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Elèves, enseignants et psychologues en parlent: Retour sur un drame près d'un collège

par B. Mokhtaria

Deux mois après le crime où un élève du CEM Zaki Said, situé aux Amandiers, est accusé d'être l'auteur présumé, l'établissement reprend progressivement son activité normale.

Mais, des séquelles restent encore visibles. Avec l'équipe qui a été mobilisée juste après le drame pour apporter un soutien psychologique aux élèves et aux enseignants, nous revenons sur les circonstances du drame qui a mis en émoi tout un quartier et tout le corps éducatif.

C'est avec un recul que le responsable de cette équipe, qui a séjourné dans l'établissement durant quatre semaines, a essayé d'expliquer après avoir eu des entretiens avec les copains de l'élève accusé et qu'on appellera Farid, comment la vie de ce jeune, âgé de 16 ans, a basculé le 15 février dernier aux environs de 10h45.

Premier constat de la cellule de crise, constituée de trois psychologues et un médecin, et qui semble beaucoup surprendre les spécialistes, a été la façon avec laquelle les élèves de ce CEM ont réagi à ce drame.

«Nous croyons que nous avions affaire à des sujets choqués et traumatisés mais, à notre grande surprise, la plupart des élèves avec qui nous avons parlé et qui étaient proches de Farid et dont certains d'entre eux ont même assisté au crime ne montraient aucun signe de choc», a révélé ce médecin. Explication donnée par les élèves interrogés est toute simple, selon leur vision des choses.

Le responsable de la cellule de crise souligne que «les élèves nous ont raconté qu'ils assistaient souvent à des actes de violence graves commis par leurs camarades. Ils se sont tellement habitués à voir ces comportements violents qu'ils ne se sentent plus choqués lorsqu'ils assistent à des agressions à l'arme blanche». L'autre fait, qui a étonné cette fois-ci les élèves, a été cet intérêt subit pour leur cas, eux qui se sentaient délaissés et marginalisés.

«Nous avons discuté en premier lieu avec le groupe d'élèves, 15 au total, considérés comme très perturbateurs et nous n'avons, à aucun moment, eu des difficultés à communiquer avec ces jeunes.

Bien que réticents au début pour parler, ils ont fini par avoir confiance et discuter en toute liberté avec les spécialistes. La communication était une chose nouvelle à laquelle ils n'étaient pas habitués. Ils ont montré une disponibilité à l'écoute incroyable, un sentiment, très fort, de rejet de toute cette violence et un besoin accru d'une assistance psychologique», dira le médecin. Ces élèves sont «récupérables». Ils sont intelligents. Ils peuvent répondre à une psychothérapie. Le problème ne se situe pas en totalité en leur personne mais au milieu extérieur par lequel ils ont été influencés. C'est le constat fait par les spécialistes.

Lors des discussions avec les enseignants, ces derniers, choqués par le crime commis, ont aussi fait part de leurs difficiles conditions de travail. «Les classes sont tellement surchargées que nous ne pouvons même pas passer entre les rangs. On a peur d'être agressés à l'intérieur ou à l'extérieur du CEM. Trois surveillants pour un établissement de 1.400 élèves, c'est très insuffisant », estiment les enseignants qui ont aussi eu des séances avec les spécialistes.

Après ces séances tenues avec les élèves et les enseignants, la cellule de crise a vivement recommandé la présence de psychologue au sein de cet établissement, pour prendre en charge les élèves en difficulté ou en détresse et suggéré une formation en psychothérapie pour les enseignants, afin de mieux communiquer avec les élèves et une meilleur prise en charge des adolescents qui montrent des comportements violents.

Tel que raconté par ces camarades de classe aux spécialistes, l'élève Farid, l'auteur présumé du crime, commençait à montrer des comportements violents suite à un incident qu'il a vécu il y a une année. «Ce jeune», ont expliqué ses copains aux spécialistes, «a été victime d'une agression à l'arme blanche par des camarades de CEM. Humilié et traité de lâche par tout le monde, Farid n'a pas supporté cette situation. Il a commencé à devenir violent et agressif envers tout le monde». Selon un de ces enseignants, «Farid était un élève normal. Je discutais très bien avec lui.

Mais après, il est devenu une autre personne. Il montrait des signes de détresse et un besoin de prise en charge. Nous avons signalé son cas». L'élève a été en effet suivi par un psychiatre et mis sous traitement, explique le médecin qui ajoute que «Farid avait aussi besoin d'une psychothérapie. Il était victime puis est devenu agresseur ».

Quant à l'enseignant de Farid, il affirme que les choses ont commencé à changer dans l'établissement depuis ce tragique incident. Il y a davantage de prise de conscience de la violence à l'école. Il manque, cependant, des actions palpables et en profondeur. «Comme Farid, il existe des centaines qui doivent être pris en charge. La violence ne doit pas être un sujet tabou».