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Les «empreintes du GRAS» : l'éclairage pertinent des sciences sociales

par Merouane Boukrissa *

L'Unité de Recherche en Sciences Sociales et Santé – GRAS – a franchi une nouvelle étape dans son développement, par la parution du bulletin : « Les Empreintes du GRAS ». La création de ce bulletin annuel en sociologie et en anthropologie de la santé, s'inscrit dans un long processus de progression et d'essor de cette discipline en Algérie, afin de répondre et d'être encore plus proche des attentes de multiples acteurs de la santé : étudiants, sociologues, soignants, usagers, associations de malades, société civile…

Nous retrouvons dans ce premier numéro, l'essentiel de l'actualité scientifique de l'année 2013, de l'unité de recherche dirigée par le sociologue, le professeur Mohamed Mebtoul. La diversité des thématiques abordées sont construites sur une approche globale de la santé, prenant en compte différentes dimensions physiques, psychologiques, sociales et environnementales, qu'elle recouvre et y consacre toutes les réflexions et actions de recherche.

Les différentes rubriques sont agencées de façon cohérente et s'articulent autour des questions de pratique de santé publique, de réflexions théoriques, d'espace critique et les différentes publications et ouvrages réalisés par le GRAS. La question du vieillissement est abordée par le sociologue français Vincent Caradec. Le nombre de personnes âgées ne cessant de croitre grâce aux progrès de la médecine et à l'amélioration des conditions de vie, alors que la natalité est en baisse, se pose alors, un réel problème de dépendance et lieux de vie des personnes âgées ; cela doit nous inciter à interroger nos conceptions pour passer de concept de la personne âgée « objet » à la personne âgée « sujet ». Cette problématique génère dans sa compréhension une somme de questions et d'interpellations d'études quant à sa soutenabilité financière à moyen et long terme.

A ce propos, le thème de l'économie et santé est traité par un panel de chercheurs qui pose les questionnements ayant trait à la compréhension du système de santé publique en Algérie et à la qualité des soins, sans occulter les inégalités d'accès à ces soins. Il semble en effet important d'accéder à la connaissance fine des réalités socionaitaires en partant de regards pluridisciplinaires. En 2013, les stratégies de santé font amplement l'objet de conférences et communications mettant l'accent sur la nécessaire réforme du système de soins selon Pr Aberkane Abdelhamid, ex-ministre de la santé, et ce, par « la décentralisation, la gouvernance locale, régionale et nationale, et la mise en adéquation des programmes de santé avec les besoins de la population ». Cette gouvernance, qui, selon Mr Mohamed Mazouni, ex-ministre, doit obéir à l'exigence de performance et démontrée par l'exemple de l'entropie qui s'applique actuellement à la situation de l'Algérie. Pour lui, « les effets de l'entropie se traduisent par un pléthore d'effectifs non qualifiés, la déperdition d'effectifs qualifiés, la perte de foi, le repli sur soi et l'abandon du projet collectif. En concluant que l'entropie est la conséquence de l'absence ou de la faiblesse de l'organisation ». Face à « un marché de la santé segmenté qui met en scène des stratégies et des légitimités socioprofessionnelles différentes selon les catégories de thérapeutes, la captation de la clientèle semble indissociable d'un ensemble de valeurs, de logiques sociales et de motivations qui prédominent dans la société : la violence de l'argent, la prégnance du capital relationnel, le religieux, le pouvoir d'ordre, la forte médicalisation des questions sociales (la sexualité, le stress, etc.). Ce marché de la santé peu régulé, se renforce et prospère dans un environnement social et sanitaire producteur d'incertitudes, de défiance et d'exclusion des personnes malades anonymes peu reconnues dans l'espace dit public. » (Mohamed Mebtoul), les conduisant « à naviguer entre contraintes et opportunités «(Bensa, 2010) pour tenter de se soigner. C'est donc grâce à la participation des acteurs de terrain et des chercheurs, que le bulletin les «empreintes du GRAS» a pu voir le jour. , «Les empreintes du GRAS «s'appuient sur les acquis obtenus dans les différents travaux en Sciences Sociales et Santé, en privilégiant une posture critique et rigoureuse sur les aspects au cœur de leurs préoccupations de recherche :» santé et citoyenneté «, «genre et santé», «cancers et société » «Ethique et santé «, » environnement, santé « , «handicap et société», «Familles et Santé» «sexualité et sociét黅

Les « empreintes du GRAS » appréhendent la question centrale de l'accueil dans les structures de soins. Les auteurs montrent bien que l'accueil est marginalisé et peu valorisé par les professionnels de la santé. L'organisation des soins est amputée de la dimension humaine et sociale, alors qu'il est essentiel de « prendre soin » de la personne. L'accueil est au cœur des préoccupations des malades, «l'accueil nous rend malades» disent certains patients, à fortiori, quand ces derniers, anonymes font l'objet de discrimination par un accueil sélectif au profit d'autres patients, amplifiant ainsi leur frustration. L'humanisation de l'hôpital contre l'efficacité médicale « froide » ou la rencontre du social avec le médical, tient compte de l'aspect de prise en charge du patient dans sa globalité, incluant famille, milieu de travail, cadre de vie, etc. Enfin, « les empreintes du GRAS » restituent les résultats de recherches obtenus à partir d'un travail de terrain de longue durée, en s'appuyant sur les disciplines des sciences sociales dans champ socio-sanitaire. Ces résultats montrent bien l'importance de la subjectivité des acteurs, des trajectoires souvent chaotiques des malades sans « piston » contraints à l'errance sociale et thérapeutique, très peu écoutés, où leur parole est souvent marginale dans des institutions de santé plus préoccupées par l'acte technique, oubliant souvent que l'écoute est au centre des soins, pouvant être déterminante pour appréhender finement la complexité de l'évènement maladie.

* Médecin au CHU Oran