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L'Etat
américain, fondé sur la sacralisation du droit et de la démocratie, est une
indéniable réalité à l'intérieur de ses frontières. Au-delà, les principes du
droit n'ont plus cours et seuls comptent les intérêts des lobbies qui
déterminent effectivement la stratégie mondiale des Etats-Unis. Les juristes
qui forment le gros des élites politiques - le président Obama lui-même en fait
partie - admettent que le droit international est inférieur au consensus de
nature impériale de la diplomatie américaine qui transcende les évanescentes
divergences partisanes. La politique étrangère américaine est donc dégagée du
droit et s'articule sur la puissance asservie à l'influence de groupes de
pression. Le rapport intitulé « Pourquoi le Maghreb compte », diffusé fin mars
par le Potomac Institute, un think-tank à coloration démocrate, en offre une
illustration éclatante. Dirigé par un conseil d'administration où siège
notamment l'ex-secrétaire d'Etat Madeleine Albright (auteur d'un sinistre «
nous pensons que ce prix en vaut la peine » au sujet de 500.000 enfants
irakiens morts en raison de l'embargo), ou le général Wesley Clark (ancien chef
de l'OTAN et responsable direct des bombardements de la Serbie), le think-tank
défend un renouvellement de l'approche diplomatique des Etats-Unis vis-à-vis du
Maghreb.
Pour les auteurs du rapport, le Maghreb devrait être considéré comme un groupe régional distinct de l'ensemble « Moyen-Orient-Afrique du Nord » et les Etats-Unis devraient s'impliquer activement dans la résolution des problèmes nord-africains. La raison fondamentale qui justifie ce regain d'intérêt pour le Maghreb est, bien entendu, la lutte contre le terrorisme et les dangers d'une déstabilisation généralisée de la région, ce qui menacerait les intérêts des Américains et de leurs alliés. Pour éviter un tel scénario, les éminences qui ont présidé à la rédaction du rapport préconisent notamment le renforcement des relations économiques des Etats-Unis avec les pays du Maghreb, le soutien à la relance de l'UMA en vue de la création d'une zone économique intégrée. Pour les experts des rives du Potomac, la réponse à la situation du Maghreb est essentiellement de nature économique. Mais le principal obstacle à la dynamique d'intégration régionale est le problème du Sahara Occidental. Pour le Potomac Institute, la solution serait de soutenir résolument la monarchie marocaine dans son projet d'autonomie-annexion. Le peuple sahraoui, démographiquement insignifiant, selon les analystes démocrates, est évacué en quelques lignes, et la décision de 1975 de la Cour internationale de Justice, reconnaissant le droit à l'autodétermination du Sahara Occidental, est tout simplement ignorée. Le droit est mis entre parenthèses et l'on peut disposer du sort des peuples avec une grande désinvolture. C'est sur cette base que l'administration Obama est invitée à prendre position au Conseil de Sécurité. Les conditions politiques internes de chacun des pays étant évoquées avec une surprenante légèreté, il apparaît pour les rédacteurs du rapport du Potomac Institute que les peuples n'existent pas, ou si peu. Le Maghreb serait un espace économique et pas encore une zone de droit. La reconstruction des relations avec les peuples arabo-musulmans voulue par Obama est-elle servie par de telles constructions ? On peut en douter. |
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