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«Quand je pourrais ne faire craindre, j'aimerais encore mieux me faire aimer».Montaigne L'espace politique en Algérie est assurément parmi les plus ambigus, les plus versatiles du Maghreb, dans son aire méditerranéenne et plus loin encore. L'amazighité fondatrice du pays a été soulignée clairement par M. Bouteflika lors de la dernière campagne électorale. Ce qui devrait avoir un prolongement politique et culturel dans un proche avenir. Il est attendu des prises de positions claires sur des problématiques stratégiques relatives à la place de l'Algérie en Afrique, au Maghreb et dans le bassin méditerranéen, dans lequel nul ne pense que l'Algérie serait un acteur secondaire, au même titre que la Turquie, la Tunisie, etc. L'UPM envisagée risque à l'évidence de se retrouver piégée durablement par Israël, dont le caractère colonial m'échappe plus à aucun gouvernement sérieux. Les pressions attendues sur le régime hébreu pour que naisse un Etat palestinien, sûr et reconnu, seraient une étape déterminante, sinon le prochain sera bel et bien tué, sinon confiné à des Etats du nord et Israël. En ce sens, l'attitude du pouvoir et de l'opposition serait la bienvenue car il s'agit d'une réflexion qui porte sur l'avenir et qui dépasse les querelles internes et les alternances éventuelles. Avec la récente élection qui a confirmé un troisième mandat pour le Président en exercice, du pays, qu'on le veuille ou pas, après les mêmes dénonciations d'un côté et les bruyants satisfecit de l'autre, il est attendu ici et par le monde extérieur des réformes systémiques pour passer à l'âge de la modernité simplement républicaine et à une accélération volontariste de l'ancrage démocratique et pluraliste. Les séquences historiques depuis novembre 1954 ont imposé, selon l'âge, la maturation des consciences politiques, le degré des responsabilités exercées selon le hasard ou la nécessité, les conjonctures douloureuses, des blocages qui ne sont plus tenables dans le monde d'aujourd'hui et de demain. Il y a des questionnements lourds et structurants, à commercer par le rôle indispensable de l'opposition et les relations nécessaires entre elle et le pouvoir. La diabolisation réciproque, les graves accusations en dehors des tribunaux, les atteintes à l'honneur et au patriotisme ventilées par tonnes ne sont plus de mise. Elles relèvent de l'archaïsme, de l'intolérance, du discourtois et de la voyoucratie, qui sont reproduites par la société et la jeunesse avec les résultats et les dégâts qui remplissent les pages de la presse algérienne et étrangère. En politique, dans les pays civilisés, il y a une éthique et des limites que tous s'imposent dans l'intérêt général. Le moment est, semble-t-il, venu pour que le pays et toutes ses élites proches du pouvoir ou dans l'opposition composent dans le calme et le respect des consensus, des compromis porteurs pour éradiquer des morcellements, des subjectivismes, des ego tellement frivoles au regard de l'histoire qui est sans pitié. Personne n'est plus patriote ou plus croyant que son voisin. Aucun acteur politique n'a la science infuse, ne détient à lui seul la vérité qui n'est qu'un puzzle à chaque fois refait par la vie, les réalités économique, culturelle, sociale et politique. La désespérance des jeunes, la malvie indiscutable, le désir violent de fuir le pays sont des réalités qui échappent à la teneur en patriotisme, aux psalmodies religieuses et aux certitudes ex cathedra parce qu'un tel a un pouvoir à un moment donné, forcément éphémère. M. Bouteflika a été élu, et forcément l'attendent de grosses responsabilités et le devoir d'effectuer les meilleurs choix et décisions, dont certains ne seront pas faciles et d'autres douloureux. Les orientations économiques, culturelles, les profils, de préférence jeunes, des femmes et des hommes qui auront les missions de réfléchir, de concevoir, de planifier, d'exécuter et faire exécuter des cahiers des charges, des missions, des infrastructures seront scrupuleusement analysés et ailleurs. Un mandat c'est long, mais c'est court en même temps, et l'Algérie a des retards considérables à combler. La restructuration du pouvoir et de son fonctionnement est une évidence, selon de nombreuses déclarations de M. Bouteflika en 2008 et les promesses faites avant le déroulement du scrutin. Comment fédérer les énergies, conforter les élites restées au pays, avant de vouloir faire revenir celles qui sont parties parce qu'elles se sentent mieux à l'étranger, faire participer ceux qui sont tenus à la marge par la férocité des appareils et l'attrait de la rente ? Vastes questions, certes. Les réponses sont dans les attributs du pouvoir et les ambitions affichées pour le pays. Construire un front patriotique, sain et solide, dans le respect des convictions de chacun, c'est possible si les Algériens d'affinités différentes se considèrent d'abord comme des patriotes, au pire comme des adversaires mais jamais comme des ennemis s'ils n'ont pas des armes comme arguments. Ne dit-on pas que la réconciliation nationale est l'horizon indépassable pour l'avenir? Elle doit dépasser le sécuritaire et aller avec audace vers le politique. Des femmes et des hommes qui ont exercé des responsabilités ou les exercent se tournent le dos, se traitent même de... traîtres ! Pathétique et dangereux ! Ne peuvent-ils pas se parler les yeux dans les yeux comme des humains civilisés, amoureux de leur pays, comme le font les Australiens, les Anglais, les Japonais, les Français? Exercer le pouvoir peut être douloureux, compliqué et difficile. Rassembler et fédérer pour les intérêts stratégiques sur le très long terme l'est encore plus. |
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