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Le phénomène suscite de plus en plus l'inquiétude : Le centre-ville menacé par les eaux souterraines

par Houari Barti

Le phénomène devient de plus en plus inquiétant. Des quantités importantes d'eau «claire et presque potable» sont rejetées quotidiennement des sous-sols du centre-ville. Si elles ne sont, pour le moment, pas encore très visibles, c'est parce qu'elles sont retenues dans les caves des immeubles dont un bon nombre sont aujourd'hui totalement inondés.

Deux grandes artères du centre-ville sont, pour l'heure, concernées par ce phénomène : la rue Mohamed Khemisti et la rue Larbi Ben M'hidi. Le risque de voir ces eaux se propager vers d'autres sites n'est pas exclu. Les commerçants, dont les magasins disposent de caves, ont été les premiers à constater les dégâts et à en subir les conséquences. Parmi eux Hadj Meskine, qui gère une salle de judo sise au sous-sol du passage «l'Afrique» qui relie la rue des Aurès à celle Mohamed Khemisti et dont l'activité sportive est à l'arrêt depuis plusieurs mois. «L'ensemble des caves situées sous cet îlot d'immeubles est inondé par ces eaux. On est devant une véritable catastrophe qui se dessine,» avait-il déclaré dernièrement devant les membres de l'APC d'Oran, lors d'une rencontre tenue avec les représentants de la société civile. En effet, les plus pessimistes parmi les citoyens qu'on a rencontrés qualifient ce phénomène de montée des eaux souterraines de «véritable bombe à retardement» qui menace directement la vie de centaines de familles habitant ces immeubles. Une inquiétude qui est partagée même par des techniciens qui se sont exprimés, sous couvert de l'anonymat, sur le sujet pour souligner «les dégâts fatals que peuvent représenter les eaux par effet d'érosion sur les fondations d'immeubles datant de l'ère coloniale». Si en surface, le centre-ville d'Oran est en train de faire sa mue, à la faveur d'opérations de réhabilitation et de restauration des immeubles, en bas, dans les sous-sols, à l'abri des regards, un processus contraire se produit. Le patrimoine architectural du centre-ville est en train d'être rongé par les eaux. Les autorités locales informées de l'existence de ce phénomène depuis une année déjà, s'attèlent aujourd'hui, à en comprendre l'origine et les mécanismes. Deux organismes publics procèdent actuellement à des investigations pour expliquer ces éruptions d'eau. La direction des Ressources en eau (DRE), une fois saisie du dossier, a chargé l'Agence nationale des Ressources hydriques (ANRH) et la Société de l'eau d'Oran (SEOR), de procéder à des investigations pour faire toute la lumière sur ce phénomène, et plus particulièrement percer le secret sur l'origine de ces eaux. Les résultats de ces deux enquêtes seront connus très prochainement, a affirmé au «Quotidien d'Oran» le directeur de la DRE.

Deux hypothèses sont cependant, d'ores et déjà, avancées. La première explique cette remontée des eaux par des fuites massives dans le réseaux souterrains de la SEOR. La seconde hypothèse privilégie plutôt des eaux provenant des nappes souterraines, plus précisément de Oued Rouina, qui traverse les sous-sols du centre-ville. L'analyse des premiers prélèvements effectués dernièrement sur ces eaux, fait toutefois état «d'une eau claire, ?presque' potable». Un premier constat qui fait plutôt pencher la balance sur la deuxième hypothèse. Contacté hier, la direction de la SEOR, par la voix d'une responsable de son département de communication, a estimé, qu'à la lumière des premiers éléments collectés, il demeure, de plus en plus, improbable que le réseau AEP soit à l'origine de ces montées d'eau. Au stade actuel, c'est donc l'hypothèse d'une eau provenant du Oued Rouina qui semble la plus plausible. Une hypothèse partagée par beaucoup de citoyens, qui ne manquent pas au passage de faire un lien direct entre l'apparition de ce phénomène et les travaux réalisés, il y a quelques années à la Place Garguentah dans le cadre du projet du réalisation d'un centre d'affaires.