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Changement radical du système : pistes pour un saut qualitatif en moins de deux ans (Suite et fin)

par Mourad Hamdan*

L'économie créative est à situer dans la continuité de vastes projets de réorganisation économique, politique et sociale. Gaëtan Tremblay, à la suite de Nicholas Garnham, insiste sur cette continuité, tout en soulignant que « la centralité de la ‘création' et de la ‘créativité' y apporte évidemment une saveur de nouveauté» (Tremblay).

L'économie créative désigne ainsi la montée en puissance de la création et de la créativité dans l'ensemble de l'économie.

«La création est perçue comme un input immatériel qui se retrouve dans ces biens tangibles, comme la source de valeur des biens, dont le marché est ensuite le support.». (François Benhamou) On notera que le secteur de la création, quand il est intégré dans une stratégie globale de développement et de croissance, peut contribuer à la relance de l'économie nationale si des échanges économiques et culturels hybrides et dynamiques ont lieu et si l'innovation est encouragée.

C) Modèle de l'économie créative

Dans le monde d'aujourd'hui, un nouveau modèle de développement se dessine, dans lequel l'économie et la culture sont liées et englobent des aspects économiques, culturels, technologiques et sociaux du développement à grande ou petite échelle. Au centre de ce nouveau modèle est le fait que la créativité, le savoir et l'accès à l'information sont de plus en plus reconnus comme de puissants moteurs d'entraînement de la croissance économique et de la promotion du développement dans le contexte d'une planète de plus en plus mondialisée.

Dans ce contexte, le terme «créativité» désigne la formulation d'idées nouvelles et l'application de ces idées à la production d'œuvres d'art et produits culturels originaux, de créations fonctionnelles, d'inventions scientifiques et d'innovations technologiques. La créativité comporte donc un aspect économique observable dans la manière dont elle contribue à l'esprit d'entreprise, encourage l'innovation, augmente la productivité et favorise la croissance économique.

5) Economie sociale et solidaire

L'économie sociale et solidaire (ESS) désigne, dans le contexte francophone, la branche de l'économie regroupant les organisations privées (entreprises, coopératives, associations, mutuelles ou fondations) qui cherchent à concilier activité économique et équité sociale. Du commerce équitable à l'épargne solidaire, en passant par les innovations sociales dans le champ de la protection de l'environnement, de la lutte contre l'exclusion, de la santé ou de l'égalité des chances, l'ESS apporte une réponse à de nombreux enjeux de société contemporains.

Les organisations de l'économie sociale adhèrent à des principes fondateurs, parmi lesquels : la recherche d'une utilité collective, la non-lucrativité ou la lucrativité limitée (bénéfices réinvestis au service du projet collectif), une gouvernance démocratique (primauté des personnes sur le capital : « 1 personne = 1 voix », implication des parties prenantes). (Source Wikipédia)

6) Economie circulaire

« Les économies ont épuisé la capacité des écosystèmes planétaires à gérer les déchets générés par l'utilisation de l'énergie et des matériaux ». Les limites de la planète rendent utopique une croissance infinie sur Terre.

L'économie circulaire est un concept économique qui s'inscrit dans le cadre du développement durable et qui s'inspire notamment des notions d'économie verte, d'économie de l'usage ou de l'économie de la fonctionnalité, de l'économie de la performance et de l'écologie industrielle (laquelle veut que le déchet d'une industrie soit recyclé en matière première d'une autre industrie ou de la même).

Une telle économie fonctionne en boucle, se passant ainsi de la notion de «déchet». Son objectif est de produire des biens et services tout en limitant fortement la consommation et le gaspillage des matières premières, et des sources d'énergies non renouvelables. (Source Wikipédia)

En fait, il s'agit de suivre une trajectoire qui respecte l'équilibre naturel, et notamment les lois de la biologie et de la physique. Elle se matérialise par la mise en œuvre d'une économie basée uniquement sur les ressources renouvelables.

7) Economie de flux vs économie de stock

Le mode de pensée économique de la société industrielle et, par voie de conséquence, son mode de présentation comptable est ce qu'il convient de nommer celui d'une «économie de flux». Cette dernière est une économie ne prenant en compte que les flux de produits entrants et sortants et la valeur ajoutée dégagée lors de leur transformation industrielle.

A l'opposé, une économie de stock comptabilise la diminution ou l'augmentation des stocks de ressources entrant dans la fabrication des biens et services, ainsi que le coût de l'impact sur l'environnement de cette fabrication. Il est à noter que la société industrielle a pour règle de ne pas diffuser de compte d'exploitation, ni de bilan de son activité économique en se bornant à livrer quelques soldes intermédiaires de gestion, à l'instar du fameux PIB. Il va de soi que cette vision de flux est fallacieuse en vertu du fait qu'elle ignore les charges inhérentes à une économie de stock qui, seule, présente une vision réaliste de l'activité humaine.

Une présentation comptable réaliste prendrait en compte la variation des stocks des ressources naturelles énergétiques et minérales consommées par la civilisation industrielle, ainsi que les coûts induits sur l'environnement.

8) Produit Intérieur Brut

Le PIB est l'un des agrégats majeurs des comptes nationaux. En tant qu'indicateur économique principal de mesure de la production économique réalisée à l'intérieur d'un pays donné, le PIB vise à quantifier la valeur totale de la « production de richesse » effectuée par les agents économiques résidant à l'intérieur de ce territoire (ménages, entreprises, administrations publiques). Le PIB est donc censé refléter l'activité économique interne d'un pays et la variation du PIB d'une période à l'autre est censée mesurer son taux de croissance économique.

Or le PIB n'est qu'un solde intermédiaire de gestion et ne mesure que le volume de certaines composantes de l'activité économique globale, à savoir la consommation, les rémunérations, ou la valeur ajoutée, mais pas du tout le résultat d'exploitation global.

Pour une entreprise, ne considérer que le PIB reviendrait à ne s'intéresser qu'à l'augmentation de son chiffre d'affaires, ou au montant de la masse salariale, tout en négligeant complètement de porter un regard sur son résultat d'exploitation, c'est-à-dire son bénéfice ou son déficit. C'est absolument impensable…

Si les différents gouvernements algériens avaient raisonné en termes d'économie de stock, ils auraient dû inscrire en actif du bilan la valeur de la totalité de la dot terrestre que notre activité industrielle se proposait de prélever pour ses activités futures, soit l'intégralité des ressources énergétiques et minérales respectivement puisées et extraites depuis 1962. Par la suite, et à l'issue de chaque exercice, il aurait fallu comparer le stock final avec le stock initial et inscrire en compte de résultat une variation négative, c'est-à-dire une charge. Autrement dit, avec un mode de calcul honnête, l'activité économique serait réellement déficitaire. Le déficit de chaque année devrait être placé en «Report A Nouveau» sur l'année suivante et ainsi de suite d'année en année, augmentant ainsi le déficit cumulé. Cette croissance du déficit net cumulé, ou si vous préférez, la décroissance du bénéfice net cumulé, serait alors une preuve patente de mauvaise santé de l'économie du pays, à la condition que nous considérions le «résultat comptable» comme indice de mesure le plus significatif (pertinent) de l'activité économique, et non pas le PIB.

9) Croissance et développement

L'Etat profond algérien a toujours été constant dans son choix économique désastreux. Il a privilégié l'augmentation du PIB sans diversification aucune, c'est-à-dire une croissance fondée exclusivement sur l'exploitation des ressources non renouvelables.

En proposant un mauvais outil de mesure, l'objectif des mandataires de ce modèle de croissance était clair : il s'agissait de faire croire au peuple qu'il y eût eu croissance et développement à la fois. Les porte-parole zélés du système n'avaient de cesse de vanter ses mérites en mettant fallacieusement en relief l'augmentation des quantités produites, l'utilisation des richesses par la société dans le but d'améliorer le bien-être du plus grand nombre, la réduction des inégalités et la transformation des structures de manière à ce que la croissance économique puisse se poursuivre. Mais il s'avérait que la réalité eût été tout autre. Il y avait certes croissance (avec épuisement des ressources) (*) mais sans développement ! Les quantités produites augmentaient, mais sans qu'il y eût eu une amélioration du niveau de vie de la majorité de la population et sans que les structures se fussent transformées de manière à ce que le fonctionnement de l'économie eût satisfait de plus en plus de citoyens algériens. Comment est-ce possible ? La production supplémentaire a été accaparée par une petite minorité (l'oligarchie au pouvoir) et gaspillée, dilapidée ou investie dans des projets non retables.

(*) Ce type de croissance ne peut durer indéfiniment : à long terme, la croissance nécessite un changement des structures économiques et sociales sous peine de se bloquer.

Ce blocage a été repoussé des années durant et ce tant que la « présentation de faux bilans » a pu se faire. Cette technique étant généralement utilisée par les gestionnaires membres d'un conseil d'administration pour tromper leurs associés et espérer ainsi conserver leur mandat. Dans le cas de figure qui nous intéresse les associés sont les citoyens algériens et les membres du conseil d'administration sont les gouvernements successifs du pays.

De la même façon que pour les mandataires d'entreprises qui dépendent du vote annuel des actionnaires, l'objectif unique des politiciens professionnels qui composent les gouvernements est de se faire élire et réélire à chaque échéance électorale par les citoyens.

Conditions suffisantes à la réussite de la transition

J'insisterai sur les trois points suivants à savoir : le management de l'innovation, l'innovation managériale (voir contribution : management de l'innovation et innovation managériale) et la démocratie directe. Seule cette dernière sera développée dans cette contribution.

Transformation de l'organisation sociale dans le cadre de la démocratie directe

A) Définition de la démocratie

Plusieurs textes sur les définitions de la démocratie existent et le problème est toujours de choisir comme référence ceux qui sont les plus utiles pour la réflexion présente. Robert Dahl dans son ouvrage « Democracy and its Critics » (1989) explique que la démocratie comme idéal utopique n'existe nulle part, car ceci implique l'existence en même temps de cinq critères : une participation effective des citoyens, une égalité réelle du suffrage, un public illuminé sur les questions politiques et sociales, un contrôle effectif des citoyens sur l'agenda politique et un système inclusif qui assure l'égalité parfaite des citoyens dans leur accès aux décisions.

En effet, il préfère appeler les pays les plus avancées politiquement des « polyarchies », des régimes politiques qui se construisent sur plusieurs centres compétitifs du pouvoir dans la société.

Nota

Le marché est contraire par sa logique à la démocratie. Le marché, basé sur la concurrence, suppose aussi la possibilité d'exclure le perdant. La démocratie, comme régime politique, entend inclure tout le monde et, donc, exclure la concurrence entre les personnes.

B) Compétition politique

La concurrence dans la vie politique est maîtrisée dans le sens de Hobbes par le contrat social, mais reste une réalité présente qui joue un rôle important dans le processus politique. La politique, comme activité de maintien de la cohésion sociale, est aussi une gestion des diversités et des conflits dans la société. Les maîtres-mots sont cohésion, pacification mais aussi encadrement des conflits pour le maintien de l'ordre social.

La politique a comme fonction essentielle la réduction de la conflictualité et donc la limitation de la concurrence politique dans le cadre établi. Mais avec le développement de la démocratie moderne, comme régime représentatif basé sur les élections et le pluralisme politique, la concurrence politique acquiert une importance particulière. Elle est le garant de la démocratie, assure le pluralisme, encadre le contrôle du gouvernement par l'opposition et surtout permet l'alternance politique. Cette concurrence, encadrée par la loi, les habitudes, les pratiques, les us et les coutumes, est pacifique et respecte l'existence de l'autre.

Questions :

1) - La démocratie n'implique-t-elle pas une certaine dose de concurrence dans l'exercice de la rédaction et de l'adoption des lois ?

2) - En organisant la concurrence entre les différents groupes sociaux pour la confection des lois, la démocratie directe n'est-elle pas un gage de meilleure qualité de la loi ?

C) Compétitivité et inclusion démocratique

Dans le discours dominant en politique économique aujourd'hui, le concept de compétitivité (capacité à faire face à la concurrence) est perçu comme une donnée immuable. Elle est vue comme une caractéristique sine qua non de la prospérité économique et sociale, qui s'inscrit totalement, au même titre que le concept du libre-échange et du marché, dans la logique du capitalisme contemporain.

La garantie du bon fonctionnement du marché n'est pas assurée seulement par la compétition, mais surtout par son cadre institutionnel qui lui, garantit la justice et l'équité entre les acteurs de la compétition. Comme dans une compétition sportive, le respect des règles est primordial pour la légitimation du résultat même de celle-ci.

Ainsi, le cadre institutionnel de la démocratie permet la légitimation des pratiques compétitives du marché car le régime démocratique perdrait (de) sa performance si le régime de compétitivité ne permettait pas à chacun de profiter de la prospérité économique. La compétitivité et l'inclusion démocratique dans la société vont donc de pair.

D) Démocratie représentative

La démocratie représentative se trouve souvent bien mise à mal dans les discours. Concurrencée par la «démocratie d'opinion», doublée par la «démocratie participative», elle ne résisterait pas à l'épreuve de la «post-modernité». Pourtant, ainsi que le souligne Slobodan Milacic, «la démocratie reste, encore, aujourd'hui, une cause politique, systémique voire civilisationelle sans alternative légitime». De fait, le référendum ne saurait se superposer, ni se substituer d'ailleurs à l'élection qui seule peut préserver la logique pluraliste. Il n'en demeure pas moins que pour s'adapter à un cadre étatique qui connaît de profondes mutations, la démocratie représentative gagnerait à cohabiter avec une participation accrue des citoyens à la prise de décision.

E) Démocratie directe

Le nouveau modèle de croissance, développement algérien devra pouvoir s'accompagner du remplacement de l'oligarchie actuelle et de son système politique représentatif par la démocratie, la vraie démocratie, en l'occurrence la démocratie directe.

La démocratie directe est un régime politique dans lequel les citoyens exercent directement le pouvoir, sans l'intermédiaire de représentants. A titre d'exemple, la Suisse est dotée d'une forme originale de démocratie directe facilitée, il faut le dire, par le fédéralisme (qui n'est rien d'autre qu'un meilleur partage de notre capacité d'agir).

La démocratie directe est considérée comme étant le seul système d'organisation sociale de nature à mettre en œuvre cette capacité de résilience, de par sa formidable faculté à libérer les forces vives et à dynamiser la réactivité immédiate de chaque citoyen face aux bouleversements attendus.

F) Modèle suisse de démocratie directe

La démocratie directe est l'une des spécificités du système politique suisse. Elle permet au peuple de se prononcer sur les décisions du Parlement fédéral ou de formuler des propositions de modifications constitutionnelles.

En Suisse, le peuple participe largement aux décisions politiques sur le plan fédéral. Tous les citoyens suisses disposent du droit de vote dès l'âge de 18 ans. La population se prononce quatre fois par année sur une quinzaine d'objets en moyenne.

En plus du droit de vote, les citoyens ont la possibilité de faire valoir leurs exigences au travers de trois instruments qui constituent le noyau de la démocratie directe : l'initiative populaire, le référendum facultatif et le référendum obligatoire :

- L'initiative populaire permet aux citoyens de proposer une modification ou une extension de la Constitution. Sa force est de susciter ou de relancer le débat politique sur un thème précis ;

- Le référendum facultatif permet aux citoyens de demander qu'une loi votée par l'Assemblée fédérale soit soumise au vote populaire ;

- Le référendum est obligatoire pour toute modification constitutionnelle décidée par le Parlement, ce qui signifie que le peuple est obligatoirement consulté. L'adhésion de la Suisse à certaines organisations internationales est également soumise au référendum obligatoire.

Conclusion

Un nouveau modèle économique et un nouveau système d'organisation sociale radicalement différents de ceux qui existent actuellement en Algérie doivent rapidement voir le jour. Il est bien précisé radicalement différents, car il est inimaginable, pour faire face aux défis complexes et multiples et s'adapter à la concurrence mondiale, d'utiliser les mêmes schémas politiques qui ont servi à créer «la fausse richesse» et gérer «la fausse croissance», faisant ainsi nôtre la célèbre formule d'Albert Einstein : « on ne résout pas un problème avec le mode de pensée qui l'a créé ».

*Consultant en management