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Capable du pire, le service public peut l'être du meilleur

par Farouk Zahi

La vie est parfois faite d'événements et de situations qui, dès l'abord, nous semblent anodins, faisant désormais partie de la quotidienneté. Et ce n'est toujours pas anodin en regard du tragique de certaines postures dites officielles. Une coupure de presse dont voici le contenu peut véhiculer un ou plusieurs messages subliminaux que seules les victimes en ressentent de manière dramatique les effets : Nous citons : «K. M, président de l'APC, le chef de daïra, le directeur de l'OPGI et des éléments du CTC étaient sur place. Les habitants touchés par l'accident ont sollicité leur aide. Le président de l'APC leur a fourni une tente pour une prise en charge provisoire, en attendant une décision du wali». Fin de citation. Il s'agissait d'une habitation soufflée par une déflagration causée par une accumulation de gaz de ville. Cela c'est passé dans une grosse agglomération urbaine de l'Est, chef-lieu de wilaya qui plus est. Que doit-on en conclure ? La première constatation c'est d'affirmer une fois de plus que l'administration, en dépit des ses bonnes intentions, n'est pas encore capable de réagir pleinement aux situations exceptionnelles.

La deuxième, c'est de dire que le gigantisme de cette bureaucratie, dans sa connotation noble, est inopérant devant le sinistre quelle que soit son importance ou son étendue. Trois responsables de haut rang ne sont réellement pas capables de donner plus qu'une prosaïque tente. En supposant qu'ils aient réglé, provisoirement, le problème en attendant la solution miracle dont serait détenteur, leur seul supérieur hiérarchique, dormiront-ils du sommeil du juste une fois rentrés chez eux ? Dans le confort douillet de leurs demeures respectives penseront-ils à ces damnés de la tente ou les auront-ils, déjà, évacués de leur conscient ? Une tente par ses temps pluvieux et venteux met elle à l'abri ce bébé qui vagit, ce grabataire alité ou encore cette femme enceinte ? Qu'en sera-t-il de l'élève qui prépare un examen décisif ?

Cette administration qui prétend être au service de la collectivité et dont le bien-être en est la pierre angulaire, du moins dans le discours, serait-elle autiste quand il s'agit de soustraire une ou deux familles à la détresse sociale ? La première des dignités humaines est assurément le toit d'une demeure, sinon tout est verbiage.

L'Etat s'arrêterait-il au seul personnage du wali, selon le bon mot, d'un économiste-enseignant universitaire ? Cette assertion n'est malheureusement pas une coquetterie langagière, elle se vérifie quotidiennement sur le terrain. A l'époque de ce qui était appelé -Ville d'Alger- l'administré recourait volontiers au maire, représenté par M. Ferhat Balamane, M. Bachir, Mentouri ou l'éphémère Kamel Guemazi ; il ne connaissait généralement pas le wali, sauf à travers les médias quand ils en parlaient. Présentement, le wali d'Alger se confond avec le maire qui n'existe plus d'ailleurs, car l'ancienne commune d'Alger a été éclatée en 23 communes. Madame Hidalgo, maire de Paris, n'a-t-elle pas était reçue par son « homologue » M. Zoukh ? Nous continuons subconsciemment à qualifier le président d'une assemblée, souvent mal élue, de maire alors que le code communal de 2011 passe ce titre sous silence. La loi 11-10 du 22 juin 2011 portant code communal et déroulée en 220 articles ne consacre à celui-ci que 7 articles (art 77/84) au titre de la représentation de la commune et 10 articles (art.85/95) au titre de la représentation de l'Etat. A travers ces 17 articles, il n'est fait aucunement obligation à ce président de prendre toute mesure opérationnelle de sauvegarde et de protection des personnes en détresse en cas de sinistres sans en référer au wali. Parmi ces attributions régaliennes contenues dans l'art. 95, celle de démolir est certainement la plus mal vécue par l'édile ; ce dilemme éthique n'est pas fait pour le conforter dans son rôle de représentant naturel et porte-parole de ses administrés. S'il peut légalement démolir, il ne peut, par contre, ni loger ni reloger.

En dépit des tableaux noirs qui décrient, çà et là, la gestion chaotique de certaines administrations publiques ou même privées, il est des oasis de bonheur qui servent impeccablement l'usager sans se prendre pour la huitième merveille du monde. Un vieux couple septuagénaire se présente à l'agence locale d'une banque française ayant pignon sur rue, pour l'ouverture d'un compte devise dans le cadre de l'urgence. Après l'avoir écouté poliment, l'agent leur propose pour ce faire, d'ouvrir un autre compte en monnaie nationale à hauteur de 50.000 DA au moins. Après quoi, les intéressés devraient patienter plus de trente jours pour obtenir leur carte de crédit. Echaudé par l'exigence, le vieux couple, sans grande conviction, se dirigea vers le Crédit populaire algérien (CPA) de la même localité, en l'occurrence Tipaza. Contrairement à l'ambiance feutrée de la première banque, l'agence nationale, à l'instar de tous nos services publics, pulsait à la vie par son exubérance coutumière. Après quelques minutes d'attente, le couple fut reçu par le jeune et pétillant directeur lui-même.

Informé de l'objet de la visite, celui-ci propose la formule la mieux adaptée pour régler la problématique. Les seules copies du document de voyage, du justificatif de résidence (quittance téléphonique) et de la pièce d'identité valide, auront suffi à la constitution du dossier exigé. Point de dépôt en dinars. Le jeune directeur ouvre à partir de son propre PC bureau le compte et pousse l'amabilité jusqu'à accompagner ses nouveaux clients jusqu'à la caisse pour déposer le pécule et leur confectionner les documents attestant de l'ouverture de compte et de son existence. L'heure de la pause largement dépassée, le vieux couple, apaisé, quittait les lieux avec le sentiment que rien n'était encore perdu. Ce jeune banquier venait, sans peut-être en mesurer la portée significative de son geste, de réconcilier des usagers désabusés par le « machin » bureaucratique avec un service public rafraîchi et innovant. En toute apparence, ce qui parait être une hirondelle printanière, semble se répercuter en cascade et çà ne peut être que louable. La même convivialité est observée à l'agence de la Société algérienne d'assurances (SAA), vers laquelle s'est dirigé le couple pour contracter une police d'assurance voyage. Les espaces infrastructurels modernes, abondamment éclairés par du vitrage et largement ouverts au public, permettent à l'usager de ce diriger directement vers le bureau idoine. Point de salle d'attente austère, ni guichet « guillotine ». Les cloisonnements n'existent pas entre les bureaux, l'agent est placé en vis-à-vis du client à qui, il est offert deux (2) sièges confortables. Fier de son nouveau siège, le personnel, studieux, est à peine audible. Il se rappelle, toutefois, sa longue galère vécue dans son ancien cagibi situé antérieurement au marché couvert. Ceci pour affirmer, encore une fois de plus, que les conditions matérielles d'exercice d'un service public influent, immanquablement, sur la qualité de celui-ci.

La formule qui dit : « la fonction crée l'organe » est dans le contexte sans fondement. Nous ne terminerons pas le propos sans rapporter à l'aimable lecteur cette autre exception qu'est, entre autres, la prestation délivrée par l'hôpital Bologhine Ibnou Ziri de Bainem (Alger). Réalisé dans le cadre du programme «Apex» (apport extérieur) du début des années 80, l'établissement de 240 lits qui s'élève sur quatre étages, en dépit de ses trente années d'activité, est tenu dans un état exempt de tout reproche. Les ascenseurs en marche font accéder l'usager jusqu'au dernier étage dont une partie est occupée par le service d'enfants malades. La dame qui accompagnait son enfant hospitalisé pendant près d'une semaine ne tarit pas d'éloges sur ce service placé sous la responsabilité de Mme le professeur F.B. L'enfant-malade est roi dans ce sanctuaire pédiatrique ; que ce soit dans la prise en charge médicale, alimentaire ou du confort hospitalier. Son interface est exclusivement médicale. Ses examens extra muros sont médicalement accompagnés et le transport assuré. Contrairement aux hôpitaux qui n'offrent, au plus, qu'un siège à la mère-accompagnatrice, cette dernière est considérée comme une hôte du service ; elle bénéfice du lit et de l'alimentation. En plus du petit déjeuner, les enfants ont droit à un goûter entre les deux repas principaux de la journée et deux grandes bouteilles d'eau minérale. La diététique de mise impose des régimes personnalisés.

L'enseignement assuré pour les hospitalisations au long court évite à l'enfant une rupture préjudiciable à son cursus scolaire. Nous ne pouvons, quant à nous, que saluer ces efforts méritoires qui ne sont, certainement pas, que des seules initiatives et orientations du département ministériel, mais bien plus que cela. Il y a du cœur dans la tâche.