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Le grand déballage

par El Hassar Bénali

  Le pays vit un épisode cathartique du fait de la désintégration petit à petit du système de par la volonté du peuple dans la rue, offrant aujourd'hui un grand espace de discussions mais aussi de grands déballages.

Les citoyens dans la rue est la conséquence du choc systémique que vit le pays. Avec les marches citoyennes, la population traduit son intransigeance quand à mettre fin à un pouvoir politique qui a plongé le pays dans une crise profonde du fait de l'injustice, son incurie, sa corruption, sa bureaucratie. Ces fléaux ont dissout le citoyen. Ils ont fini par vouer à l'échec tous ses projets. Les manifestations soutenues par la majorité écrasante de l'opinion appellent, depuis le 22 février, à de grandes réformes. Tous les vendredis c'est à chaque fois une nouvelle secousse de la population qui réclame de grands changements dénonçant la politique de conformisme et de démagogie impliquée depuis par le mythe du parti unique qui a privatisé la vie politique, accentuant les divisions, mettant à mal l'avènement d'une société démocratique offrant une garantie et une égalité de chance à tous. Sa période critique a mis l'élite dans une situation particulière de vulnérabilité qui a entrainé souvent à des compromis douloureux pour l'élite engagée. Le mythe du FLN a servi un pouvoir féodal instrumentalisant la mémoire avec ses caricatures d'hommes politiques, ce qui eut pour conséquence l'affaiblissement de l'Etat de droit. Dans la rue, les citoyens continuent à exprimer leur divorce, leur rejet total du système en place. Avec les jeunes, femmes et enfants dans la rue, les marches ont montré que la société algérienne a bel et bien changé. Des pancartes rendent, à chaque fois, un hommage à nos martyrs et rappellent, en exemple, l'engagement des vieux militants de la cause nationale de l'indépendance, Messali Hadj, notamment.

Une administration totalement hors jeu

La déconnexion absolue des élites traduit une situation qui incite aujourd'hui à des débats tant l'attente d'une prise de parole est grande avec l'avènement d'une démocratie vivante. Il est à montrer par là comment l'impasse a été faite à Tlemcen à l'existence d'associations d'utilité publique contraintes à mettre les clés sous le boisseau, à cause de l'administration, voire ‘'Ahbab Tourath», l'Association pour le développement social et économique (ADESC)... et d'autres contraintes parfois même chassées de leurs locaux par crainte d'être des espaces surveillés incubateurs de débats citoyens allant de soi avec le progrès, l'évolution donc de changements en organisant des évènements soulignant par là, la dimension politico-culturelle dans la cité.

Les problèmes sont réglés au bon plaisir des walis détenteurs de larges pouvoirs totalement défaillants dans le contrôle du fonctionnement des services publics d'où notre subordination à une administration totalement hors jeu, vidée, conséquence de sa bureaucratie. La politique des bureaux anéantit les projets dans cette wilaya qui a fini à n'avoir aucune attractivité pour les investisseurs pour ceux notamment dont encore un minimum d'honnêteté tient de culture. Les walis ont tenu la région, les régions, dans l'asphyxie. Nos grands bureaucrates semblent ignorer encore que la richesse d'un pays est celle qui existe en le peuple voire son énergie. Ils n'ont pas été à la hauteur de leurs tâches et l'Etat a été incapable de fixer leurs missions administratives, civiles et managériales enfin, de proximité. Le besoin de développement de la région est associé à une exigence qualitative, de plus en plus forte, en matière de représentativité et aussi, de communication en l'absence de relais libres, en présence d'une presse–radio publique dans la récitation des vérités officielles, pratiquant la chasse aux sorcières. Il faut tôt ou tard revoir le statut des walis et peut être même le cursus de leur formation à l'ENA en vue d'un autre mode d'emploi plus adapté aux exigences démocratiques d'évolution du pays et la prise de pouvoir par le peuple dont l'Algérie s'apprête à devenir un laboratoire dans la circularité du combat démocratique au Maghreb. En somme, le pays a besoin de nouvelles méthodes de gouvernance qui ne rassurent plus le citoyen qui parle difficilement aujourd'hui avec une administration autiste avec ses blocages, ses freins, ses passe-droits... surtout pour les jeunes quelque peu aigris mais dont l'esprit foisonne de projets souvent mis à l'échec du fait de wali dans l'incompréhension et le décalage.

La révocation du système en place

Pour une transition inéluctable

Les jeunes, femmes et hommes, dans la rue défendent une vision progressiste de la société. Il y a une adéquation à tenir avec les changements qui vont faire entrer le pays dans un autre monde tel voulu par la pression de la rue et cela, dans le cadre du mouvement rédhibitoire de démocratisation du pays. Ces dernières années certains ont été au service de la maffia point préoccupés du sort des jeunes dans le chômage et du faible indice de développement de la région. Les habitants ont subi la pression dans tous les domaines à l'origine de la forte bureaucratie avec ses humiliations et qui met souvent à mal la propriété avec les squattages, les appropriations individuelles abusives... L'absence d'un Etat de droit a fini par placer les citoyens dans une très forte exaspération ce qui explique l'exigence révocatoire du système politique en place appelant aux compétences et aux hommes politiques aux mains propres et à une constitution gardienne des droits et des libertés contre toutes les prédations rendant le citoyen plus digne.

En l'absence d'une politique culturelle cohérente, l'activité culturelle relève plus du spectacle que de l'action dans les domaines de la formation et de la production en matière d'art en attendant la privatisation des salles fermées. Les structures à la diffusion dont la maison et le palais de la culture... sonnent vides tout au long de l'année en dehors des moments festifs financés sur les fonds publics. Nous noterons que c'est grâce au mécénat qu'une grande partie du patrimoine de la musique a été sauvée. La même situation se traduit également sur le plan de la protection du patrimoine dont les espaces ont été dilapidés en dépit des contraintes de la loi sur la protection des sites et monuments et des orientations des PDAU à Mansourah, Agadir, Sidi Yacoub, Koudia... avec des partis pris en matière d'application des réserves. De nombreux repères historiques ont été aussi carrément détruits, voir cercle des Jeunes Algériens, Dar al Bouhmidi... Les services d'un encadrement pourtant pléthorique en attachés et assistants culturels, archéologues... en place n'ont pas été capables d'élaboration de cahiers de charges dans cette ville où l'histoire nous tient de partout. Ils ont été incapables de pédagogie et de stratégie pour gérer ce secteur en léthargie totale avec le chantier de musée à l'abandon depuis 2011. Les spécialistes se posent la question de savoir comment une ville dépositaire d'un des plus riches patrimoines maghrébins du chant, de la poésie et d'art dans différentes affinités n'a jamais été dotée d'un institut de musique, d'une école des beaux arts, d'un théâtre régional ? Il faut faire remarquer aussi que Tlemcen pourtant reconnu pour son grand nombre de monuments classés c'est à dire protégés par la loi à Tlemcen, Nédroma, Honaine, Beni Snous, Lac Karar, Altava, Chiguer... il n'a jamais existé de service spécialisé technique à l'instar, à titre d'exemple, de l'atelier de la vallée du M'zab.

La dépollution de la vie politique

En somme, l'Etat n'a pas été dans ses responsabilités. Certains ont été débaptisés, d'autres comme certaines donations pieuses accaparées voir le cas de la tri donation - habous de maitre Omar Boukli hacène, fondateur du Croissant rouge algérien, en 1955, à Tanger. Les vieux quartiers en hibernation, dans une tristesse incroyable sont rendus d'actualité grâce à l'élan des jeunes dans la praxis délivrant un message d'union exceptionnelle avec les habitants dans ces quartiers de topographie historique tombés, à force d'abandon, dans la misère. Pour le travail de restauration et de blanchiment des façades, les jeunes, filles et garçons, à l'œuvre ne méritent-ils pas un hommage ? Un volontariat qui a plus d'un sens puisque évocateur du passé millénaire de l'ancienne capitale des Zianides avec des vestiges ravivant avec fierté les lieux attachés au souvenir de personnalités illustres, savants et poètes, du passé culturel de la cité : Al-Abili, Ibn Khamis, Affif Eddine, Ibn Khadldoun, Es-Sanoussi, Al-Maqqari, Al-Mandassi, Ibn Triqui, Ben Msaib, Ibn Sahl... Les maisons traditionnelles avec sqifas, les bains, les fondouks, les oratoires, les ruelles traitées avec soins font partie de l'imaginaire médiéval de l'antique ‘'al-Bahdja» chantée par le poètes Ibn Hayyan (Avenpace), Ibn Khamis, al-Qaissi Tighri, Ahmed ibn Triqui.

Par leur geste, les jeunes se réapproprient l'initiative locale donnant une leçon aux décideurs et surtout aux ‘'élus-profiteurs‘' certains dans la peau d'affairistes dans l'âme, flibustiers notoires issue de la nomenklatura pourrie du parti unique: sénateurs et députés... qu'on dit, dans la rue, empêtrés dans des affaires du foncier à Tlemcen, Marsat Ben M'hidi, Bider... Certains d'entre eux bénéficiant d'appuis d'en haut et qui se sont considérés au-dessus de tout. La scène politique a besoin plus que jamais aujourd'hui d'être dépolluée de ses parasites dans le mensonge et l'imposture et cela, pour rendre la confiance au peuple. Ils étaient là plus dans la parade et les faveurs occupant les premières rangées lors des grandes rencontres (festivals de musique) servis comme des rois, aux petits beurres, au thé et au café, dans des scènes narguant le public. L'action des jeunes dure encore avec des aides provenant partout de la population, en guise de soutien à ces jeunes dans une action exemplaire d'intérêt général de tendance à vouloir changer l'ordre public établi. Rien ne peut tempérer aujourd'hui l'élan expérimental, avant-gardiste et engagé des jeunes pour un changement radical, par la démocratie.