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L'ARGENT DU DEPUTE…

par M. Saadoune

Devenir député à cause de l'argent? On espère que le ministre de l'Intérieur ne vient pas de découvrir, en 2012, à quelques mois des élections, que la «quête de l'argent et des privilèges» est une motivation importante, pour ne pas dire déterminante. Ce n'est absolument pas un scoop.

Dans un système politique qui a réduit les partis politiques à faire de la figuration, le combat pour «les idées ou les programmes» n'existe pas. Devenir député est un ascenseur social pour les uns ; pour d'autres, déjà «nantis», un moyen d'élargir les entrées dans le système. Les «idées» et les «programmes» ne pouvant vraiment exister faute de scène politique sérieuse qui aurait généré une vie partisane sérieuse, la vision de la chose publique se rétrécit à sa plus simple expression. La députation est devenue une voie d'accès individuelle à l'Algérie officielle.

Cela fait longtemps que l'approche des élections législatives – beaucoup plus que les élections locales – crée un «climat» de tension et de batailles rangées au sein des partis. Et, bien entendu, ces batailles ne portent pas sur des programmes, des idées ou des projets mais pour le poste. Dans un système politique verrouillé et régressif, l'individualisme prime. Et quand les batailles pour la candidature ont une «dimension sociale», c'est par la mobilisation de la famille ou de la tribu. Pas beau à voir du tout !

Et ce n'est pas non plus un scoop que de savoir qu'un très grand nombre de candidats «indépendants» obéissent à la même motivation. Très peu d'Algériens croient que le dernier «lâcher» d'une flopée de partis - décidé par l'administration après une longue rétention - correspond à une motivation de servir le bien commun. Et personne n'est surpris de la qualité, absolument médiocre, de la prestation du Parlement algérien. Le système politique en place n'a jamais cherché un parlement de qualité, mais un parlement obéissant.

Un arrangement tacite veut qu'on ne demande pas grand-chose aux députés : ni assiduité, ni idées et encore moins des propositions…, en contrepartie d'une sinécure. Faut-il rappeler que la suppression de la fonction de chef de gouvernement responsable devant l'Assemblée nationale populaire était, de facto, une mise au chômage politique des députés ? Et, par extension, des partis ?

Quand un gouvernement ne rend pas compte et n'est pas censurable par l'APN, le rôle des députés est presque facultatif. En réalité et hormis un souci des formes légales, on pouvait se passer de l'APN. Ce n'est pas un lieu de politique ni un lieu de pouvoir. La somme des lois passées par ordonnance est édifiante à cet effet. Et quand un parlement n'a pratiquement aucun rôle, l'oisiveté des députés coule de source. Etre député oisif rapporte beaucoup. Beaucoup plus qu'être dirigeant d'une PME privée ou d'une grande entreprise publique.

Pourquoi dès lors s'étonner que la députation soit si attractive ? Réduire les salaires des députés – ils ne vont pas devenir smicards dans tous les cas de figure – est-il une réponse ? On peut en douter… Car le fond du problème est politique. Systémique. Quand la politique aura droit de cité, quand le Parlement cessera d'être une coquille vide et deviendra un lieu où il y a de la politique et où l'action du gouvernement est contrôlée et surveillée, on constatera que la question des salaires des députés ne sera pas la chose la plus difficile à régler.