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De si difficiles négociations

par Yazid Alilat

Une réunion informelle doit de nouveau réunir mercredi et jeudi prochain à Manhasset, près de New-York, Sahraouis et Marocains pour une reprise directe des pourparlers devant mener vers une sortie politique consensuelle à un conflit vieux de 35 ans.

 Toutes les parties concernées, directement ou indirectement, manifestent, à un peu plus d'une semaine de ces négociations maroco-sahraouies, qui se tiendront sous les auspices des Nations unies, leur disponibilité à faire avancer un lourd processus de paix, bloqué depuis 1991 par Rabat, et qui devrait aboutir à un référendum d'autodétermination au Sahara Occidental. Hélas, nous n'en sommes pas encore là, même si le cessez-le-feu décidé en 1991 sous l'égide des Nations unies n'a pas encore impacté, du fait de manoeuvres dilatoires des Marocains, un processus politique ouvrant la voie à l'autodétermination du peuple sahraoui.

 A la veille de cette réunion informelle de Manhasset, qui doit mettre en place les mécanismes pour la tenue d'un 5e round de négociations directes entre le Front Polisario et le Maroc, les bonnes intentions s'affichent, tant à Paris qu'à Madrid, deux capitales qui ont pesé et pèsent toujours sur toute sortie politique de ce conflit. «Il faut une solution définitive et durable pour le Sahara Occidental», clame Miguel Angel Moratinos, chef de la diplomatie espagnole. Une déclaration faite sous le sceau de la présidence de l'Union européenne, qui donne une certaine tonalité à la position de Madrid dans le processus de paix mené par l'ONU, et notamment la résolution onusienne 1871. Car Madrid, qui affiche aujourd'hui alors qu'elle assure la présidence tournante de l'UE, son soudain penchant pour une solution politique rapide, durable et consensuelle au Sahara Occidental, a habitué les observateurs à des positions moins tranchées, moins claires. C'est également la même observation que l'on peut faire de la position française sur ce dossier. La réunion informelle de Manhasset semble avoir dégrisé la diplomatie française, qui a manifesté un ferme soutien «à la démarche» de M. Christopher Ross, chargé par M. Ban Ki Moon de mener les processus de négociations entre les parties au conflit vers une issue rapide et consensuelle. Car sur la table des négociations, il y a la revendication sahraouie pour un référendum d'autodétermination dans ce territoire occupé par le Maroc depuis 1975, et de l'autre la proposition de Rabat d'une large autonomie au sein de ce territoire sous l'autorité du Maroc. La France, qui déclare soutenir les efforts de M. Ross, n'a pas cependant fait plus de concessions sur sa position, qui a toujours protégé et soutenu l'autre partie au conflit, le Maroc. Tout comme l'Espagne, à qui incombe la responsabilité historique de cette situation, et qui n'a jusqu'à présent pas voulu faire plus pour le règlement définitif de ce conflit. C'est comme si Paris et Madrid jouent une partie de cartes au cours de laquelle ils ne veulent pas sacrifier tous leurs atouts dans les enjeux géostratégiques de la région, et avancent leurs pions au gré des avancées de ce dernier dossier de décolonisation en Afrique. C'est également comme si beaucoup, qui peuvent aider à trouver une solution rapide et durable au conflit, ne veulent pas trop hâter un processus de retour à la paix dans la région maghrébine. C'est cette donne qui a fait que le conflit s'enlise, s'éternise.