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Pacte national économique et social de croissance : Une feuille de route «revue et corrigée»

par G. O.

Les partenaires sociaux doivent parapher au lendemain de la prochaine tripartite, la nouvelle mouture du Pacte national économique et social pour, disent-il, «tirer la croissance». Ils veulent en faire «une plateforme de promotion du processus de croissance et de développement de la nation.» C'est ce qu'on relève dans le document rapportant les travaux du groupe de travail mixte devant être présentés à la tripartite qui va les réunir, selon le secrétaire général de l'UGTA, «entre le 15 et le 24 février.» L'idée «d'un pacte de croissance» a été proposée en janvier 2008 par le patron du Groupe Cevital, Issaad Rebrab, à Ahmed Ouyahia alors 1er ministre, sous l'intitulé «Pacte économique et social avec le Groupe Cevital». Son canevas «pour une période de 7 ans» était bien plus étoffé et précis que le Pacte qui a été signée en 2006 par les partenaires sociaux. Son idée était de conclure une sorte d'engagement avec le gouvernement «pour qu'un privé participe directement dans le développement économique afin de sortir le pays de l'emprise des hydrocarbures» mais aussi pour ne plus voir ses projets bloqués.» Seulement, Ouyahia avait choisi, selon des indiscrétions, «de mettre le document sous le coude» certainement «sur instruction d'un plus haut niveau de pouvoir.»

A son arrivée au Palais du gouvernement, Abdelmalek Sellal l'aurait sorti des tiroirs «avec l'aval de Rebrab» pour en faire une référence «nationale et collective» et en tirer le nouveau Pacte national économique et social de croissance (PNESC).

C'est en fait un mode d'emploi qui conceptualise l'ensemble des questions qui ont été posées au cours de toutes les tripartites tenues à ce jour. Questions et problématiques qui couvrent tous les aspects d'un développement économique et social devant être managé et soutenu par «les bonnes pratiques de gouvernance(?) qui constitueront un élément déterminant du renouveau et d'une croissance durable,» note le groupe de travail dans son rapport. Sa mise en œuvre repose sur «la nécessité du dialogue social et de la stabilité, du développement social et humain et d'une gouvernance s'exerçant à travers un cadre institutionnel de haute qualité.»

UNE ECONOMIE «VULNERABLE AUX CHOCS EXTERIEURS»

Les rédacteurs du document rappellent les grands agrégats de la situation financière du pays qu'ils estiment «globalement saine.» Ils soulignent à cet effet que «les réserves de change sont appréciables et représentent 39 mois d'importation en 2012, l'endettement extérieur reste très limité au cours des 5 dernières années, l'inflation a été en moyenne de 5,6%, la croissance du produit intérieur a été positive (en moyenne annuelle de 2,7%) ; hors hydrocarbures, elle était à plus de 7% par an, le produit national brut par habitant est passé de 3910 dollars en 2007 à plus de 5400 dollars en 2012, le chômage a été ramené de 29% en 2000 à 10%.»

Le groupe tripartite relève cependant que «l'économie algérienne reste toujours mono-exportatrice et totalement vulnérable aux chocs extérieurs.» Et «en dépit de cette aisance financière, disent-ils, la part de l'industrie dans le PIB reste toujours modique.» Et s'ils considèrent que les capacités financières «sont certes exceptionnelles», ils avouent qu'elles demeurent «faiblement inemployées.» Ils font remarquer que «le système financier national reste marqué par l'inexistence d'un véritable marché de capitaux.» Le groupe tripartite rappelle par ailleurs que «les importations accusent une évolution rapide.» Elles ont représenté près de 47,49 milliards de dollars en 2012 «et sont en hausse fulgurante d'année en année.» Les exportations hors hydrocarbures demeurent, elles, «très faibles, avec seulement 2,96% du volume global des exportations.» Le groupe recommande au titre «des enjeux du développement économique et social» que «les entreprises publiques et privées doivent assumer leur responsabilité économique et sociale et développer intrinsèquement leurs performances et leurs compétences.» Une fois «ces fondements» mis en place, les signataires du Pacte se fixent entre autres objectifs, «d'accélérer le processus des réformes économiques et d'impulser fortement le développement industriel en redressant l'industrie et la production nationale.»

LES PARTENAIRES SOCIAUX EFFACENT ET RECOMMENCENT

Pour la réussite de ce mode d'emploi, il est fait référence entre autres «à la nécessité de réhabiliter la valeur travail, la promotion d'un système efficient de santé et de protection sociale, de l'investissement, la création de nouvelles entités financières, la révision du code de l'investissement, l'élaboration d'une charte de l'emploi et une nomenclature des métiers, l'élargissement du champ d'intervention du FNI-BAD aux entreprises privées.» Les partenaires sociaux s'engageront, chacun pour ce qui le concerne, «en faveur de la mise en œuvre, de la réalisation et de la promotion du contenu de ce nouveau pacte de croissance.»

Un comité national de suivi, qui devra être mis en place, définira son mode de fonctionnement et d'organisation et établira «au moins un rapport annuel» sur ce qui sera fait dans ce cadre. Le pacte est conclu pour une période de 5 ans «à compter de la date de sa signature.»

Le premier pacte national économique et social conclu en 2006 n'a jamais été évalué et n'a apporté aucun changement au niveau de la gestion de la donne économique et sociale du pays. Les partenaires sociaux reprennent aujourd'hui une expérience à laquelle ils n'ont donné auparavant aucune importance.

Les rapports sur la promotion de la production nationale, le Fonds national de l'investissement (FNI) et le bâtiment devant être présentés au cours de la tripartite de février, eux non plus, n'apportent pas de grandes nouveautés.