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Depuis la réouverture du service du Logement de la daïra, sis à l'Avenue
du Général Ferradou à Gambetta, depuis une quinzaine de jours, l'habituel rush
des citoyens, demandeurs de logements sur cette structure, est de retour.
A raison de deux fois par semaine, ce service accueille des centaines de personnes venues pour un seul but : bénéficier d'un logement public locatif. Chacun d'eux raconte son histoire et ce sont généralement des habitués qui relatent leur parcours depuis que ce service était à la wilaya, puis à l'OPGI et enfin à la daïra. Certains brandissent même des récépissés datant de 1975. Et plus de 30 ans après, ils ne se sont pas résignés et espèrent toujours bénéficier d'un logement décent. Une quinquagénaire déclare : «j'habite au Derb dans une vieille bâtisse et la première demande a été formulée par mon époux en 1975 alors qu'on venait juste de nous marier. Et les années sont passées. Et toujours rien. Pourtant, d'autres ont bénéficié de logements alors pourquoi pas nous ? Aujourd'hui, je me retrouve avec 5 enfants, dont l'aîné, exclu du système scolaire est parti en bateau et se trouverait en Espagne. Me rendre au niveau de cet endroit m'est devenu habituel car, avant, on venait pour voir l'évolution de notre ?classement', et aujourd'hui, c'est juste pour encore vérifier que mon nom existe bel et bien sur la liste des demandeurs de logements». De retour du guichet, la quinquagénaire semble rassurée. Elle figure sur la «liste». Elle doit encore patienter mais l'essentiel, pour elle, est qu'elle peut encore espérer. Devant la porte grillagée, deux agents veuillent au grain, les nerfs à flair de peau, en faisant rentrer par vague et ce, en fonction de l'espace de la salle d'attente, où deux files se sont constituées, l'une pour les femmes et l'autre pour les hommes. Ici, il n'y a pas de bancs et la chaîne dure parfois jusqu'à deux heures. Arrivé à hauteur du guichet, le demandeur tend sa carte nationale à l'agent qui, après avoir consulté le fichier, rassure le demandeur ou lui tend un imprimé qu'il devra remplir et à qui il joindra un dossier. Un dossier apparemment léger, aux dires des citoyens, du fait qu'en plus des documents d'identification et de résidence, les attestations de revenus ou de non revenus ainsi que la déclaration sur l'honneur attestant que le demandeur n'a, à aucun moment, bénéficié d'un logement public. Dehors, des centaines de personnes attendaient vers 11 heures leur tour pour entrer et ce, dans un brouhaha indescriptible, du fait de la proximité du marché informel qui a rendu cette artère pratiquement inaccessible aux véhicules. Certains demandaient ce qui se passait et tentaient même leur chance. C'est ce que nous dira un homme d'une quarantaine d'années et qui s'est retrouvé dans une situation de sinistré après que l'immeuble sis à Saint Eugène se soit effondré. «Je ne perds rien. J'ai pu avoir mon imprimé et je dépose ma demande et je l'oublierai. Vous savez, avoir un logement en Algérie est comme le loto», nous a déclaré un homme qui se voyait certainement déjà dans un appartement décent. D'autres citoyens s'en prennent même au personnel qui essaie tant bien que mal de gérer au cas par cas des situations souvent ingérables, comme cet homme qui habite Sidi El-Bachir et qui est venu s'informer sur la possibilité d'octroi d'un logement du fait qu'il a déposé une demande depuis plus de 20 ans. Pour ces cas, la réponse ne peut être que négative du fait qu'ils n'habitent plus la daïra d'Oran. Une réponse qui ne satisfait pas le demandeur, qui explique que si aujourd'hui il est à Sidi El-Bachir, c'est parce que justement il n'a bénéficié d'aucun logement. Au cours de la chaîne, vous avez l'impression que les gens se connaissent et se racontent leurs histoires qui ont pour dénominateur commun : une demande de logement en souffrance, ainsi que tous les programmes de distribution qui les ont ignorés. A les entendre parler, on se rend compte qu'ils sont au courant de tous les projets en construction. Ils donnent même des détails sur les différentes formules de ces logements. «On est sans revenus et on ne peut donc pas postuler pour l'AADL ou la Cnep, ils sont très chers et, par conséquent, il ne nous reste que le social, car il est locatif», nous dira un retraité. L'autre défaillance soulevée par ces citoyens est la centralisation de ce service qui s'avère dépassé par la demande, d'où la nécessité de créer des annexes rattachées aux différents secteurs urbains. Côté personnel de l'administration, force est de constater que les deux journées de réception ne sont pas de tout repos étant donné que le flux de demandeurs est important. En plus de l'impossibilité de répondre à toutes les doléances des citoyens, qui croient dur comme fer que ce service est chargé de l'attribution des logements, alors qu'en réalité, sa mission n'est que de centraliser les demandes et d'assainir le fichier. Durant de longues heures, les agents font des vérifications sur le fichier informatisé accessible à l'aide d'un logiciel conçu à cet effet. Ils doivent ensuite donner des explications détaillées au demandeur. Souvent des prises de bec s'en suivent. Un agent nous dira : «il faut avoir des nerfs d'acier, sinon vous risquez de craquer». |
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