|
L'histoire se
répéterait-elle ? Rattraperait-elle certains de ses acteurs, en flagrant délit
de commission ? En tout cas, ça en a tout l'air dans ses récentes
manifestations baptisées à partir de loin, par des publicistes en mal de
sensations lexicologiques pertinentes, temporellement déconnectés, et qui lui
sont allochtones, de printemps arabes.
C ependant la cadence de ses recommencements, est relativement brève. Courte et mince au point de surprendre ceux qui la font, mais aussi ceux qui l'ont subie tête baisée. Peinard et insouciant était le général Zine El Abidine Ben Ali à l'ombre des oliviers au pays du jasmin, régenté par son épouse Leila, à partir du palais de carthage. Maâmar Kadhafi, avec son livre vert, ses ligues populaires révolutionnaires, et toutes ses utopies, était resté admiré, sous l'icône du guérilléro, 42 ans après sa révolution du fateh en 1969. Le jeune colonel tombeur du vieux roi Senoussi, derrière ses accoutrements kitchs, demeurait imprenable pour tous les autres, et un immortel convaincu pour lui même. Et l'autre officier, haut gradé de l'armée de son pays, arrivé au pouvoir comme succédanée, à un autre officier mort de mort violente, par balles et en direct. Toutefois pas en un acte héroïque au front contre les armées sionistes. Mais en uniforme de cérémonie et de grand apparat, sous les coups des siens, qui ne pensaient pas comme lui et comme tous ceux et toutes celles qui avaient fait, encouragé et réussi la révolution des officiers libres de juillet 1952, contre la monarchie. Hosni Moubarak faisait partie de cette Egypte de tout temps mythique. Celle commercialisée en un bel emballage contenant les pyramides, le Nil, mais aussi l'astre de l'orient Oum Kalthoum. Et enfin l'acte de naissance du pays, plus ancien que les temps bibliques, Masr, Oum Ed Dounia. Aurait-il un jour imaginé, pouvoir être délogé par la plèbe qui, elle, n'accedait à cette Egypte que par les images de la télé d'Etat, émises à partir du centre du pays, Le Caire, que les égyptiens appellent Masr, vers l'autre Egypte, la désertique ? Et ce fils d'officier de haut rang syrien qu'est Bachar Al Assad, venu par hasard aux commandes après que son frère wa'il preux cavalier, dit-on, initialement destiné à ce poste, mais mort avant l'âge. Et par un amendement de la constitution de son pays en faveur de sa jeunesse. Bachar n'avait pas à l'époque du décès de son père, l'age constitutionnel pour être président de son pays. Est-ce sa jeunesse qui lui fait faire de la résistance depuis le 15 mars 2011? Il ne tient son trône héritage que grâce à son clan, à ses alliés iraniens et ceux du hizbollah libanais. Mais surtout par la bénédiction géostratégique de la préservation des intérêts russes, dans la recomposition du monde à venir, orchestrée par les américains et concoctée dans leurs laboratoires de géopolitique à leur avantage. Et si nous admettons qu'en jeune civil préoccupé par d'autres soucis. Bachar, n'avait rien vu venir. Comment se fait-il que les autres stratèges militaires arabes, que sont Ben Ali, Kadhafi et Moubarak, formés dans les grandes écoles de guerre occidentales, aient été, dans leurs isolements, cocons artificiels, surpris par leurs propres rues. Oui mais est-ce seulement de cela qu'il s'était agit ? Depuis des années déjà, et l'ère de la découverte du pétrole, la bataille pour le leadership dans cette région du monde, se joue tous les jours avec des variantes nouvelles. Le Shah d'Iran, Mossadegh, Khomeïny et Ahmed En-Najad. Le roi Farouk d'Egypte, les officiers libres et Abdenacer, Saddate et Moubarak. Attaturk, les généraux turcs, les militants de la gauche turque, et les islamistes qui gouvernent aujourd'hui, y ont souvent joué un rôle, conjoncturellement voulu ou bien tactiquement subi, sur le grand échiquier de la planète pétrole. L'arbitrage se faisait par les soviétiques et les américains, jusqu'à la chute du mur de Berlin. Mais souvent cela s'est terminé en faveur d'Israël, un autre prétendant au rôle de leader gendarme, dans la région. Après la disqualification de l'Egypte de cette course, il restait l'obstacle Syrie. Que faire ? Les politiques turcs, les frères musulmans et Erdogan y compris sont les amis des américains et jusqu'à preuve du contraire, difficile à apporter, les alliés d'Israël dans la région. Ainsi l'épisode de la flottille pour Ghaza, l'attaque de Tsahal et l'abordage le 31 mai 2010, du navire Mavi Marmara, uniquement dans toute la flottille, et la mort de 8 turcs et un américain, mais d'origine turc, demeure encore par quelques détails, énigmatique. D'ailleurs, depuis 1948, c'est la seule et unique fois que l'Etat d'Israël présente des excuses pour ses faits de terrorisme. Bien sur sous les auspices de l'ami commun, les Etats-Unis. Et le lendemain, toutes les rues d'Ankara avaient vu à partir du 25 mars 2013, fleurir à l'occasion, et s'afficher ce message à travers une large campagne publicitaire, dont le message disait :« Israël s'est excusé auprès de la Turquie; cher Premier ministre, (Erdogan) nous vous sommes reconnaissants d'avoir permis à notre pays, de connaître une telle fierté». L'opération communication avait été financée par la municipalité islamo-conservatrice de la capitale turque, pour célébrer cette victoire majeure. Dans toute cette opération qui à notre avis n'a pas encore révélé tous ses secrets. L'honneur est depuis, sauf pour la Turquie face à Israël, d'un coté, et de l'autre, depuis ce jour là, les turcs ont eux aussi leurs martyrs pour la libération de la Palestine. C'est cette légitimité, s'il en est, qui a souvent manqué aux turcs, pour asseoir leur domination sur la région du moyen orient. Ils peuvent désormais, du moins en théorie, commencer la réalisation de leur projet politique de renaissance de l'empire Othman, et du Khalifa musulman. D'autant plus que, dès qu'Israël avait intégré le départ Bachar, dans ses calculs, les frères musulmans de Turquie, ont saisi au vol l'opportunité pour éventuellement aider à installer un gouvernement islamiste à Damas, qui faciliterait leurs intentions hégémoniques sur la région. Et cela sera plus gérable pour les israéliens dans toutes ses actions. Les frères musulmans du monde entier, à commencer par les originels qui détienne la marque de fabrique en Egypte, ne semblent en rien être dérangés par les crimes de l'Etat sioniste. Ce projet turc verra-t-il le jour? Considérant l'évolution de la situation sur le terrain, et la reprise de la ville d'El-Qosseyr, par l'armée loyaliste, les choses ne vont pas dans le sens souhaité par les turcs. Cependant, il est à parier que leur engagement en Syrie, qu'il soit officiel, ou bien officieux risque de leur être lourdement dommageable, à court, sinon à moyen terme. Et tout de go, osons cette interrogation. Est-ce que les manifestations de la place Taksim, ce centre nerveux d'Istanbul, baptisée ainsi, parce que ce lieu, abrite le bâtiment de l'administration chargée de la répartition des canalisations d'eaux d'où ce nom de taksim, qui signifie «division » en arabe, ne sont elles les prémices ? Si l'origine des manifestations était écologique, où ceux qui avaient envahi la place s'opposaient à un projet immobilier, dénonçant la destruction d'un monument historique, pour édifier un méga centre commercial à la place. Cela avait vite fait de s'élargir à tous ceux qui n'étaient plus en phase avec les islamistes aux affaires en Turquie depuis le 14 mars 2003, et les revendications se sont transformées en une lutte anti- gouvernementale. Mais le plus notable et le plus marquant, fut la réclamation et l'exigence du départ du premier ministre Reccep Tayyip Erdogan. Et dès que la police était intervenue pour libérer la place, les manifestants avaient rapidement dénoncé les violences policières et l'utilisation de moyens de répression disproportionnés, face à des manifestants désarmés et pacifiques. Cependant jusqu'à l'heure de la rédaction de cette chronique, il y a eu quatre morts, et les manifestations se sont étendues à Ankara la capitale, à Izmir et ailleurs en Turquie également. Mais aussi, les réclamations des manifestants se sont élargies et diversifiée. Elles concernent désormais, les nouvelles mesures réglementant la vente d'alcool, l'interdiction des baisers dans les transports publics dans l'européenne Istanbul, mais pareillement la contestation du rôle joué par la Turquie, dans la guerre qui se déroule en Syrie. Les premières réactions du premier ministre Edogan, furent reçues par les manifestants comme de l'arrogance. D'ailleurs, disent-ils, au lieu de reporter, sinon d'annuler son voyage dans les pays du Maghreb, Erdogan l'avait continué méprisant ainsi, tous ces turcs qui manifestaient. Du reste, pendant qu'il y était, son vice premier ministre avait présenté ses excuses aux protestataires, pour la violence excessive de la police à l'origine des manifestations, tout en précisant qu'il n'avait pas à excuser les violences émanant également des manifestants. Durant son périple, au Maroc, bien que dirigé par ses frères d'obédience, Erdogan, fut déçu par la visite, dit-on. Le roi Mohamed VI, n'avait pas jugé utile de le recevoir, malgré les assurances d'avant visite, donnée par le premier ministre marocain, Benkirene. Erdogan aurait reçu le refus du monarque chérifien, comme un affront et une humiliation. Et cerise sur le gâteau, la puissante organisation patronale marocaine, CGEM, la Confédération générale des entreprises du Maroc avait ostensiblement boudé le forum économique animé par le leader turc qui dans son programme, constituait le point d'orgue de cette visite, prétextant l'absence d'entente préalable avec le gouvernement Benkirane. Ce faux bon, un boycott finement brodé qui ne disait pas son nom, fit la une de toute la presse du royaume, au lieu et place de la visite du premier ministre turc. Ce dernier dut écourter sa visite, en guise réponse, intérieurement furax. Chez nous il avait été reçu en grandes pompes dues à son rang de premier ministre, et il a même eu l'honneur de recevoir un doctorat honoris causa de l'université d'Alger, et l'opportunité de s'adresser directement à la représentation nationale, par un discours où il dira: « Nous avons supprimé les visas d'entrée avec 70 pays, alors pourquoi pas avec l'Algérie ». Beaucoup d'accords économiques ont aussi été signés. En Tunisie la visite du premier ministre turc à ce poste depuis 2003 a été beaucoup plus politique qu'économique. Il s'agissait pour les deux partis islamistes de renforcer les affinités politiques et plus, si possible. Le doctrinaire islamiste tunisien Ghanouchi, sublimé par le modèle turc conduit par l'AKP, avait souvent répété que : « l'expérience turc était un exemple à reproduire». Mais le jour de la visite, Tunis avait été quadrillée par un dispositif policier important, et tous les accès menant à l'ambassade de Turquie, interdits à la circulation et son périmètre fortement sécurisé. Les autorités tunisiennes craignaient des manifestations de soutien à ceux qui occupaient la place Taksim. La tournée maghrébine d'Erdogan est par qualifiée de flop total, par tous les observateurs de la vie politique turque. De retour chez lui le vendredi 7 juin très tôt le matin et malgré l'accueil triomphale par ses supporters à l'aéroport international d'Istanbul, qui scandaient : «Le grand maître arrive, nous sommes prêts à mourir pour toi». Le leader turc est désormais sûr qu'il a vraiment perdu de son aura, de son prestige et de sa superbe, dans les pays du Maghreb, jusque dans les rangs même des partis islamistes locaux. Cette déconvenue se trouve être mal venue en pareilles circonstances, du bouillonnement qui se passe en turquie. Depuis, Erdogan n'arrête pas de faire des déclarations qui sente du déjà vu, en Tunisie, en Libye et en Egypte. Il avait commencé par dire :« manifestations qui ont perdu tout caractère démocratique et tournent au vandalisme». «Qu'il n'aura aucune pitié pour les casseurs». A cela ses partisans lui avaient répondu en chœur :« Laissez-nous aller casser Taksim». Le dimanche 9 juin, face à la déferlante sur la place Taksim, il déclarait que :» ce sont des anarchistes et des terroristes qui occupent nos places publiques. Ce sont des marginaux et des pillards». Traduit en clair, cela ouvre les portes à l'escalade et à l'épreuve de forces entre deux Turquie. Celle de la souche Kémaliste avec toutes ses variantes et tout son éventail, d'une part. Et de l'autre, celle du lignage Osmanli, l'Othomane, elle aussi avec un nuancier fort coloré. Et pour faire simple, celle des laïcs modernistes et progressistes, opposée à celles des conservateurs, religieux et traditionalistes. Le jeu est dangereux, c'est jouer avec le feu tout près d'une poudrière. Le clash entre ces deux Turquie est sur le point d'éclater, sans que personne ne puisse mesurer les conséquences, car ceux qui occupent la place Taksim sont minoritaires. L'AKP, ce parti, qui n'a tenu que deux congrès entendus d'avance au cours ses onze ans d'existence, fonctionne comme un parti communiste de l'époque de l'orthodoxie pure et dure, recrute dans la Turquie profonde demeurée conservatrice, et qui constitue son gisement électoral. Le lundi 10 juin, Erdogan avait accepté de recevoir des manifestants, et rendez-vous fut pris pour hier le mercredi 13. Cependant selon des informations émanant de la place Taksim, il aurait lui-même choisi ses interlocuteurs. En dépit de cela, il avait, le mardi 11, envoyé des policiers à sept heures du matin, pour nettoyer la place Taksim. Ce «nettoyage» ne se fit pas dans le calme, il y eut de la violence, grenades lacrymogènes, billes de plastique et utilisation des canons à eau. Les trois révoltes, tunisienne, libyenne et égyptienne, avaient commencé dans les grandes places publiques des grandes villes de ces pays. La place Taksim d'Istanbul sera-t-elle le réceptacle de la révolte turque. Trop tôt pour l'affirmer. Car même si le pouvoir d'Erdogan n'est pour le moment pas directement menacé, il risque l'isolement. Ses amis américains et ceux de l'union européenne, appellent déjà, a plus de retenue des deux cotés, et à une solution rapide. Cette attitude modérée ne peut être diplomatiquement, un signe trompeur de l'inquiétude des occidentaux, à propos de la situation en turquie. Dans le même sens, mais plus près du commun des mortels, Hama El FAhem, l'ami philosophe de toujours me disait avant-hier, en admirant un beau champ blé, en ce mois de juin, ceci : « celui qui a osé, en toute conscience, aller semer en Syrie, peut aussi, en toute logique, s'attendre à pouvoir récolter en Turquie. Sacré Hama. Affaire à suivre. |
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||