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Statut de la femme musulmane : sujet actif ou objet de consommation… jetable

par Mohammed Guétarni *

Dieu a créé le ciel et la terre, le soleil et la lune, le jour et la nuit et… aussi l'homme et la femme pour fonder un foyer et vivre ensemble (heureux, si possible).

A la différence des bêtes, celle-ci n'est pas une simple femelle ayant pour unique tâche naturelle la procréation à dessein de perpétuer l'espèce. C'est pour cette raison que l'Islam, plus que toute autre religion révélée, lui a accordé toute l'importance qui lui revient «de Droit divin.» Ceci afin de constituer une société organisée et harmonisée où chacun des deux sexes trouve sa place sans usurper celle de l'autre. C'est aussi pour cela que Coran, Hadiths et philosophie musulmane concordent à lui restituer la place de choix qui lui convient et lui revient pour assurer la stabilité familiale et, par voie de conséquence, sociale.

« Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle et nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous connaissiez. »

Rôle de la femme dans sa société

Un des rôles-clés de la femme est de veiller sur la joie et le bonheur familiaux. Ainsi, le rapport entre l'homme et la femme, en Islam, est fondamentalement basé sur la complémentarité. Le Prophète (QSSSL) disait : « Les femmes sont les sœurs des hommes » dans le sens où l'un complète l'autre en dépit de leurs différences anatomiques et physiologiques qui sont des dimorphismes sexuels propres à chacun d'eux.

Même le rôle de la femme au foyer est significatif au sein de la société. Elle se consacre, avec abnégation, à s'occuper de son foyer, son mari, ses enfants au point d'oublier, parfois, sa propre existence. Son statut actuel d'opprimée, voire de méprisée relève des pratiques purement culturelles qui n'ont rien de cultuel. La décadence endémique du monde arabo-musulman et l'analphabétisme aidant, dus (en partie) à colonisation, ont fait que la situation de la femme musulmane a dangereusement périclité au point de revenir à la période antéislamique. Des innovations (‘'bida'a) se sont greffées à l'Islam originel au fil des temps et ont pris des allures de pratiques religieuses alors qu'il en est exempt. L'Islam, du vivant du Prophète (QSSSL), a accordé respect et égard à la femme. Malgré cela, elle se voit, de nouveau, replongée dans une injustice abyssale comme au temps de la «gentilité» (Djahiliya). Elle souffre en silence. Pourtant, l'Islam lui a garantit des droits inaliénables que, normalement, nul ne doit les lui ôter dont le premier est le droit à l'humanité. C'est-à-dire qu'avant d'être femme, elle est d'abord un être humain digne de vivre décemment comme son frère l'homme et à ses côtés. Elle n'est pas un succube.

La femme est un pôle important de l'humanité. Elle est mère, sœur, épouse, fille. Grâce à sa procréation, elle assure la pérennité à l'espèce humaine si bien qu'un enfant né sous X peut venir au monde sans un père (légitime) mais jamais sans mère. Cet enfant, une fois adulte, commence, d'abord et avant tout, par chercher sa mère en premier et non son géniteur.

Le roman arabe, en tant que reflet direct d'une société éprouvée, voire blessée est souvent l'expression d'une réalité nationale. Son objectif est de battre en brèche certaines idées figées à dessein d'amorcer un changement social et/ou national pour que la nation tout entière puisse se remettre de sa blessure coloniale et prendre ses distances du discours idéologique pour mieux suivre la marche de son temps.

Cependant, il faut faire le distinguo entre modernité et acculturation. Le monde arabe se sent, parfois, outragé, sinon agressé par des idées venues d'ailleurs (Occident, principalement). La civilisation occidentale, arrivée par le biais de la colonisation soit territoriale, soit culturelle provoque un véritable « tsunami culturel. » Toutefois, pour amortir ce choc civilisationnel, il sied que cette modernité soit repensée et adaptée à l'environnement social, culturel et cultuel pour bousculer certaines mœurs fossilisées complètement à côté du monde actuel.

Le roman arabe ou la fiction réaliste

Les romans arabes, en général et maghrébins en particulier, tentent de dresser des frontières (qui ne sont pas toujours étanches) entre la modernité et l'acculturation. Celle-ci est une assimilation des valeurs culturelles d'un groupe (dominant) par un autre (dominé) pour procéder au gommage de la culture d'origine de ce dernier qui veut se distinguer de l'Autre. Pour ce faire, il veille sur sa culture pour garder et confirmer sa propre identité que le système domination veut à tout prix oblitérer.

Par ailleurs, l'homme arabe ne doit pas se dissimuler éternellement derrière cette ambivalence tradition/acculturation pour éluder la modernité. Celle-ci est une mutation incontournable de la société humaine dans son ensemble – et dont fait partie le monde arabe - vers l'évolution. Certes, des frictions, voire des conflits peuvent surgir dans notre société divisée entre conservateurs et modérés.

Ainsi, la littérature arabe se présente comme une littérature de combat pluridisciplinaire. Elle lutte, en même temps, sur plusieurs fronts : historique, sociologique, culturel, cultuel… pour secouer les mentalités figées – qui sont une réelle dynamique de la régression- au moyen de la transgression.

Maturation ou acculturation de la nation arabe ?

La modernité, dans le monde arabe, ne doit pas être importée comme un simple produit de consommation. Elle doit être repensée et adaptée avant d'être appliquée à la société. Elle est un processus d'évolution lent que, si on veut le calquer sur un modèle étranger – occidental, en l'occurrence -, risquera de rencontrer une résistance et dégénère, car considérée comme une agression aux valeurs identitaires. Une modernité qui ne prend pas en ligne de compte l'environnement sociétal ou imposée par le système au pouvoir, pourrait être rejetée pareille à un corps étranger parce qu'elle est incompatible. Elle provoquerait, alors, des déséquilibres sérieux entre les différentes couches et classes sociales antagonistes cohabitant dans la même aire culturelle et cultuelle.

Toute lutte entraîne une mutation au sein de la société et, principalement, au sein de la famille, par exemple parents/enfants, père/fille. Ce qu'on peut appeler, communément, le conflit de générations. Si la situation devient tendue, elle risquera d'effilocher le tissu social déjà fragilisé. D'où, la fille refuse de pérenniser les gestes séculaires de sa mère. Elle estime vivre une vie mutilée par le fait d'être réduite au silence et à l'obédience. Ce qui lui paraît une réelle « mort en vie.» Consciente de ce qui se passe autour d'elle, elle reste, cependant, incapable d'agir pour remédier à sa situation de plus en plus dégradante. Son mutisme et sa soumission la maintiennent dans un état tel qu'il l'empêche de concevoir et de développer un autre mode de vie en fonction de son sexe, de son entourage et aussi de son époque. Autrement dit, elle oscille entre le besoin cardinal d'être émancipée, certes, mais « Différente» - de l'Occidentale, par exemple -, et le désir impérieux de garder son « Même identitaire ». Si les traditions actuelles ne sont ni réformées ni modulées pour répondre aux aspirations de la femme arabe, elles deviendront un frein à son émancipation et, par ricochet, à l'évolution de la société dans son ensemble. C'est la raison pour laquelle les œuvres arabes ont, pour référent, le réel de la vie quotidienne par lequel elles sont infiltrées. Il n'y a pas de rupture entre ce que la femme lit et ce qu'elle vit. La lecture est l'écho de sa vie privée en ce que la littérature suit de prés les mutations socio-historiques, notamment, après les Indépendances sur les plans de la culture et de la communication ainsi que les Droits de l'Homme et ceux de la Femme. Dans ce domaine, la gent féminine est divisée en deux camps quasiment contradictoires :

« Celles qui défendent un rapprochement avec les structures sociales et idéologiques occidentales considérées comme un pas nécessaire pour parvenir à leur commun objectif, et celles qui entreprennent, par contre, une recherche dans les racines de l'Islam et de la tradition afin de bâtir une société plus égalitaire qui ne soit pas aliénée de son passé mais enracinée en lui. »

Ce passage cache mal le visage changeant de la société arabe écartelée entre les valeurs occidentales/orientales, séculières/régulières, traditionnelles/modernistes…. Les romanciers dépeignent, de manière photographique, une société perturbée, désarticulée. Elle n'est pas encore parvenue à fixer son choix sur les valeurs à adopter occidentales ou islamiques. Ce qui provoque la division de la société en classes, parfois, antagonistes.

Les traditions, quelque peu polyphoniques, confondent social et religieux. Les auteurs tentent de les analyser en sociologues pour, justement, traduire aussi fidèlement que possible, leur société dans son espace et en temps réel. Le système patriarcal est présent dans les œuvres. Le père est souvent présenté comme un autocrate. Ses décisions sont souvent unilatérales et irréversibles, exécutées au pied de la lettre et sans commentaire. Recommandations coraniques obligent.

Le poids du père pèse sur toute la famille. Exemple, « Le Vent du sud de Abdelhamid Benhadouga, « Le Passé simple » de Driss Chaïbi, « La Répudiation de Rachid Boudjedra…. Le dialogue est banni. La parole du père est unique à l'instar du Chef unique, du Parti unique, du Dieu Unique. Sa parole relève du logo divin. Ce qui a provoqué une révolte poétique contre le père aussi bien chez Chraïbi que chez Boudjedra. Loin d'être une révolte subversive, la littérature arabe tente de frayer un chemin vers le dialogue -ce grand absent du débat familial- pour créer de nouveaux rapports père/fils, par exemple, et pourquoi non époux/épouse.

Ces romans ne sont pas seulement des œuvres de témoignages, de désenchantement ou de dévoilement de soi. Ils mettent au cœur du débat la question de la femme dans sa réalité nue ou « roman au féminin. »

Il n'est pas vain de rappeler que l'Islam, dès le début de son avènement, à commencer par combattre l'idéologie négationniste contre la femme. La fille a droit à l'existence au même titre que son frère et aussi au bonheur familial. « Celui que Dieu a donné deux filles, disait le Prophète (QSSL), et les a éduquées entrera au Paradis. » De ce fait, l'instruction est rendue obligatoire pour « chaque Musulman» et « chaque Musulmane », disait-Il aussi. La mission première de l'Islam est de battre en brèche les traditions obscurantistes du paganisme qui gérait la vie sociale de l'époque antéislamique. Ce qui fait dire à Germaine Tillon que « Le Coran fut révélé la législation la plus féminine du monde. »

Mustapha Kamel, fondateur de la Turquie moderne, fut l'un des fervents défenseurs de la libération de la femme musulmane :

« La femme ne doit plus s'enfermer ni se dissimuler ni se voiler, car tout le pays en souffrirait. »

Lorsque le voile tombe, le visage apparaît au grand jour et tout le monde le voit. La Musulmane n'est plus un opprobre. C'est le début du bonheur, autant dire de l'honneur.

Une pareille déclaration, émanant d'un homme politique d'un grand pays musulman, est une sédition insidieuse aux structures traditionnelles qui empêchent la femme de s'épanouir. Mustapha Kamel considère que l'émancipation de la femme est l'émancipation de la nation entière.

La première reconnaissance à la femme turque est sa capacité et surtout sa ferme volonté à vouloir s'engager énergiquement dans la bataille de la construction de son pays. Elle veut se prendre en charge en changeant de fonction passant d'objet passif à sujet actif ; de n'être plus obligée d'accepter un époux imposé, de subir l'acte sexuel mais d'y participer pour un meilleur équilibre du couple. Autrement dit, elle refuse son statut de monnaie d'échange. C'est pourquoi, elle revendique haut et fort, à la fois, son humanité et sa féminité. Elle veut, ainsi, trancher avec l'arbitraire canonique du mâle obsolète et d'un autre âge. Ce dernier veut maintenir, contre vents et marées, ses privilèges en s'appuyant sur le texte coranique et la sunna souvent sciemment détournés se leur sens originel.

De ce fait, tabous et préjugés sont battus en brèche. Le conservatisme perd du terrain et cède la place aux idées nouvelles et idéaux modernistes sans, bien sûr, porter atteinte à l'identité culturelle et cultuelle. Le hidjab et le foulard portés sans convictions religieuses ne sont qu'accoutrements. Ceux-ci peuvent être remplacés par une bonne éducation et surtout une bonne instruction poussée à même de booster la fidèle vers une foi pensante et surtout cartésienne que fidéiste, exempte de tout effort de réflexion.

Certes, une pareille déclaration provoque une véritable tectonique des valeurs islamiques, particulièrement au Machrek musulman conservateur. Ce dernier se sent menacé par un renouveau schizophrénique capable de gagner l'ensemble des peuples du Moyen Orient.

Traditions après colonisation

Au Maghreb, par exemple, la situation coloniale a bousculé certaines structures traditionnelles. Il va de soi que la femme maghrébine n'est pas allée jusqu'à perdre son Moi identitaire pour une altérité aliénante ou pour un féminisme européen en reniant sa composante culturelle, voire cultuelle. Roland Barthes considère que « L'altérité est le concept le plus antipathique au ‘'bon sens''. »

La littérature francophone (africaine, maghrébine) est une aire « d'exploration audacieuse des discours tabous, des zones interdites, telles que la sexualité, le désir, la passion, l'amour » au moyen d'un métissage culturel synergique maghrébin, oriental et occidental. Ce qui donne une dynamique d'écriture où fluent des textes pareils à des sources phréatiques qui rend la production littéraire plus fertile.

Dès la fin du XIX° siècle, des intellectuels arabes moyen-orientaux commençaient à prendre conscience de la situation alarmante de la femme musulmane, en général. Pour eux, l'oppression de la femme symbolise l'oppression de la nation tout entière car « La femme est une école, disait Hafedh Ibrahim, si tu la prépares, tu prépareras un peuple racé.» Ces intellectuels ont compris que l'évolution sociale passe obligatoirement par l'émancipation de la femme au moyen de l'éducation et de l'instruction. Il est impossible, pour n'importe quelle nation, d'évoluer si sa moitié est analphabète et, donc, enfermée. Mustapha Kamel l'a bien compris.

Il est à rappeler que « La femme doit être éducatrice. L'homme adulte a été formé par sa mère. » Amin Qassim est un intellectuel. Il a reçu une bonne formation et éducation religieuses pour défendre la femme musulmane, en parfaite connaissance de cause, sans ambages et sous un angle religieux. Il reconnaît que la situation de celle-ci était plus satisfaisante au début de l'avènement de l'Islam que de nos jours. Ce qui montre nettement que la dégradation de sa situation relève moins des lois islamiques que des traditions purement sociales relevant de l'obscurantisme. Ce qui lui a valu les foudres de ses opposants fondamentalistes conservateurs. Il faut rappeler que ces divergences de vue entre conservateurs frileux et ceux modérés ont pu préserver la culture arabo-musulmane contre toute forme d'aliénation.

« Nous pouvons affirmer, disait Abdel Fettah N. Sayyad, que la législation musulmane (…) pourrait, sans innovations, assurer à la femme musulmane, dans la famille et dans la société, une situation au moins égale à ses sœurs occidentales. Il suffirait que nos législateurs ne s'enferment pas dans les prescriptions des quatre rites orthodoxes. »

Cela montre que les intellectuels arabes ne sont pas hermétiques aux valeurs occidentales lorsqu'elles mettent le doigt sur certaines tares sociales tel que le fondamentalisme religieux et/ou politique aliénant. Elles peuvent être revues et modulées pour se mettre au diapason du concert des nations évoluées. Ce qui permet de procéder à un réel lifting, à la fois, de l'Islam et de la nation tout entière pour empêcher, sinon, freiner le délabrement du « Moi » individuel et social musulman. L'entité humaine de la femme reste entière et n'est pas fondue dans le groupe. Elle est reconnue en tant qu'entité physique et morale, mais aussi en tant que membre de la communauté. Elle se rebelle contre l'attitude sociale à son encontre qui l'étouffe par son poids de plus en plus insupportable. La société musulmane est celle du Livre (Coran) où tout est consigné. Alors pourquoi ne pas s'y référer pour éviter tout déni de justice contre la femme ? Pour Tahar Haddad, la femme est un « Trésor familial recouvert par la poussière. Il s'indigne contre les pratiques immuables auxquelles les conservateurs restent fidèles. »

« C'est la femme qui donne naissance au peuple, c'est à elle aussi de l'élever, de l'éduquer. Notre espoir est en elle pour préparer la jeunesse à entrer dans la vie avec une conception claire du devoir. »

La femme arabe : être ou paraître ?

Dans les romans arabes en général, qu'ils soient maghrébins ou moyen- orientaux, nous relevons une relative positivité de la femme jointe, en même temps, d'une négativité mais sans fondement. Un texte écrit par une écrivaine souligne des qualités positives de la femme, mais aussi de certains auteurs, comme Tahar Haddad. L'objet de naissance de l'œuvre est souvent la femme réduite à un simple produit de consommation, parfois jetable après usage. Autrement dit, elle reste un discours social en ce qu'elle est spoliée de sa propre existence. Elle n'existe pas par elle-même. Elle ne peut – voire ne doit – l'être qu'à travers le mâle, qu'il soit père ou mari qui sont, à même, de lui servir de certificat de garantie de sa dignité sociale et sa sécurité matérielle.

La femme arabe tente, en vain, de rompre le cordon qui l'enchaîne à l'homme tutélaire au point d'avoir l'illusion d'être congénitalement incapable de s'émanciper. Son vœu est d'avoir les mêmes droits que l'Autre occidentale en évitant l'altérité pour conserver son Moi identitaire. La sororité arabo-musulmane n'a-t-elle pas atteint sa maturité pour constituer une solidarité féministe afin de contester sa situation et revendiquer ses droits accordés par l'Islam ? La femme arabe est à la croisée entre l'Histoire, la Mémoire et l'Identité. Les œuvres arabes montrent, avec réalisme, la violence à laquelle elle est exposée. Elle est adulée pour son corps et honnie pour le reste parce qu'elle est, à la fois, « séduction et sédition. »

Elle est considérée comme une entité simplement physique comme si la fission entre le corps et l'esprit féminins est une obsession chez l'homme. Le corps devient un bien particulier de l'homme mais privé d'âme. Il n'appartient pas à sa propriétaire. D'où, la sexualité féminine a une place réduite en peau de chagrin dans l'éducation de la fille. Son corps est pour autrui et non un « corps-moi. » Son corps lui est confisqué et sa vie volée. Tel est le discours dominant dans les textes littéraires musulmans.

« Tu n'as aucune raison de t'attrister, ma chérie. De toute éternité, les maisons appartiennent aux femmes et le monde aux hommes. »

« Une jeune fille, il faut élever un bon mur entre elle et le monde. »

Les deux romans, algérien et égyptien, montrent que toutes les femmes arabes sont logées sous la même enseigne de la violence, notamment dans la société traditionnelle. La maison est l'espace quasi naturel de la gent féminine tandis que la rue appartient exclusivement – ou presque – à l'homme. L'œuvre devient une lecture d'idées portée sur un discours dramatisant sur le pan cultuel. Ainsi, elle ne répond pas à la ligne éditoriale du discours officiel. La claustration de la femme ne semble pas relever du cultuel mais du culturel pour mieux la surveiller, donc mieux la dompter dans le sens de l'assujettir pour lui éviter tout risque d'esprit d'insubordination et, par la même, de licence.

En conclusion, la littérature arabe présente un diagnostic exhaustif de l'état actuel de la société sans procès d'intention. Elle tente d'adapter un aggiornamento entre la tradition et la modernité. Si elle est stylo-caméra, elle ne relève pas d'une écriture-scalpel. Elle ne se veut même pas séditieuse contre l'ordre social établi. Elle est peut être un pronunciamiento afin d'inviter les autorités politiques et religieuses à réfléchir sur une plateforme à même d'assurer une transition congruente vers la modernité. L'écriture devient alors une voie, sinon une voix féministe de revendications intellectuelles.

D'autre part, les textes sont un clin d'œil pour montrer que le conservatisme est non seulement un frein à l'émancipation de la femme, mais à toute la société, voire la nation tout entière. La description des scènes sexuelles violentes dans « Le Voile de la peur » et « La Femme lapidée » a pour effet de produire un électrochoc thérapeutique pour émouvoir le lecteur plus que la lectrice. C'est une invite discrète à l'homme de revoir sa conduite vis-à-vis de la femme. Même la sexualité a une éthique que, si elle est respectée, peut modifier radicalement les relations homme/femme, voire entre les membres du groupe et/ou de la société. Le pouvoir des textes littéraires étudiés est d'essayer de façonner une nouvelle aube pour la société arabe de demain. Alors…appliquons-les dans la vie de tous les jours. Pour le reste, on verra plus tard.

* Docteur ès lettres Maître de conférences.Université de Chlef.