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A l'issue d'un vote à bulletins secrets : Belkhadem évincé de la tête du FLN

par Z. Mehdaoui



Abdelaziz Belkhadem n'est plus le secrétaire général du FLN. A l'issue d'un vote à bulletins secrets, organisé jeudi dernier, à l'occasion de la réunion des membres du comité central (CC), Belkhadem perd son poste à la tête de ce parti avec un écart de seulement quatre voix.

En effet, après le dépouillement des bulletins de vote, 156 personnes ont renouvelé leur confiance à l'ex secrétaire général contre 160 alors que 7 bulletins ont été déclarés nuls par les trois huissiers de justice qui ont veillé durant quatre heures à l'opération de vote.

 Jamais dans l'histoire de ce parti, un vote de défiance et un retrait de confiance, n'a mobilisé et tenu en haleine autant de monde. Il faut savoir que la tension était extrême, tout au long du déroulement du vote, qui s'est déroulé dans la salle des conférences de l'Hôtel Riadh, sur la côte-ouest d'Alger. Plusieurs escadrons de la Gendarmerie ont encerclé tout le périmètre, dès les premières heures de la matinée car tout indiquait que l'affrontement était inévitable à l'occasion de ce vote qui opposait, d'un côté les pro-Belkhadem et de l'autre le mouvement de redressement et d'authenticité, fort de l'appui de 8 ministres du FLN, qui avaient appelé, à leur tour, il y a un peu plus de deux semaines, au départ de Belkhadem.

Des barrages filtrants ont été installés aux aurores pour refouler tous ceux qui n'ont pas été invités à la session du Comité central. Les fourgons et les bus suspectés transporter des «perturbateurs» sont systématiquement immobilisés. La tension était telle que le service d'ordre a bloqué toutes les issues menant à l'hôtel. Toute la zone était fermée. Celui qui n'avait pas de badge dûment délivré par les organisateurs de la réunion du CC n'avait aucune chance d'accéder à l'hôtel Riadh. Même les ministres, membres du Comité central étaient invités par le service d'ordre à porter leurs badges.

Pourtant, quelques centaines de mètres de l'hôtel, environ une dizaine d'adolescents, âgés entre 15 et 18 ans, ont pu pénétrer à proximité de la zone et ont fait leur apparition comme par enchantement mais ont été stoppés par les gendarmes qui étaient équipés de boucliers et de matraques.

Il était à peine 8h, quand ces adolescents, brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire notamment «pour un quatrième mandat du président» scandaient des slogans en faveur de Abdelaziz Belkhadem. Interrogé, plus tard par les journalistes, le responsable de communication du FLN, Kassa Aissi était catégorique. «Nous n'avons jamais fait appel à qui que ce soit pour manifester dehors» a t-il assuré en suggérant, toutefois, que ces adolescents seraient peut-être venus du camp de toile implanté à proximité de l'hôtel Riadh et qui abritait des jeunes de l'UNJA. Bref, une fois à l'intérieur du parking de l'hôtel ou étaient «parqués» les journalistes durant plus deux heures, la tension était palpable.

Des gendarmes boucliers au pied étaient même stationnés à l'intérieur du parking pour parer à toute éventualité. Les mesures de sécurité étaient telles qu'on avait l'impression que c'est le président de la République qui allait faire le déplacement à Sidi Fredj. La tension se lisait sur tous les visages. Le service d'ordre était intransigeant. Pour accéder au parking une armada d'agents vérifiaient, tour à tour, les badges des participants et ceux des journalistes comme s ils ne se faisaient pas confiance entre eux.

Au fil des heures, les membres du Comité central arrivaient à l'hôtel et étaient orientés systématiquement vers une loge pour prendre leur badge. Même si certains faisaient mine d'être sereins, il n'en demeure pas moins que tous les visages étaient défaits et crispés comme si chacun craignait un malheur qui va venir.

«C'est une nouvelle ère qui va s'ouvrir» a tenté de rassurer le ministre délégué chargé des Affaires maghrébine et africaines, et non moins membre du bureau politique du FLN, Abdelkader Messahel. Plus prolixe le chef des redresseurs, Abdelkrim Abada a déclaré aux journalistes, avant la tenue de la session du CC que Belkhadem voulait organiser la réunion avec ses partisans mais que le mouvement de redressement s'y est opposé catégoriquement. Le coordinateur du mouvement de redressement a nié, par ailleurs, catégoriquement l'information selon laquelle les huit ministres qui avaient déclaré leur opposition à Belkhadem, se sont rétractés. Abada a assuré que l'objectif, dans le cas ou Belkhadem était destitué, c'est de revoir le fonctionnement du parti en instaurant une direction légitime qui sera, a-t-il déclarée, désignée soit par consensus ou par voie de vote.

«Nous militons pour la reconstruction et la réorganisation du parti» a encore souligné le coordinateur du mouvement de redressement et d'authenticité du FLN.

LE SUSPENSE JUSQU'AU BOUT

S'il y a bien une chose qui était réelle, jeudi dernier, c'est le suspense qui a caractérisé cette session du Comité central. En effet, les deux camps (pro et adversaires de Belkhadem) répétaient à satiété qu'il y aura des surprises, lors du vote. Les deux camps juraient tous qu'ils avaient la majorité et qu'ils allaient gagner le vote.

10 heures passées, Belkhadem arrive enfin à bord d'une Mercedes suivi de près de deux autres véhicules. Les véhicules ne feront aucune halte et se dirigeront droit à l'intérieur de l'Hôtel.

Quelques minutes plus tard les journalistes sont enfin invités à accéder à l'intérieur de l'édifice où il fallait passer par deux portiques avant de subir une fouille en règle.

A l'intérieur de l'hôtel, les mesures de sécurité étaient pareillement aussi draconiennes qu'à l'extérieur. L'hôtel était devenu un véritable «bunker» où il fallait absolument porter son badge. Ce n'est que vers midi que Belkhadem fera son apparition sur la tribune, sous les applaudissements des uns et les huées des autres. Le secrétaire général du FLN a tenté de sourire mais s'est vite rendu compte de l'hostilité d'une partie de la salle.

Belkhadem installera immédiatement le bureau composé de trois membres du Comité central qui devaient organiser et superviser l'opération de vote de retrait de confiance. Le secrétaire général du FLN était le premier à glisser le bulletin de vote (qui porte les cachets de trois huissiers de justice) dans l'urne en verre. L'opération de vote a pris 3 heures puisque ce n'est que vers 15h que le dépouillement a commencé dans un climat de tension et de stress. Une erreur dans le décompte des bulletins a provoqué une altercation verbale entre les opposants à Belkhadem et la femme huissier de justice. En effet, cette dernière en énumérant les bulletins en faveur de Belkhadem a sauté du chiffre 154 à celui de 157 ce qui a provoqué l'ire d'une partie de l'assistance.

Vers 16 h, le décompte final est annoncé. 160 ont voté contre Belkhadem, 156 en sa faveur et 7 bulletins ont été déclarés nuls pour des raisons inconnues. C'est l'explosion de joie pour les uns et la déception pour les autres. Le verdict de l'urne tombé, Abdelaziz Belkhadem est parti immédiatement après à bord de sa Mercedes suivie de deux voitures qui ont démarré en trombe.

Ironie du sort, Abdelaziz Belkhadem qui a été intronisé à la tête du FLN, en 2005, grâce à un mouvement de redressement mis en place pour destituer Ali Benflis, quitte la direction du parti exactemen,t avec le même procédé. L'histoire se répète, encore une fois, à la différence que cette fois-ci, le fossé à l'intérieur du FLN s'est creusé davantage. Le parti est désormais coupé entre deux tendances. Chacune revendique sa paternité sur un FLN qui connaît, encore une fois, la crise en dépit de ses «exploits» réalisés lors de toutes les élections organisées depuis l'avènement de Bouteflika au pouvoir.