|
Accompagnement ou autonomie pour les demandeurs d'emploi ?
par M.T.Hamiani* Une fois que nous
aurons une compréhension plus précise de la structure et des professionnels
impliqués dans l'accompagnement socioprofessionnel des jeunes, nous devons
étudier attentivement les outils et l'accompagnement que nous utilisons au
quotidien.
Bien sûr, les organisations et le personnel de soutien peuvent être très différents pour des raisons et des objectifs différents, mais qu'en est-il des «compétences professionnelles» ? Existe-t-il des procédures généralement acceptées et partagées pour accompagner les jeunes dans la résolution de leur premier «problème professionnel» ? Chaque structure, à partir de son référentiel historique et métier, crée et/ou développe une manière de faire pour tous les publics et parfois spécifiquement pour les jeunes. Lorsque la structure prend des mesures dans la durée et fait la preuve de sa valeur, les caractéristiques locales par rapport au bassin de l'emploi, peuvent avoir un impact sur le développement de certains accompagnements. Dans ce cas, l'histoire de la structure est moins déterminante que l'histoire la localité elle-même, cependant, les pouvoirs publics s'avèrent être un support important pour le déploiement d'une plus grande créativité. Entre approche individuelle et approche collective Selon la structure des individus ou des groupes, on peut observer des différences plus ou moins évidentes. Le premier vient des « besoins » des jeunes, qui s'expriment principalement à titre personnel. À ce moment-là, une relation en face-à-face sera établie et servira de base aux propositions ultérieures. Proposer systématiquement, en partant du principe d'identification des besoins des jeunes. Progressivement, une relation d'aide à dimension pédagogique évidente s'établit, en fonction de la marge d'adaptation du formateur. Cette dimension pédagogique est liée à l'utilisabilité. C'est aussi souvent la pierre angulaire du rejet de modèles préétablis, plutôt qu'un cadre très institutionnalisé ou de plus en plus contractuel. Si l'on prend l'exemple de l'université, il est aisé de définir le cadre d'intervention à partir de l'identification des besoins et de la fourniture d'un certain nombre de services, de l'information de base aux séminaires de groupe, et d'intégrer une série d'accompagnements professionnels à travers des entretiens personnels et des rencontres avec l'entreprise et le directeur des ressources humaines. Il en est de même pour les structures d'information et d'orientation qui opère dans un cadre défini qui évolue peu selon le degré de coopération avec les autres structures œuvrant pour l'emploi. Dans ces cas, le recours à des soutiens collectifs, tels que des ateliers, intervient à des moments critiques, soit pour le premier « accroche », soit après avoir exprimé un besoin. Le collectif est fréquemment utilisé pour véhiculer la motivation positive d'apprendre les techniques de base. Le travail sur le curriculum vitae ou la lettre, d'abord présenté collectivement, n'empêche pas la deuxième étape de comprendre en profondeur les quelques règles plus personnalisées de l'apprentissage en présentiel. Parfois, une action trop personnalisée peut entraver la relation, et les rencontres en face-à-face ont des limites et des moments difficiles. La chaîne n'est pas coupée. Même si les jeunes ne la traînent pas sérieusement, il est difficile de trouver le résultat lorsque l'individu se fait face et que la chaîne est cassée. « Par ailleurs, les experts déclarent l'alternance entre le collectif et l'individuel, utiliser l'un ou l'autre à leurs dossiers selon leurs besoins. Le groupe permet aux plus vulnérables de s'imprégner et de se sentir plus protégés, moins exposés. Ensuite, une fois la confiance installée, les jeunes et une relation plus personnelle peuvent prendre le relais et compléter simplement l'aspect collectif de cet accompagnement purement social. La meilleure expression de cette dynamique est le «projet », et donc les méthodes pédagogiques qui en découlent. La pédagogie sociale Bien qu'il existe différents principes promus par la pédagogie sociale, les plus communément admis sont : l'encouragement à l'initiative sociale et citoyenne, la place faite au collectif, la coopération dans le groupe ainsi que les activités mettant l'accent sur l'expression de soi. Dans un club de prévention ou à l'université, le va-et-vient entre méthodes individuelles et de groupe ne répond pas forcément aux mêmes impératifs, le public étant fondamentalement différent. Dans le premier cas, le groupe rassure et permet d'aller progressivement vers la construction d'un parcours personnalisé, tandis que dans le second, les étudiants et/ou diplômés sont plutôt en demande d'une relation individualisée dès le départ, ayant été habitués à être en groupe pendant les cours. Par ailleurs, nous n'avons pas besoin d'être dans une telle opposition des publics pour observer ce rapport entre individuel et collectif. Les jeunes peuvent selon leur parcours, plus ou moins difficile, préférer l'intermédiaire du groupe, ou au contraire, privilégier l'intimité et le tête-à-tête. Un élément important dans le recours aux supports collectifs est l'objectif indirectement ou directement recherché, parfois celui de la coopération entre pairs. Aujourd'hui, beaucoup de professionnels évoquent le rôle indispensable des interactions sociales dans les apprentissages. Le principe étant que si on peut apprendre tout seul, on apprend aussi grâce aux autres et avec les autres. Paulo Freire- pédagogue- le résumait dans cette formule : «Personne n'éduque autrui, personne ne s'éduque seul, les hommes s'éduquent ensemble par l'intermédiaire du monde» C'est dans cette dimension du groupe, en tant qu'espace de confrontation des représentations, des explications, que chaque membre participe à la construction collective du savoir, postulat si important pour l'éducation populaire. L'équilibre dans l'alternance des approches pédagogiques permettrait de solliciter différentes aptitudes de l'individu : mobiliser ses ressources propres pour surmonter les éventuelles difficultés ou choisir un rôle, un positionnement, une tache dans le collectif. Une autre explication à l'utilisation du groupe dans le travail des accompagnateurs tient à la recherche d'efficience en période de faiblesse de moyens. Ainsi, proposer des ateliers collectifs permettrait, entre autres choses, de gagner du temps dans la transmission d'informations et/ou de techniques. Grâce aux pratiques professionnelles observées, il est possible de confirmer ce lien entre individuel et collectif dans le cadre plus large d'un processus composé, en effet, de va-et-vient. Dès le départ, l'hypothèse d'un accompagnement socioprofessionnel pensé et mis en œuvre selon une logique de « processus », afin d'affirmer l'idée de construction, d'évolution, de progressivité, est posée. L'accompagnement, tel qu'il est vécu et expliqué par les professionnels, se présente de fait comme un ensemble d'étapes, nourries de façon différente selon les moyens disponibles. Processus d'accompagnement et processus relationnel, la relation d'aide s'établit selon une combinaison particulière d'ingrédients, que sont les événements, les faits, les injonctions et les trajectoires de chacun. Il est important de ne pas perdre de vue cela, notamment lorsqu'on observe les postures pédagogiques des accompagnateurs qui, quelles que soient les structures, peuvent choisir entre supports individuels ou collectifs pour faire vivre chacune des séquences suivantes : - un point d'enclenchement (point de départ de la relation d'aide); - un concept dynamisant (ce qui motive et donne sens à l'action); - une méthode privilégiée (les supports concrets sur lesquels s'appuie l'accompagnement); - un objectif (institutionnel et au-delà). Lors de chacune de ces séquences, repérables, les va-et-vient entre «individuel» et «collectif» sont plus ou moins fréquents, en mobilisant des techniques devenues «classiques» L'expression « grands classiques » est utilisée volontairement afin d'attirer l'attention sur deux indicateurs : la fréquence de l'usage et le nombre de structures les utilisant. À l'opposé, se trouvent les techniques pratiquées moins souvent, par un nombre plus réduit de structures, qui échappent plus facilement à la rigidité des dispositifs très institutionnalisés. Néanmoins, en établissant cette distinction, il n'est pas utile de laisser croire à une schématisation - trop -simpliste entre techniques très utilisées et peu utilisées mais plutôt mettre l'accent sur les tendances observées sur les cas étudiés. Il n'est pas inutile de rappeler également que ces méthodes et outils sont susceptibles de subir un effetde groupe et de lieu. Effectivement, selon les « cultures métiers » présentes sur une ville quelconque, l'historique des organisations, et le degré d'implication et de sollicitation des pouvoirs publics, on peut distinguer une mobilisation plus fréquente d'un support, d'une approche. Face aux questions sur les outils et techniques utilisés les professionnels ont souvent été peu bavards, comme si l'utilisation de tel ou tel support allait de soi, ou parce qu'il n'est pas facile de prendre le recul nécessaire au quotidien. Quelques-uns pensent par ailleurs que parler de « méthodes » en accompagnement c'est antinomique ; ils revendiquent plus volontiers des «démarches raisonnées». Vers une meilleure connaissance de soi et de l'autre Aux débuts de la recherche d'information sur les métiers et les formations nécessaires à leur exercice, on remarque l'utilisation fréquente des tests, grilles et outils de type questionnaire censés amener le jeune à s'interroger sur ses goûts, ses aptitudes et ses envies. Cette démarche fait partie souvent de la première étape de diagnostic de la structure, lors de laquelle le professionnel se sert de ces outils (grilles, questionnaires) pour enclencher le double processus de connaissance de soi du jeune et de découverte des besoins du jeune en tant qu'accompagné. La grille ou le questionnaire fonctionnent alors comme l'interface entre les deux acteurs de l'accompagnement, agissant comme l'objectivation du lien. L'ensemble des structures n'a pas recours à ce type de supports, certaines sont même assez loin d'en utiliser. Premièrement parce que le principe de l'anonymat freine l'inscription administrative, deuxièmement parce que les professionnels ne sont pas particulièrement adeptes de l'écrit dans le rapport aux jeunes (par exemple des éducateurs de structures de prévention ou d'orientation). Suivant l'établissement d'un lien d'abord individuel entre accompagné et accompagnateur, l'entretien est le procédé le plus ordinaire, le dénominateur commun entre toutes les structures et tous les professionnels. Certes, chaque métier a son approche propre de l'entretien, plus ou moins technique, faisant appel plus fortement à la dimension psychologique, ou au contraire, un entretien «souple», «informel», dénué de cadre normatif. À ce titre, il n'est pas rare d'entendre des critiques à l'encontre de ce qui pourrait être perçu comme une sorte de «psychologisation» des pratiques. L'accompagnement s'érigerait dès lors comme la principale voie d'accès au «travail sur soi», démarche se nourrissant principalement de la psychologie. Le vocabulaire employé par certains professionnels à ce sujet fait appel par moments à des notions du champ de la psychologie, tel que «l'écoute flottante». Néanmoins, cela ne doit pas faire oublier que, pour les défenseurs de l'entretien informel, aucune référence à la psychologie n'est faite, contrairement à ceux dont la formation s'appuie, au moins en partie, sur cette discipline comme les conseillers d'orientation psychologues. Pour d'autres intervenants, non formés à l'entretien, la technique est synonyme du principe de l'écoute bienveillante, de la disponibilité, et la relation accompagnateur/accompagné est utilisée comme un outil de travail, certains allant jusqu'à évoquer que « l'instrument est le conseiller ». L'entretien est un instrument essentiel dans la recherche d'un emploi, mais aussi pour le réseau information jeunesse, pour les éducateurs. Bien que chaque « famille institutionnelle » développe sa propre démarche, proposant une manière d'aborder l'entretien en accord avec l'objectif fixé, lors de nombreuses expériences, on remarque un intérêt particulier pour la méthode de l'activation du développement vocationnel et personnel souvent mentionnée par les professionnels de l'accompagnement. Après ce temps de découverte réciproque, rapidement sont proposés des services favorisant la découverte ou le renforcement des connaissances nécessaires à la recherche de formation ou d'emploi. L'apprentissage des codes de la recherche d'emploi En regardant l'historique de l'accompagnement vers l'emploi, on constate que les prestations visant à accroître les chances d'embauche et l'amélioration de l'employabilité se développent surtout à partir du début des années 1990. Depuis, nous avons assisté au renforcement de ces tendances dans le travail avec les jeunes, avec quelques variations selon la structure portant les actions. Les ateliers apparaissent comme la démarche collective par excellence. On les retrouve dans les structures chargées de l'emploi mais aussi au niveau des clubsde recherche d'emploi. Les plus répandus sont ceux qui concernent les techniques de recherche d'emploi, la rédaction de CV et lettres de motivation. L'accompagnateur intervient directement ou conseille la participation à ces ateliers organisés. Des ateliers « découverte métiers » peuvent être organisés par les structures, en complément du travail d'accompagnement plus approfondi et individualisé. Les espaces thématiques sont très courants, ils facilitent à la fois l'identification des possibilités offertes aux jeunes ainsi que la spécialisation des conseillers, qui deviennent par conséquent des spécialistes d'un champ. D'autres thématiques plus originales sont apparues ces dernières années, d'abord destinées aux demandeurs d'emploi d'une manière générale, ensuite transférées auprès des plus jeunes, telles que l'image de soi/relooking ou les simulations d'entretien à travers des ateliers spécifiques. Ces structures viennent apprendre aux jeunes comment s'habiller pour un entretien d'embauche. L'éventuel entretien avec l'employeur devient le prétexte pour aborder les notions de l'image de soi, image que l'on a et celle que l'on donne aux autres. Les professionnels soulignent l'intérêt de ce type d'atelier pour les publics jeunes les plus défavorisés. Dans ce domaine-là, ces structures peuvent rivaliser en termes de créativité, à condition d'avoir suffisamment de marges de manœuvre. Elles peuvent soit répondre aux attentes des demandeurs d'emploi qui franchissent la porte, soit anticiper les thèmes qui émergent progressivement. Les principales informations véhiculées, que ce soit au niveau des agences de l'emploi ou au niveau des CFPA et universités, concernent l'intensité de l'accompagnement, grâce à des rendez-vous plus fréquents ainsi que l'usage de «méthodes actives et participatives». Si les professionnels ont une certaine représentation des jeunes au départ, qui n'est pas toujours positive, ils affirment paradoxalement que travailler pour ce public-là peut être vécu comme un défi stimulant au quotidien, source certes de difficulté mais surtout de beaucoup de satisfaction. Pour eux, accompagner des adultes en devenir reviendrait quelque part à contribuer à une «promesse d'avenir». Dans un contexte où le paysage institutionnel est complexe, avec un nombre important «d'accompagnateurs potentiels», on remarque une préoccupation montante quant à l'adaptation des façons de faire aux profils et aux besoins. L'accompagnateur a-t-il besoin d'inventer de nouvelles manières de faire afin d'amener les jeunes vers lui, et après pour qu'ils restent et aient envie d'aller jusqu'au bout de ce qu'ils sont venus chercher ? Les professionnels sont unanimes pour affirmer que les difficultés des publics peu qualifiés se ressemblent, qu'ils soient jeunes ou plus expérimentés. En revanche, le travail avec les jeunes se présente comme un défi plus important et finalement rapidement récompensé. Autrement dit, le jeune à accompagner est au début de sa trajectoire, il a toute sa vie devant lui, et l'aide qui lui serait apportée est perçue ainsi comme contribution directe à un « bon départ dans la vie ». C'est justement en matière d'outils, de supports que les professionnels peuvent le plus prendre en compte la spécificité jeunesse : on n'accompagne pas toujours de la même manière les jeunes et moins jeunes, même si la base est commune. Un guide multidimensionnel -pédagogie et techniques de communication- est jugé utile pour les conseillers accompagnateurs dans la préparation des demandeurs d'emploi à l'accès au monde du travail. L'accompagnement des demandeurs d'emploi, notamment à travers les ateliers techniques de recherche d'emploi ou à travers les clubs de recherche d'emploi, est-il porteur de solutions au cas où l'offre d'emploi est inférieure à la demande( rigidité du marché de l'emploi) surtout pour ceux qui ont moins d'opportunités ou distants du marché du travail ? *Cadre du secteur de l'emploi Référence : Pour une lecture approfondie et critique, lire : Boutinet J.-P., Anthropologie du projet, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », Paris, 2012 ; Bier B., «L'accompagnement des JAMO : clarifier les notions, penser l'action », in Lesaunier B., Gavarini L. (dir.) L'accompagnement des jeunes ayant moins d'opportunités. L'exemple d'Envie d'agir, INJEP, coll. « Cahiers de l'action », no 33, 2011. |
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||