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Syrie : La France résolue à frapper, Assad menace

par Yazid Alilat

Un missile tiré mardi en début de journée d'un point en Méditerranée et repéré par des radars russes a semé la panique dans plusieurs capitales arabes et occidentales, qui y voyaient une possible répétition générale avant des frappes ciblées américaines contre des objectifs en Syrie. Les Etats-Unis, qui avaient un moment annoncé leur volonté d'opérer au plus vite ces frappes punitives contre le régime d'Assad, accusé d'avoir gazé la population d'un quartier à Damas, ont fait machine arrière après le refus anglais et allemand de participer à cette opération militaire. La France, pour autant, maintient sa décision de frappes militaires, assortie d'un vote du Parlement et si Washington décide de ces opérations militaires contre le régime de Damas. Ce n'est qu'en début d'après-midi que le ministère israélien de la Défense avait confirmé avoir mené «avec succès», dans la matinée, un tir de missile dans le cadre d'un exercice militaire avec les Etats-Unis. ?'Le ministère de la Défense et l'agence MDA (Missile Defence Agency) américaine ont lancé, mardi matin à 9H15, un missile radar de type Ankor», a déclaré le ministère dans un communiqué. «Il s'agit du premier tir d'essai de cette version du missile, qui a été conduit (...) au-dessus de la Méditerranée'', précise le communiqué. Tôt dans la journée, le ministère russe de la Défense avait indiqué avoir détecté le lancement de deux missiles balistiques «de la partie centrale de la Méditerranée vers la côte est», sans préciser si la Syrie était visée. Les agences de presse russes avaient ensuite précisé que les missiles étaient tombés en mer. L'annonce du tir de ces missiles a ravivé la tension dans la région, où les observateurs craignent un embrasement généralisé, sur le sillage des déclarations alarmantes du président syrien. «Le risque d'une guerre régionale existe», a-t-il indiqué dans une interview au journal français le Figaro, dans laquelle il menace directement les intérêts français au Moyen-Orient, au Liban notamment. «Il y aura des répercussions, négatives bien entendu, sur les intérêts de la France», a-t-il dit. «Le Moyen-Orient est un baril de poudre et le feu s'en approche aujourd'hui», a-t-il mis en garde. A Paris, pourtant, le gouvernement Ayrault s'»active pour justifier d'éventuelles frappes contre la Syrie. La France, qui ne veut pas agir seule, affirme continuer «son travail de persuasion pour réunir dans les meilleurs délais une coalition», selon le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. «Il n'est pas question pour la France d'agir seule», a-t-il insisté, confirmant qu'un débat du Parlement, mercredi, se ferait «sans vote», contrairement aux procédures britannique et américaine. La France a par ailleurs diffusé sur Internet une «note de synthèse nationale de renseignement». «Le 21 août 2013, le régime syrien a lancé une attaque sur certains quartiers de la banlieue de Damas tenus par les unités de l'opposition, associant moyens conventionnels et usage massif d'agents chimiques», relève cette note, qui ajoute que ?'l'attaque du 21 août ne peut avoir été ordonnée et conduite que par le régime», et parle d'»emploi massif et coordonné d'agents chimiques contre la population civile». Cette note relève 2.810 décès, alors que le département d'Etat américain parle de plus de 1.429 morts dont 426 enfants lors de cette attaque aux gaz de combat. Cette note déclassifiée des services de renseignements français fait partie de la campagne des gouvernements américain et français de convaincre leur opinion publique du bien-fondé des frappes militaires punitives contre le régime syrien.

PLUS DE DEUX MILLIONS DE REFUGIES

Par ailleurs, les Nations unies ont annoncé, mardi, que le nombre de réfugiés syriens ne cessait d'enfler, dépassant les deux millions, soit huit fois plus qu'il y a un an. Il y a un an jour pour jour, le nombre de ces réfugiés dans les pays voisins de la Syrie était 230.671 et 1,8 million de nouveaux réfugiés sont arrivés au cours de ces 12 mois, souligne le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR). «La Syrie est devenue la grande tragédie de ce siècle, une calamité humanitaire indigne avec des souffrances et des déplacements de population sans équivalent dans l'Histoire récente», souligne dans un communiqué le Haut-commissaire pour les réfugiés Antonio Gutteres, qui met en garde contre les atermoiements face à la catastrophe humanitaire en Syrie. Sur le terrain pourtant, les combats continuent entre l'opposition et l'armée régulière qui a repris, hier, le contrôle de la ville stratégique d'Ariha dans la province d'Idleb (nord-ouest) à l'issue de dix jours de bombardement et de combats, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). A Saint-Pétersbourg, en Russie, le sommet du G20 sera marqué par le bras de fer entre Moscou et Washington sur la Syrie, avec sur la table des discussions les frappes aériennes promises par les Américains.