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Le colonialisme et la colonisation vus par...

par Belkacem Ahcène Djaballah

Ce système [colonial] ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d'asservissement et d'exploitation. Les fautes et les crimes du passé furent impardonnables (Nicolas Sarkozy, président français. Déclaration à Constantine, décembre 2007).

L'Algérie française ? Cette expression est, à elle seule, une insulte au bon sens (Ferhat Abbas, «La nuit coloniale», achevé en septembre 1960. Essai © Réédité par le ministère de la Culture, Alger 2009)

-Les trois départements de la rive sud de la Méditerranée n'ont jamais constitué une zone de droit à l'identique de la métropole (Sylvie Thénault, « Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d'Algérie ». Essai © Editions Edif 2000, Alger 2010)

Ceux qui décident de rester aux côtés de l'armée coloniale, l'ont décidé en toute liberté. Ils ont fait leur choix en leur âme et conscience. Les plaies ne seront plus jamais refermées (Taklit Saâd, « Djebel Tafat. Bougaâ de 1830 à 1962. Histoire et légendes ». Récit © Editions Dahlab, Alger 2012)

-Pendant cent trente-deux ans, l'Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal, ce système a un nom, c'est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien (François Hollande, président français, devant des parlementaires algériens, 2012)

Toute pratique coloniale est habitée par une pulsion interne : l'ivresse de la force, une sombre émulation de tuer et, s'il le faut, de périr. Au-delà de la recherche du profit, elle se construit sur la crête d'une ligne intense : la ligne froide de la force et de la destruction pure (Mbembe Achille, « Sortir de la grande nuit. Essai sur l'Afrique décolonisée ». Essai © Chihab Editions, Alger 2013)

La prospérité et le bien-être résultant « de l'œuvre merveilleuse des colons d'Algérie donnant le meilleur d'eux-mêmes au progrès du bonheur humain, à la France » relève du mensonge le plus éhonté ou du délire psychiatrique (Amar Bentoumi , « Crime et infamie. La colonisation vécue par un Algérien, 1923-1962 ». Essai © Casbah Editions, Alger 2013)

L'exploitation coloniale : le vrai visage du capitalisme ? Non, l'un des plus terribles (Le Cour Grandmaison Olivier, « L'Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies ». Essai © Editions Apic, Alger 2015)

-Le poids du passé colonial est bien plus douloureux en Algérie qu'en Tunisie ou au Maroc : nulle part, une colonisation ne fut aussi pesante, une lutte de libération aussi sanglante (Gilbert Meynier in Insaniyat, « Algérie 1962 » © Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales / Ouvrage collectif du Crasc, n° 65-66, juillet-décembre 2014 (Vol. XVIII, 3 -4), Oran 2015)

L'armée française vaincue pendant la Seconde Guerre mondiale a gardé une fascination vis-à-vis de son bourreau nazi. Elle veut se hisser à hauteur de son vainqueur d'hier. Pour cela, elle adopte et pratique ses méthodes de tortures, ses jugements expéditifs et ses exécutions sommaires. Une revanche sur l'histoire qui transforme l'élève humilié en tortionnaire Ss (Benyaa Kamel, « Mes souvenirs au passé composé. Sidi Aïch : 1952-1962 ». Récit © Lazhari Labter Editions & Edition Pixal Communication, Alger 2015)

Durant plus d'un siècle, ils se sont crus la race des conquérants, des seigneurs et ils n'avaient rien vu venir, n'avaient rien compris ni à cette terre, ni à ce peuple des pouilleux, des ratons, des bougnoules ! Depuis la conquête, ils en ont tué, gazé, enfumé, bombardé, napalmé, mitraillé, torturé (Saâdi Nourredine, « Boulevard de l'abîme ». Roman © Editions Barzakh, Alger 2017)

Pendant 132 ans, ces roumis dont certains descendants glosent encore aujourd'hui sur les « bienfaits » de la colonisation-aménagèrent la terre algérienne à leur profit exclusif, tirant parti de ses richesses et du travail de son peuple, sans ne rien donner en échange que des miettes, sur fond de discrimination sociale et de racisme (Jean Sadek Massebœuf. Itinéraire d'un médecin algérien (volume 1, 1908-1962). Essai (biographique) de Jean-Louis Massebœuf © Editions Média Plus, Constantine 2017)

Toute colonisation est, par définition, barbare, suscitée par une volonté brutale d'imposer son modèle de représentation de soi et du monde, fût-ce au prix de la pire des violences (Mili Badr'eddine, « L'opposition politique en Algérie ». Monographie © Casbah Editions, Alger 2017)

L'année 1930, qui marque le centenaire de la colonisation, est donc fêtée comme prévu. Tout le monde a festoyé, dansé, jubilé. L'humiliation atteint son comble : désormais l'indigène n'est évoqué que dans les plaisanteries ou présenté comme « objet de curiosité ». Pendant ce temps, une autre frange d'indigènes, des indigènes de service définitivement soumis, étalent leurs démonstrations de loyalisme et d'allégeance à la France coloniale (Mohamed Imache, « Amar Imache. Le pionnier occulté ». Essai © Koukou Editions Barzakh, Alger 2017)

La colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un (...) crime contre l'humanité, c'est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes (Emmanuel Macron , alors candidat à l'élection présidentielle française ).Interview à une télévision algérienne, 15 février 2017)

-Avec la colonisation, nous (les Français) avons trahi nos valeurs (Dominique de Villepin, ancien premier ministre français. Conférence © Ecole supérieure algérienne des affaires, Alger, mardi 27 mars 2018)

En raison des désastres humains dont elle a été la cause, la colonisation de peuplement est devenue synonyme de barbarie et de génocide (Hosni Kitouni, chercheur indépendant, « Le désordre colonial. L'Algérie à l'épreuve de la colonisation de peuplement ». Essai © Casbah Editions, Alger 2018)

-Le colonialisme français honteux et hypocrite, qui n'ose pas dire son nom, est peut-être plus virulent, plus radical que tout autre. ( Notes pour une esquisse de l'état d'âme du colonisé, texte paru fin 1958 in Jean El Mouhoub Amrouche, « Je suis un champ de bataille ». Écrits (Textes réunis et présentés par Rejane et Pierre Le Baut © Editions Frantz Fanon, Boumerdès 2020)

-La colonisation algérienne ne ressemble à aucune autre colonisation. Nous devons des excuses (à l'Algérie), (Jean Michel Apathie, journaliste LCI-France © Repris par Aps-Alger samedi 23 janvier 2021)

L'aveuglement de la France face à son passé colonial existe à l'évidence, même s'il est sans doute aujourd'hui davantage une construction politique délibérée (Claire Mauss-Copeaux, historienne, citée in Aziz Mouats, « Les galets de Sidi Ahmed ». Recherche historique © Editions el Qobia, Alger 2021)

-Ce que nous voulons, c'est une mémoire apaisée, reconnue. Qu'on sorte de cette fable d'Algérie terra nullius où la colonisation aurait apporté la civilisation. Cela dit, ce n'est pas la France de Voltaire, la France des Lumières que l'on juge. C'est la France coloniale (Abdelmadjid Tebboune, président de la République. Interview © Le Point/France, lundi 24 mai, publiée le 2 juin 2021) -La colonisation, quel que soit le pays, est une barbarie, l'asservissement d'un peuple par un pays étranger; et il en a été de l'Algérie comme des autres pays colonisés. Reconnaître, ce n'est ni demander pardon ni faire repentance, c'est dire et faire savoir la réalité du fait colonial (Association nationale des pieds-noirs progressistes/France. Texte remis à Emmanuel Macron, lors de l'invitation à l'Elysée, 26 janvier 2022.Extrait © El Watan, mardi 1er février 2022)

La colonisation était un crime, on ne nous avait enseigné que d'illusoires bienfaits (Marie-Joëlle Rupp, in Nazim Benhabib et Emile Martinez/Coordination, « Je suis vêtue de peau fraternelle. Dans l'intimité des mémoires algéro-françaises ». Ouvrage collectif © Editions Frantz Fanon, Alger 2022)

-Je savais que cette histoire avec l'Algérie, nous ne pouvions l'écrire en commun car nos mémoires sont différentes .C'est à la France de laver son Histoire (Maleyka Fredj, «La décoloniale ». Mémoires-Essai © Editions Frantz Fanon, Boumerdès 2023)

-Le excuses sont incontournables. Il est essentiel, pour la France, de demander pardon à l'Algérie, pour les crimes perpétrés durant 132 ans de colonisation (Dominique De Villepin, ancien Premier ministre français et ancien MAE. Conférence à l'Université d'Alger 3, lundi 20 mai 2024)

-Je ne demande pas à l'ancien colonisateur de réparations matérielles mais bien la reconnaissance de ses crimes. Les Algériens ont un droit imprescriptible et ils exigent la reconnaissance des massacres commis par le colonisateur (Président A. Tebboune, Discours sur l'état de la Nation. Extrait. Palais des nations, Alger lundi 30 décembre 2024)

-Un projet de loi vantant les « aspects positifs » de la colonisation était voté en 2005 par le Parlement français. C'était ajouter l'injure à la blessure (Hachemi Siagh, « La revanche du dernier des indigènes ». Récit © Casbah Editions, Alger 2024).