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Profusion des sigles partisans : l'effet overdose

par Kharroubi Habib

Au prétexte que le camp partisan algérien était déjà saturé par la nuée de formations ayant obtenu leur agrément dans le sillage de l'instauration du pluralisme politique au lendemain d'octobre 1988, le pouvoir a fermé hermétiquement la vanne des agréments partisans pendant plus d'une décennie. L'ouverture démocratique étant de nouveau à l'ordre du jour, il se serait mis dans une situation intenable en persistant dans le refus de création de nouveaux partis. En rouvrant la vanne, le ministère de l'Intérieur a accordé leur certificat d'existence à une dizaine de nouvelles formations et il semblerait que ce n'est pas fini.

Sur le principe, il n'y a rien à redire : la loi étant formelle sur le sujet, les citoyens sont libres de créer autant de partis qu'ils veulent s'ils se conforment à la loi en vigueur encadrant ces créations. Mais que du refus systématique qu'elles ont opposé pendant plus d'une décennie à l'émergence de nouveaux partis, les autorités optent pour l'ouverture sans retenue de la vanne, leur changement est apparu dicté par des calculs visant à décrédibiliser le multipartisme qui autorise le foisonnement de formations partisanes dont, pour une majorité, la viabilité n'est pas évidente. Selon l'avis de ceux pour qui la «permissivité» des autorités relève de leur stratégie d'«écœurer» les citoyens du système politique basé sur le pluralisme, le ministère de l'Intérieur aurait été instruit d'administrer à ces citoyens une «overdose» de sigles partisans.

Il faut dire que les nouvelles formations agréées, à l'exception de deux ou trois d'entre elles, ont, dès leurs premiers pas sur la scène partisane, des comportements et des pratiques qui augurent mal de la santé morale du champ partisan qu'elles ont intégré. Avant même de s'être dotés d'un appareil organique et d'avoir mis en place des structures locales attestant de leur existence effective et d'un certain ancrage populaire, certains de ces partis en sont déjà à la constitution de leurs listes électorales. Sur quelles bases programmatiques et critères de sélection ont-ils lancé l'opération ? Nul ne le sait. Aucun de ces partis n'a en effet rendu public son programme électoral, si effectivement ils en sont dotés. Des bribes de déclarations que leurs leaders où porte-parole lâchent à l'occasion, tous promettent le changement, tous fustigent et anathématisent le pouvoir en place. Leurs diatribes ne masquent pas la vacuité de la vision du changement dont ils sont les chantres.

Sachant d'où viennent la plupart des fondateurs de ces formations, la «culture» politique dont ils sont imprégnés, leur notion du changement s'arrête à vouloir devenir la nouvelle caste dirigeante du pays, sans rupture radicale avec le cadre dans lequel l'ancienne évolue. Ils sont en somme habités par le syndrome «du vizir qui veut devenir khalife à la place du khalife».

Il se trouve que par une étrange alchimie, tous ces «khalifes» en puissance sont d'une médiocrité qui fait apparaître le personnel au pouvoir présentement comme composé «d'aigles politiques». C'est dire que l'effet «d'overdose» recherché à travers leur propulsion sur l'échiquier politico-partisan a des chances avérées d'atteindre son objectif : dégoûter le citoyen de la politique.