moulin écrasant les olives», décrivait-il en substance. Les spectateurs étaient au Nirvana, avait-il ajouté. Cela a été rapport dans son livre intitulé «témoin du siècle». C'était le temps du Front Populaire Français, des rêves et divagations, des grands espoirs, de la rente coloniale et du congé payé et donc des danses et les chansons de Maurice Chevalier (1888-1971) qui chantonner à l'intention des imbéciles heureux: «Y'a d'la joie».

Aux temps actuels, chez-nous, n'est-elle pas belle la vie au mois de Mai ou tout est en fleurs captivantes qui font tourner la tête aux vieux et a des jeunes gens ?



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