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«Printemps berbère» : Une marche à Bouira et une autre, empêchée, à Tizi Ouzou

par Farid Haddouche

Une marche s'est ébranlée, hier, à partir de 11h, du siège de l'Université «Akli Mohand Oulhadj» de Bouira, vers le siège de la wilaya.

Les marcheurs, représentant le premier groupe, étaient des étudiants et militants du mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK) qui scandaient des slogans propres à leur tendance, à savoir l'autonomie de la Kabylie, et le rejet de «l'arabisation à pas forcés, absurde et effrénée, qui a fait tant de victimes».

Le deuxième carré était représenté par des militants du mouvement culturel berbère (MCB), toutes tendances confondues, et mettait en exergue l'officialisation de langue amazighe, et son enseignement obligatoire, au même titre que la langue arabe. Ils rejettent, en outre, son caractère facultatif imposé qu'ils trouvent aberrant. Une fois arrivés à la hauteur de l'esplanade qui fait face au siège de la wilaya, les marcheurs ont observé une halte, pour se diverger ensuite vers le théâtre en plein air, de la Maison de la Culture ‘Ali Zamoum', dont ils ont garni les gradins. Des prises de paroles ont été effectuées, en ce lieu. Des rumeurs ont circulé faisant cas de la volonté des manifestants d'aller saccager la statue de l'Emir Abdelkader qui se trouve à quelques centaines de mètres plus bas, exactement au carrefour du pont ‘Sayah'. Sous prétexte que les autorités devaient penser à édifier des statues représentant des figures ou des martyrs qui appartiennent à la région. Finalement il n'en fut rien et les marcheurs se sont dispersés dans le calme absolu. Des informations ont fait savoir qu'avant le déroulement de la marche, des arrestations à titre préventif ont été opérées par les forces de l'ordre, pour parer à toute tentative d'atteinte à l'ordre public. Il a été fait cas de 6 manifestants qui ont été arrêtés, à la hauteur d'une gare routière, pendant qu'ils proféraient des cris opposés au pouvoir.

A Tizi Ouzou, les forces anti-émeute de la police ont empêché le déroulement, hier matin, d'une marche «non autorisée», à laquelle a appelé le Mouvement culturel berbère (MCB) pour la célébration du 34ème anniversaire du «Printemps berbère», du 20 avril, a constaté un journaliste de l'APS. Les manifestants, dont le nombre se situait entre 200 et 300, parmi lesquels de nombreux militants du MAK, se sont ébranlés à partir du campus universitaire de Hasnaoua, avant d'être stoppés dans leur procession par les forces anti-émeutes à une centaine de mètres du lieu de départ. Les premiers carrés des marcheurs, formés, essentiellement de militants du MAK, reconnaissables aux slogans scandés et à leurs banderoles, ont tenté, en vain, de forcer le passage. Des échanges de jets de pierres ont eu lieu entre les deux antagonistes, avant que les manifestants ne se réfugient dans l'enceinte universitaire.

De nombreux anciens militants du MCB, dont Saïd Khelil, Saïd Boukhari, Mouloud Lounaouci et Arezki Abbout, avaient pris part au départ de la marche, avant de quitter les lieux dès le déclenchement des échauffourées. Les slogans du MAK, appelant notamment à la création d'un «état kabyle» avaient supplanté ceux du MCB qui appelait à la célébration du 34ème anniversaire du «20 avril» sous le signe de revendications de «libertés démocratiques» et de «l'officialisation de Tamazight». Selon une source sécuritaire, «aucune demande n'a été formulée pour l'autorisation de la marche», qui a été, de ce fait, «empêchée par les forces de sécurité, par crainte de débordements».