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« Aussi longtemps
que les lions n'auront pas leur historien , les récits
de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur » Proverbe africain
L'on ne sait plus s'il y a, pour chaque nation une seule mémoire ou toute une diversité bien accompagnée de bien d'autres versions. Cependant l'on sait une chose, en fait d'histoire nationale ou de mémoire collective , il n'appartient qu'aux seuls spécialistes de pouvoir démêler tout ce qui est inextricable. Samir Bouakouir déclare sans ambages: « Laissons donc l'Histoire aux historiens dont la démarche scientifique permettra d'apporter à partir de faits rigoureusement vérifiés, de témoignages recoupés et de l'indispensable contextualisation, des éclairages sur le rôle joué par les uns et les autres. Cessons de « faire des histoires » et de provoquer des polémiques qui relèvent de l'indigence intellectuelle et conduisent les jeunes générations à la détestation de soi ou, plus grave encore, à glorifier, comme c'est déjà le cas dans certains milieux, le colonialisme » C'est dire que l'histoire en son noble sens ne se fait pas derrière un micro ou par Smartphone en étant à labri de ses affres et encore loin de ses techniques académiques de consignation. L'histoire n'est ni l'apanage ni du journaliste ni du politicien ni du facebookeur. Oui l'on peut avoir « une version » de la chose. Elle ne sera en fait qu'un avis qui reste tout de même à placer impérativement sous le microscope d'un historien. Malheureusement l'on assiste à une machination diabolique de vouloir remuer l'histoire avec ses vérités, ses mythes et ses contradictions, laissant ainsi à chacun d'agir par l'émission d'avis sous son angle personnel, idéologique, religieux, ou affectif. On ne doit pas intercepter le fait historique à partir de la lorgnette de sa région. On ne l'interprète pas selon ses désirs, il est là, inchangeable, debout à charge des chercheurs es-qualité de pouvoir lui donner la dimension contextuelle qu'il mérite. Est-il permis à quiconque d'avoir une « certaine idée de l'histoire »? De vouloir croire mordicus à ce que l'on a glané comme morceaux débridés d'une certaine histoire racontée et radotée au fil du temps ? L'Histoire ne se limite pas à un avis particulier, de surcroît d'espèce politique, de part et d'autre. C'est un fait têtu que seuls les historiens peuvent en démêler l'écheveau. Elle ne se rabat ni sur une idéologie, ni sur un sentiment, ni sur un ego. Une affaire de spécialistes, neutre et impersonnelle. Même l'historien à son prisme de lecture qui arrange ses positionnements. L'on peut trouver deux historiens, l'un installé dans la contradiction de l'autre sur un même fait. Benjamin Stora en reste un exemple à propos de ce qui s'est passé comme atrocités durant la colonisation française. L'objectivité est une denrée rare tant l'esprit historien reste emprisonné dans la geôle de ses éventuels passions et susceptibles préceptes, en dehors de ceux que lui recommandent la précision, la vérité et la raison académique. Il a suffit que le fils du colonel Amirouche, a qui l'on ne connaît nul cursus d'historien ou de chercheur avéré expose inadéquatement « son avis « dénudé de toute approche didactique, essayant de l'étayer par des décryptages de copies prises pour pièces testimoniales, que la toile s'est enflammée. C'est si comme ses dires sont frappés du sceau de l'Etat et authentifiés dans l'absolue vérité. Ce ne sont, par principe que des pistes, à la rigueur demeurées jusque là tabou et qui son rendues publiques, à dessein par une voix semblant détenir la légitimité historique. Ce qui s'engendre comme réactions à ce propos semble installer chacun face à une situation où chacun doit être pour contre l'Emir Abdelkader. Alors qu'il s'agit d'un pan historique parmi plusieurs de la nation. Ainsi, à voir certains commentaires, l'Emir Abdelkader, vaillant combattant est devenu un symbole régional ou familial. L'un de ses petits fils s'est introduit dans la défense de la mémoire de son géniteur en plus de la fondation portant son nom, des « gens de l'ouest » se sont empressés de faire autant, des adeptes du soufisme, de la langue arabe, de l'islamisme , alors qu'il est question d'une affaire nationale à dépecer par ceux qui maîtrisent le domaine sans toutefois s'accrocher à nulle de ces croyances personnelles. Comme toute « personnalité nationale », de l'Emir à n'importe quel président personne n'est indemne de ses gloires, ses lauriers, ses déboires ou ses infortunes. Rien n'est immuable dans l'absolu. Et puis, sur quel critères arrive-t-on à qualifier untel de « symbole » ou de « constance nationale » pour qu'il soit intouchable, incritiquable ? N'a-t-on pas le droit de porter une opinion qui reste toujours une simple opinion sur tel ou tel président ou homme politique, car nul n'est auréolé d'une sainteté divine ou d'une béatitude prophétique. ? Pourquoi l'un et pas l'autre ? Messali El hadj, dit-on n'a pas béni le déclenchement de la révolution. C'est vérifiable. Cela ne l'empêche pas d'avoir été, sans conteste le père du nationalisme algérien et l'Emir Abdelkader le fondateur de son Etat. La mise en place des faits dans leur authentique contexte éclairera davantage la vérité historique. Cette entreprise mal en point en termes de thématique et de timing et qui ne révèle d'aucune urgence factuelle renseigne, sans l'avouer d'une énième tentative de division. Car aller fouiner dans les tiroirs sans dextérité et avec toute forfaiture n'exprime qu'une malhonnêteté virale. Porter plainte à l'encontre de quelqu'un qui a émis un « avis » sur une chronologie historique impliquant des noms ne va pas pour autant effacer le tord commis à la mémoire de l'un ou de l'autre. Le directeur de la culture de Msila à été condamné la prison, mais son avis sur Abane est là, ineffaçable. Djab El khir, l'islamologue n'est pas passible d?un tribunal plus qu'il ne devait, au bonheur de tous présenter sa doctrine par-devant un conseil scientifique d'érudits et de savants musulmans. La science, comme l'histoire ou la religion ne s'expliquent pas dans les prétoires ou au banc des accusés. Justement l'histoire universelle nous en donne énormément de témoignages. L'Arav s'est intégrée dans le ménage après avoir sans discernement distillé du fiel inutile en pareille actualité. Décider de suspendre la chaîne Elhayet aurait été un acte de salubrité publique sil venait de ses émissions nauséabondes sur l'aspect de l'exercice du pouvoir politique. Ainsi, dans son communiqué suspendant la chaîne d'émettre, elle s'est directement rendu juge de l'histoire tel que « racontée » par « un ancien député qui prétend être un chercheur en matière d'histoire de la révolution et de ses archives » poursuivant son jugement, elle affirme comme une sentence « l'invité ne jouit d'aucune compétence scientifique ou académique pour débattre d'un tel sujet.. » Cette autorité vient donc de faire le procès de « l'invité » et réfuter tous ses dires les considérant comme allégation dénuées de tout fondement. Est-elle dans son rôle fondamental de réguler l'information en s'immisçant dans un domaine qui lui échappe, et quelle même affirme être de la seule capacité des experts et des professionnels de l'histoire? On ne peut réécrire l'histoire à travers un verdict prononcé par un magistrat. Le juge est incompétent pour donner une vérité judiciaire à des faits historiques donc ni l'autorité dé régulation ni la juridiction ne peuvent trancher sur un conflit de mémoire. Cette sortie médiatique est trop pesante pour qu'elle soit une simple contribution à « l'enrichissement » de l'histoire. L'orateur n'a aucune qualité pour ce faire. Et si l'on continue sur cet élan d'éclaboussures et de diversions mémorielles , la machine révisionniste ne va pas s'arrêter de si tôt. On arrivera à « qui a tué qui » durant la glorieuse révolution de novembre. Et là, l'on aura tout un chapelet de comptes à régler à postériori. Grave de toucher aux trames de l'histoire quand on n'a pas les moyens nécessaires. Ce qui se passe dans ce débat auquel manquent les experts et qui enthousiasme jalousement la fibre de certains, c'est que l'on essaye de placer obligatoirement chacun dans une situation de pour ou contre telle ou telle « personnalité » et l'on guette « l'avis » sur le sujet, à défaut de le susciter de tel ou tel écrivain, homme politique, intellectuel, penseur. Et là, s'engage la catégorisation des gens et partant la division de l'unicité communautaire. On a qu'une seule et unique histoire, avec nos héros quel que soit le but de l'instigation à aller fouiner dans les cimetières ou exhumer des cadavres et en faire un enjeu de règlement de compte. Qui a intérêt à vouloir diviser les Algériens sur des pans, parfois fondateurs de leur mémoire collective, après l'avoir sournoisement fait sur des pans identitaires de leur profonde algerianité ? Le jeu semble clair, l'enjeu est dangereux. Il n'y a pas plus disloquant l'unité que d'en extraire les sujets sacrés, les choses qui fâchent. Il est vrai en tant qu'Etat-nation nous devons non seulement connaître notre histoire mais d'aller en besogne afin de lever toute ambiguïté qui puisse l'entacher. C'est un devoir qui ne doit cesser d'être à la hauteur de la mémoire que nous devons défendre face à ceux qui épisodiquement viennent profaner les gloires et leurs auteurs. Pour un peuple, son histoire ne se confine pas uniquement dans l'une ou l'autre des phases les plus équivoques, mais se répand sur tout le parcours avec ses vices et ses vertus. Napoléon est pris pour presque un dieu en France, on le fête, on l'encense, on lui attribue tous les bienfaits de l'humanité, mais l'on n'oublie pas qu'il a été vaincu et qu'il a rétabli l'esclavage. Alors nos héros seront toujours des héros incontestables de l'Emir, à Messali, à Abane jusqu'à Boumedienne malgré la manipulation des mémoires qui s'élève encore comme un tranchant dispositif pour scier la symbiose populaire qui les entoure. Gloire et éternité à nos martyrs. |
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