Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Pour des contrôles médicaux: Bouteflika retourne à Grenoble

par Moncef Wafi

Le chef de l'Etat s'est rendu hier à Grenoble pour une visite privée pour des contrôles médicaux périodiques, a annoncé la présidence de la République dans un communiqué sibyllin, comme à l'accoutumée, rendu public ce lundi. Bouteflika, dont l'état de santé a été au centre d'enjeux politiques internes et parfois externes, a renoué cette année avec des sorties publiques, quoique rares mais assez significatives pour être soulignées. Lors de sa deuxième apparition publique de l'année, le président de la République avait inauguré, en septembre dernier, le Centre international des conférences (CIC), situé à Club des pins, à l'ouest d'Alger, ce qui avait donné lieu à de nombreuses lectures de la presse internationale qui rappelait en substance que depuis son accident vasculaire cérébral, il y a de cela trois ans, Abdelaziz Bouteflika n'a fait que de rares apparitions en public poussant l'opposition à remettre en cause sa capacité à diriger le pays et à réclamer «une élection présidentielle anticipée». Ces apparitions, quoique symboliques et fortement médiatisées du reste, ont ravivé l'idée d'un cinquième mandat déjà lancé en ballon-sonde par les partis proches de la présidence. Quoi qu'il en soit, la lecture du communiqué de la présidence laisse supposer que les relations entre Alger et Paris sont redevenues normales, elles qui sont passées par une zone de turbulence ces derniers mois. Dans la dernière décade d'avril 2016, Bouteflika choisit Genève pour des «contrôles médicaux périodiques» dans un contexte très particulier sur fond de polémique sur son état de santé surenchéri par la photo tweetée par le Premier ministre français le montrant amoindri. Si la Suisse n'est pas une destination inconnue pour Bouteflika, il y avait séjourné déjà en 2009 pour raisons médicales, ni pour les dignitaires du régime, il n'en demeure pas moins que pour ses derniers rendez-vous médicaux, il avait opté pour la France, et plus précisément Grenoble après l'épisode du Val-de-Grâce. Le dernier séjour communiqué officiellement remonte à mai 2015. Un communiqué de presse pareil à celui d'hier annonçant le départ du chef de l'Etat pour «une courte visite privée en France, durant laquelle il effectuera ses contrôles médicaux périodiques, sous la direction de ses médecins traitants». Cinq jours plus tard, l'AFP publiait des informations sur son départ du service de cardiologie du Groupe hospitalier mutualiste, à Grenoble, où exerce son cardiologue Jacques Monségu qui le suit depuis plus de dix ans.

Depuis qu'il a été victime d'un AVC en 2013 qui a affaibli sa mobilité et sa faculté d'élocution, le sujet de la maladie du président était devenu un secret d'Etat. Malgré une communication officielle qualifiée de maladroite, les spéculations les plus folles ont toujours entouré ces déplacements «sanitaires». La classe politique autant que la vox populi, toujours à l'affût des premières informations, se rabattent sur les médias étrangers, français principalement, ou sur les réseaux sociaux pour suivre l'évolution médicale de Bouteflika. Si la destination France est classique, le changement dans les habitudes du président avait donné lieu à des interrogations sur des considérations autres que médicales.

Son retour à Grenoble veut-il signifier que la brouille entre les deux pays appartient au passé ? En effet, on était enclin à penser que le choix de la Suisse, loin d'être par défaut, est directement lié au traitement médiatique dont a fait l'objet la maladie de Bouteflika dans le paysage politico-médiatique en France. En plus d'être ouvertement moqué sur sa maladie par des chroniqueurs français en mal d'inspiration, les séjours médicaux de Bouteflika en Hexagone sont l'occasion pour une récupération politique de l'extrême droite.