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Histoire :
Du Président Ben Bella au Président Tebboune : Soixante ans de diplomatie sacrée algérienne
par Oukaci Lounis* Le Discours de Mohamed Khemisti (1962), matrice sacrée de la diplomatie algérienne et lecture géopolitique 1962-2025 Le discours prononcé par Mohamed Khemisti à l’Assemblée générale de l’ONU le 12 octobre 1962 constitue un texte fondateur, souvent oublié, qui porte en germe la matrice doctrinale de la diplomatie algérienne moderne. Cet article en propose une relecture approfondie à la lumière des tensions géopolitiques contemporaines (Afrique du Nord, Afrique sahélienne, relations algéro-françaises, néocolonialisme systémique). En révélant la dimension quasi sacrée de la continuité diplomatique algérienne entre 1962 et 2025, il offre une interprétation inédite, située au croisement de l’histoire politique, des sciences diplomatiques et de l’analyse stratégique. A. Analyse exhaustive du discours de Mohamed Khemisti (ONU - 12 octobre 1962) Structure générale du discours: ce n’est pas un discours technique : c’est un discours-fondateur, un discours doctrinal, une profession de foi diplomatique. Idée centrale : l’anticolonialisme comme identité (« religion ») de l’État algérien : la phrase essentielle du discours, politiquement et historiquement, est : «Notre anticolonialisme a été et sera notre religion.». Cela engage plusieurs dimensions : - Une doctrine: l’Algérie ne conçoit pas son existence internationale hors de l’anticolonialisme. - Une identité collective : le discours lie l’anticolonialisme à l’être même du peuple algérien. C’est une définition ontologique, et non seulement politique. - Un programme diplomatique permanent:Khemisti avertit:les chancelleries devront intégrer que toute position algérienne est déterminée par cette matrice anticolonialiste. - Une symbiose peuple-État unique au monde en 1962 : il insiste deux fois : -- «Rarement une attitude gouvernementale aura été en complète symbiose avec les désirs profonds d’un peuple.» -- «Rarement cette attitude aura reçu un soutien aussi unanime.» Il affirme que la politique étrangère de l’Algérie est unanimement légitimée, ce qui donne à l’Algérie une force morale exceptionnelle dans la décolonisation mondiale. Description profonde du traumatisme colonial : Khemisti place son discours sous un argument anthropologique : «Le colonialisme qui a cruellement labouré les chairs du peuple algérien (...) a créé un réflexe indéracinable d’opposition.» Ce passage est crucial : • Le colonialisme n’est pas seulement un système politique : c’est une violence ontologique, une marque «dans la chair». • Le « réflexe indéracinable » indique que l’anticolonialisme n’est pas idéologique mais réactionnel, inscrit dans la mémoire du corps social. • Khemisti affirme une vérité rarement dite à l’ONU en 1962 : -- Les colonisés ne peuvent pas oublier. -- Les anciens colonisateurs ne comprennent pas la profondeur du traumatisme. C’est une mise en garde stratégique adressée directement à la France, mais aussi au monde. Doctrine algérienne sur la décolonisation : Khemisti établit les quatre fondements durables de la politique étrangère algérienne : 1. L’anticolonialisme comme axe permanent : Les États doivent comprendre que l’Algérie votera, parlera et agira en fonction de ce principe. 2. La négociation pacifique : Même en adoptant une position révolutionnaire, l’Algérie prône « la négociation pacifique ». Cela nuance l’idéologie : l’Algérie n’est pas un acteur de confrontation, mais un acteur de résolution. 3. Méfiance envers les résolutions onusiennes : Passage important et audacieux pour un nouveau membre : « L’efficacité des résolutions que nous voterions resterait souvent à démontrer... notre expérience aux Nations Unies nous incline au doute. » C’est un signal clair : -- L’Algérie soutiendra les peuples colonisés, -- mais n’a aucune illusion sur le droit international tant qu’il sert les puissances. Alerte sur le néocolonialisme : L’analyse de l’Algérie, lucide et étonnamment moderne, dénonce un « néocolonialisme souterrain » générant des crises répétées. Le pays identifie, dès sa sortie du colonialisme, les futures formes de domination en Afrique : aides conditionnelles, dépendances économiques, ingérences politiques, pénétration culturelle et pressions militaires indirectes. Une vision prophétique de l’évolution du continent africain. Doctrine de « coopération sans subordination » à la France : Ce passage clé du discours véhicule un triple message. L’Algérie aspire à une coopération, mais rejette toute subordination ou atteinte néocolonialiste, et entend protéger ses acquis révolutionnaires. Cet avertissement diplomatique est formulé avec précision. Il rend hommage aux Français « amis » en remerciant ceux qui ont soutenu la Révolution et en évoquant le sort des prisonniers politiques en France. Cette main tendue humaniste témoigne également d’une exigence morale. Il annonce la transformation socialiste de l’Algérie, soulignant la nécessité de reconvertir les structures coloniales. Cette déclaration marque la doctrine économique algérienne, visant à remplacer les structures capitalistes coloniales par une restructuration socialiste et un développement autonome. Il projette une Algérie nouvelle, façonnée sur le long terme, affirmant que l’Algérie est un projet civilisationnel et non un simple État improvisé. L’extrait concernant la France est un chef-d’œuvre diplomatique. Un passage clé affirme : « Progressivement, une autre Algérie émergera... ses dirigeants et son peuple (...) s’efforceront d’atténuer pour la France les répercussions des changements nécessaires qu’exige notre révolution. » Ce passage recèle huit niveaux de sens : l’Algérie connaîtra une transformation socialiste profonde, révolutionnaire et irréversible. Ce changement affectera la France, et si l’Algérie cherche à en minimiser l’impact, elle ne renoncera pas à cette transformation. La France doit accepter cette évolution. C’est un message de rupture en douceur : nous allons changer, vous devez vous adapter. Maîtrise rhétorique et maturité politique : Le discours de Khemisti se distingue par sa triple singularité : absence de flatterie, même envers l’ONU ; absence de demande d’aide ou de reconnaissance spéciale ; affirmation d’une doctrine de souveraineté nationale. En quatre minutes, il positionne l’Algérie dans le camp de la décolonisation, du non-alignement responsable, de la souveraineté révolutionnaire, de la coopération conditionnée et de la dignité diplomatique. Un discours fondateur, une matrice durable. Ce discours renferme les éléments constitutifs de la diplomatie algérienne de 1962 à 2025 : anticolonialisme, refus du néocolonialisme, non-alignement, défense de la souveraineté, ouverture conditionnée à la coopération, transformation socialiste interne et relation complexe mais nécessaire avec la France. Ce bref discours constitue l’acte de naissance diplomatique de la République algérienne. Depuis 1962, la politique algérienne est restée fidèle à cette architecture idéologique, une « continuité sacrée » que cette analyse démontre à travers ce texte fondateur. II. La diplomatie algérienne, 1962-2025 : continuité, idéologies et géopolitique. Son discours, bien que bref, est fondateur. Il constitue l’acte de naissance de la « doctrine algérienne », pilier de la politique étrangère algérienne. Cette analyse examine les dimensions structurelles, idéologiques, linguistiques et géopolitiques de ce discours, en l’inscrivant dans une double démarche : 1. Une approche historico-idéologique situant la déclaration dans le contexte du colonialisme français et de la guerre d’indépendance. 2. Une approche géopolitique considérant ce discours comme un texte fondateur, dont les principes ont été constamment réaffirmés pendant soixante ans, jusqu’à devenir une constante de la diplomatie algérienne. I. Contexte historique et symbolique du discours 1. L’admission de l’Algérie à l’ONU : L’admission de l’Algérie à l’ONU le 8 octobre 1962 est un événement d’une immense portée symbolique. Elle consacre l’entrée dans le système international d’un État issu d’une révolution inédite par son intensité, sa durée, son caractère populaire et sa structuration politico-militaire. Le discours du 12 octobre marque la première prise de parole de l’Algérie indépendante dans un cadre multilatéral universel. Il engage la définition de son identité diplomatique et la manière dont elle souhaite être perçue par les grandes puissances, les États du tiers-monde et les peuples sous domination coloniale. 2. Une parole après 132 ans de dépossession : Le ministre s’exprime au nom d’une nation ressuscitée après 132 ans de dépossession coloniale et une guerre de libération de plus de sept ans. Cette histoire explique la profondeur des propos de Khemisti. Au-delà d’un discours de circonstance, il s’agit d’une proclamation identitaire, un texte chargé de mémoire et de traumatisme, où chaque phrase condense une densité historique exceptionnelle. 3. Le positionnement international d’un État révolutionnaire : Le jeune État algérien s’insère dans un contexte international marqué par la Guerre froide, la décolonisation et l’émergence du mouvement des non-alignés. Refusant l’alignement sur les blocs occidental et soviétique, l’Algérie se positionne comme l’expression politique du tiers-monde révolutionnaire. Cet article soutient une hypothèse forte : Ce discours n’est pas un événement protocolaire : il est le code génétique de la politique extérieure algérienne de 1962 à 2025. Il contient, sous une forme embryonnaire, la lecture identitaire, géopolitique et stratégique qui structurera les relations internationales de l’Algérie tout au long des six décennies suivantes. III. L’anticolonialisme comme matrice identitaire 1. Formulation théologique : La célèbre phrase de Khemisti, « Notre anticolonialisme a été et restera notre religion », établit une théologie politique de la souveraineté algérienne, transcendant l’emphase oratoire. Elle comprend trois dimensions : sacrée et non négociable, collective et portée par le peuple, permanente et indépendante des alternances politiques. Le refus du colonialisme devient ainsi une constante ontologique de l’État algérien, et non un simple principe. 2. Une symbiose peuple-État : Khemisti affirme explicitement que la diplomatie incarne les aspirations profondes du peuple : « Rarement une attitude gouvernementale aura été en symbiose avec les désirs d’un peuple. » Dans une période où la plupart des nations indépendantes peinent à définir un cap politique clair, cette symbiose confère à l’Algérie une singularité historique. 3. Mémoire vive et politique étrangère : Khemisti décrit le colonialisme comme ayant « labouré les chairs » du peuple algérien. Cette image corporelle ancre l’opposition au colonialisme non pas dans une idéologie, mais dans une réaction organique et viscérale du corps social. IV. Une lecture précoce du néocolonialisme. Khemisti fit preuve d’une remarquable clairvoyance quant aux formes émergentes de domination occidentale, mettant en garde, un mois seulement après l’indépendance, contre un néocolonialisme « souterrain et déguisé » prêt à supplanter le pouvoir colonial direct. Bien qu’implicites, ses propos laissaient entrevoir plusieurs caractéristiques de ce néocolonialisme : une dépendance économique héritée des routes commerciales, une subordination technologique et monétaire, une ingérence politique via des élites cooptées, une pression militaire indirecte et des instruments d’influence culturelle. Cette perception, théorisée plus tard par Nkrumah, Fanon, Cabral et Samir Amin dans les années 1960 et 1970, trouve une expression précoce et diplomatiquement nuancée dans l’analyse de Khemisti. Par ailleurs, Khemisti rejeta toute foi naïve dans les institutions internationales, déclarant avec audace : « L’efficacité des résolutions reste à démontrer.» Ceci témoignait de l’entrée critique, lucide et mature de l’Algérie dans le système international, loin de l’approche d’une puissance naïve cherchant un salut institutionnel auprès de l’ONU. V. La doctrine algérienne de politique extérieure telle qu’annoncée en 1962 La doctrine de politique étrangère algérienne, proclamée en 1962, reposait sur un cadre global. Elle privilégiait la négociation pacifique malgré les traumatismes du passé, prônant la résolution des conflits plutôt que la vengeance, notamment vis-à-vis des anciennes puissances coloniales. L’Algérie s’engageait à soutenir les autres peuples colonisés, menant une diplomatie militante qui comprenait l’aide aux mouvements de libération en Afrique, l’accueil de groupes révolutionnaires, la participation active au Mouvement des non-alignés et le soutien constant à la cause palestinienne. Cette doctrine insistait également sur la défense inconditionnelle de la souveraineté nationale, englobant la protection des ressources naturelles, l’indépendance économique, le refus des bases militaires étrangères, la maîtrise des politiques publiques et l’autonomie idéologique. Ce cadre a servi de fondement aux doctrines des présidents suivants, Ben Bella , Boumediene, Bendjedid, Zeroual, Bouteflika et Tebboune. VI. La relation Algérie-France : rupture, continuité et conditionnalité Khemisti prône une coopération équilibrée, excluant subordination et néocolonialisme, et fondée sur le respect total de la souveraineté algérienne. Son message à Paris est clair : l’Algérie ne tolérera aucune politique néocoloniale compromettant sa reconstruction. Il rend hommage aux Français solidaires, distinguant le peuple français de l’État colonial, et met en avant les détenus politiques algériens et les partisans de la paix, humanisant ainsi la relation franco-algérienne. La phrase clé de sa doctrine est : « Peu à peu, une autre Algérie se façonnera », annonçant une transformation socialiste profonde et irréversible, ainsi qu’une rupture inévitable mais maîtrisée et civilisée avec la France. VII. Vision révolutionnaire interne et économie post-coloniale : 1. Reconversion des structures coloniales : Khemisti propose un programme économique axé sur l’industrialisation, la transformation socialiste, l’élimination des structures coloniales héritées, la réforme agraire, la redistribution des richesses, le contrôle de la rente et la souveraineté économique. Cette orientation constituera le fondement de la doctrine Boumediene (1965-1978). 2. Les « acquis révolutionnaires» : Cette expression centrale du discours politique algérien désigne les sacrifices du peuple, les conquêtes de la Révolution, la valeur sacrée de l’indépendance, l’impératif de souveraineté économique et la reconstitution de l’identité algérienne. Elle s’est imposée comme une catégorie politique durable. VIII. Portée géopolitique du discours (1962-2025) 1. Une matrice durable : Le discours de 1962 établit les principes fondamentaux et immuables de la diplomatie algérienne : anticolonialisme, refus du néo et méta colonialisme, souveraineté absolue, non-alignement, solidarité avec les peuples colonisés, coopération conditionnelle, et une relation complexe mais nécessaire avec la France. 2. Continuité doctrinale : de 1962 à 2025, la diplomatie algérienne, sous les présidences successives de Ben Bella à Tebboune, a constamment réaffirmé cette idéologie, insistant sur la souveraineté non négociable, la liberté de décision, l’anticolonialisme, le refus de toute tutelle, et une neutralité active. 3. Dimension prophétique : Khemisti avait anticipé la crise du néocolonialisme, les interventions occidentales en Afrique, les dépendances économiques, les manipulations institutionnelles internationales, et les dangers de la domination économique extérieure. Son discours du 12 octobre 1962 est une proclamation doctrinale structurant la politique étrangère algérienne. Il fonde six principes permanents : l’anticolonialisme comme identité, la souveraineté comme valeur absolue, le refus du néo et métacolonialisme, le soutien aux peuples en lutte, la coopération conditionnée, et la transformation interne révolutionnaire. En quelques minutes, Khemisti a défini le cadre idéologique de la politique étrangère algérienne, une continuité sacrée et intangible qui n’a jamais été reniée, constituant la constitution morale et la doctrine géopolitique de l’Algérie indépendante. IX. Lecture croisée 1962-2025 : continuité sacrée de la diplomatie algérienne Objectif : Montrer la continuité sacrée de la diplomatie algérienne, depuis Khemisti jusqu’aux positions contemporaines de l’État. De 1962 à 1965, Khemisti et Ben Bella ont jeté les bases de cette diplomatie, dont l’anticolonialisme constitue le pilier central. Cela impliquait le soutien aux mouvements de libération en Afrique et en Asie, la protection de la souveraineté par la nationalisation et le contrôle étatique des ressources, la conditionnalité de la coopération au respect des acquis révolutionnaires et l’adoption du non-alignement. Entre 1965 et 1990, sous Boumediene et Chadli, la diplomatie algérienne s’est adaptée à la Guerre froide tout en consolidant ses principes fondamentaux. L’anticolonialisme s’est manifesté par le soutien aux mouvements de libération africains, la souveraineté a été renforcée par la nationalisation du pétrole et du gaz, le néocolonialisme a été combattu par une vigilance accrue face aux ingérences économiques, la coopération est restée équilibrée et respectueuse, et le non-alignement a impliqué une participation active à la direction africaine et au Mouvement des non-alignés. La période 1990-2025 témoigne de la maturité et de l’adaptation continue de cette doctrine. L’anticolonialisme se traduit par la réaffirmation des principes de souveraineté et le rejet de toute ingérence étrangère. La souveraineté stratégique et énergétique est préservée par le contrôle des hydrocarbures et des politiques économiques. La résistance au néocolonialisme et au « métacolonialisme - guerre cognitive» interne demeure essentielle à la protection de l’identité nationale. La coopération avec les différentes nations repose sur des partenariats stratégiques fondés sur le respect mutuel. Le non-alignement s’exprime par une diplomatie multilatérale active et une médiation dans les crises régionales. De Ben Bella à Tebboune, les principes fondateurs de la diplomatie algérienne sont restés constants. Cette « continuité sacrée » est un aspect unique de l’histoire postcoloniale de l’Algérie, témoignant de sa capacité à conjuguer mémoire historique, pragmatisme stratégique et leadership africain et mondial, tout en préservant son intégrité face aux pressions extérieures et intérieures. La diplomatie algérienne est proactive, cohérente et fidèle aux principes établis en 1962. À l’égard de la France, l’Algérie a toujours affirmé que la coopération est possible, mais jamais au détriment de sa souveraineté ou des acquis révolutionnaires. Cette position demeure inchangée, malgré les pressions extérieures et intérieures. L’Algérie est confrontée à un « métacolonialisme » interne qui menace de saper ses principes fondateurs. La France doit reconnaître l’indépendance et la maturité de l’Algérie, comprendre qu’une coopération fructueuse exige l’égalité et le respect mutuel, et reconnaître que la diplomatie algérienne est guidée par une « continuité sacrée » ancrée dans les principes de l’Etat Algérien, la Révolution et la protection de la nation contre toute forme de domination. Toute tentative d’imposer des interprétations idéologiques sera perçue comme une forme de colonisation et une violation de la souveraineté nationale. X. Métacolonialisme : colonisation de l’esprit et de l’âme du XXI ème 1. Métacolonialisme : Le métacolonialisme est une colonisation non territoriale qui affecte l’esprit, la mémoire, la culture et l’âme d’un peuple, même après son indépendance. Il se manifeste par des doctrines idéologiques, des habitudes mentales imposées ou intériorisées, et des mécanismes de pensée hérités. Caractéristiques en Algérie : • Colonisation de l’esprit par des doctrines uniformisantes. • Déformation de l’histoire et de la mémoire nationale. • Influence sur les choix politiques, sociaux, religieux et culturels, nuisant parfois à la souveraineté intérieure. Impact stratégique : le métacolonialisme pose un double défi à l’Algérie : défendre sa souveraineté externe tout en préservant sa conscience nationale face aux influences idéologiques et culturelles internes et externes. 2. Interaction avec la diplomatie externe : Cette colonisation idéologique : • Complexifie les relations avec l’ancienne puissance coloniale. • Modifie la perception interne de la souveraineté et de la nation. • Introduit des biais dans les choix stratégiques et économiques. L’analyse Khemisti-2025 révèle que l’État algérien a dû lutter simultanément contre le néocolonialisme extérieur et le métacolonialisme intérieur et extérieur pour préserver son intégrité. XI. Conclusion académique 1. Le discours de Khemisti (12 octobre 1962) est l’acte de naissance doctrinal de la diplomatie algérienne, articulé autour de l’anticolonialisme, de la souveraineté et de la coopération conditionnelle. 2. La lecture croisée 1962-2025 confirme une continuité sacrée, chaque période historique réaffirmant les principes fondateurs. 3. Le concept de métacolonialisme illustre la nécessité de défendre la souveraineté intérieure, c’est-à-dire la mémoire, la culture et l’identité face aux influences idéologiques. 4. La France, comme tout partenaire, doit comprendre cette logique pour construire une relation respectueuse et équilibrée. Il est rare qu’un texte de quatre minutes détermine soixante années de politique étrangère. Il est encore plus rare qu’un discours aussi bref soit oublié dans les archives d’une grande organisation. Pourtant, le 12 octobre 1962, Mohamed Khemisti n’a pas simplement parlé au nom de l’Algérie indépendante : il a formulé le manifeste qui définira, pour des décennies, l’âme diplomatique d’un pays. Aujourd’hui, en 2025, alors que les tensions régionales, les mutations du système international et les crises néocoloniales contemporaines réactivent les fractures du passé, relire ce texte n’est pas un exercice historique. C’est un retour à la source. Un rappel. Une boussole. L’Algérie de 2025 reste fidèle à l’Algérie de 1962. Non par nostalgie. Mais parce que sa diplomatie est née avec une vocation : servir la souveraineté, la liberté et la dignité. Une vocation si profonde qu’elle tient, encore aujourd’hui, de la « religion ». Cette analyse montre que la diplomatie algérienne est à la fois un projet historique, idéologique et stratégique, et qu’elle continue à défendre l’indépendance, la dignité et l’intégrité du peuple algérien, contre toutes formes de colonisation, qu’elles soient territoriales, économiques ou spirituelles. *Professeur.Université de Constantine 2 Bibliographie et références 1. ONU, 17I” session, 1151I” séance, 12 octobre 1962 - Discours de Mohamed Khemisti. Document officiel A/PV.1151. 2. Résolution d’admission de l’Algérie à l’ONU - 8 octobre 1962, traité n° 6336. 3. Articles historiques contemporains : -- « M. Khemisti demande à la France de « prendre les Algériens tels qu’ils sont », paru en octobre 1962, presse internationale. -- Analyse de la diplomatie algérienne post-indépendance, revue Afrique contemporaine, 1963-1965. 4. Ouvrages académiques : -- R. Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine, Paris, 1979. -- B. Stora, La gangrène et l’oubli : la mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, 1992. 5. Études récentes sur métacolonialisme et idéologies internes : -- L. Oukaci, Métacolonialisme et souveraineté intérieure, Université de Constantine, 2024. -- J. Mbembe, Critique de la raison nègre, Paris, 2013 (pour les concepts de mémoire et domination idéologique). | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||