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![]() ![]() ![]() ![]() «L'Algérie ne
peut plus se permettre d'investir dans le passé », écrivait Salah LAKOUES dans
«Le Quotidien d'Oran» en dénonçant l'illusion des mégapipelines
et l'aveuglement d'une élite tournée vers l'Europe. Son constat est sans appel
: la souveraineté énergétique du pays ne viendra ni des tuyaux ni des contrats
léonins, mais de la transformation locale du gaz et de l'exploitation du soleil
saharien.
Cette tribune reprend ce cri d'alerte et l'amplifie : il est temps de rompre avec la dépendance et de refuser le néocolonialisme énergétique que veulent nous imposer Bruxelles et Washington. Algérie à l'heure de l'or bleu et de l'or solaire L'Algérie est à un tournant de son histoire énergétique. Pendant des décennies, son économie a reposé sur l'exportation brute de gaz et de pétrole. Cette rente a permis d'assurer la stabilité du pays, mais elle a aussi enfermé l'Algérie dans une dépendance à des marchés extérieurs volatils, soumis aux cycles des prix et aux rapports de force géopolitiques. Aujourd'hui, l'Europe, principal client historique, annonce déjà sa sortie progressive des énergies fossiles. La fenêtre d'opportunité se referme : l'eldorado gazier des années 2.000 appartient au passé. Face à cette réalité, continuer à investir des milliards de dollars dans des méga-projets de pipelines qui ne verront le jour que dans dix ou quinze ans serait un pari perdu d'avance. L'avenir n'est pas dans le transit de molécules brutes, mais dans leur transformation locale. Car l'Algérie dispose d'un trésor souvent sous-estimé : son gaz naturel peut devenir la matière première d'une nouvelle souveraineté industrielle. Ammoniac, méthanol, engrais, plastiques techniques : autant de chaînes de valeur capables de multiplier par six ou huit la valeur de chaque mètre cube de gaz. Plutôt que d'exporter de la matière première, pourquoi ne pas exporter de l'intelligence industrielle, de la valeur ajoutée et des produits finis compétitifs ? Mais l'Algérie possède aussi un deuxième trésor : le soleil. Avec plus de 3 000 heures d'ensoleillement par an, le Sahara est un des meilleurs gisements solaires de la planète. En exploitant à peine 0,3 % de sa surface désertique, le pays pourrait produire 170 TWh par an, soit plus que sa consommation électrique totale. L'électricité solaire n'est pas seulement un outil de transition énergétique, elle est la clef d'une nouvelle industrialisation : alimenter les usines, dessaler l'eau, produire de l'hydrogène vert, et pourquoi pas demain exporter directement l'électricité vers l'Europe grâce à des lignes HVDC. Cette double souveraineté -transformer l'or bleu et capter l'or solaire-peut tout changer. Elle signifie sortir du piège de la rente pour entrer dans une logique de puissance créatrice. Elle signifie passer d'une économie tournée vers l'extérieur à une économie enracinée dans ses propres ressources et ouverte sur les marchés mondiaux avec des produits à haute valeur ajoutée. Elle signifie aussi offrir à la jeunesse une perspective Concrète d'emplois qualifiés, dans la pétrochimie, les énergies renouvelables, la maintenance industrielle, l'ingénierie. Le défi n'est pas technique : les technologies existent, les financements internationaux sont disponibles, les marchés sont là. Le défi est institutionnel et politique. Il suppose de bâtir un cadre clair et crédible pour les investisseurs : des contrats d'achat d'électricité garantis, un guichet unique pour simplifier les démarches, un régulateur indépendant pour sécuriser les projets, et une stratégie nationale transparente qui fixe les priorités. L'Algérie a déjà prouvé dans son histoire qu'elle savait transformer les contraintes en opportunités. Le XXIè siècle ne sera pas celui des pipelines, mais celui de la valeur ajoutée et du solaire. L'heure est venue de faire du gaz et du soleil non pas des ressources à dilapider, mais les fondations d'un véritable projet national de puissance industrielle et de souveraineté durable. |
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