Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Bachir Messaitfa comprend la « méfiance » à l'égard des statistiques et veut y remédier

par Amar Ingrachen

Bachir Messaitfa, secrétaire d'Etat algérien chargé de la Prospective et des Statistiques, dit comprendre la « méfiance » de l'opinion publique à l'égard des statistiques officielles. Celle-ci est due, selon lui, à la multiplicité des centres de production statistiques. Il explique au Quotidien d'Oran-Maghreb Emergent, comment son département compte y remédier

Le ministère des statistiques où vous aves été nommé est relativement nouveau, quel est l'état des lieux ?

Des réalisations importantes ont été accomplies, on ne commence pas partir de zéro. Je me suis engagé à inscrire ma politique dans la continuité de ce qui a été accompli, que ce soit au niveau des études programmées, celles qui ont été entamées ou au niveau des programmes en cours de réalisation, ou encore au niveau des projets de coopération extérieure dans le cadre de la construction de la vision de l'Algérie de 2030. Je me suis engagé également à développer le secteur à travers des propositions d'études, de programmes et d'autres projets qui s'articulent autour des six axes : appui au développement humain et la solidarité sociale, développement économique durable par l'encouragement de la production nationale et les exportations hors-hydrocarbures, évaluation rigoureuse des politiques publiques nationales et sectorielles, développer la planification territoriale ainsi que les outils d'analyse et d'évaluation pour un meilleur suivi des développements futurs. Et enfin développer le système statistique national en réalisant l'unification des critères statistiques.

Justement, les statistiques officielles sont souvent décriées, où est le problème ?

Cela est du à la multiplicité des centres de production de l'information statistique, ce qui altère la crédibilité des chiffres officiels et donne l'impression que ladite information est sujette à un grand tiraillement. Si on ajoute à cela les chiffres que présentent les centres étrangers et les rapports internationaux, la situation est encore plus critique. Je comprends très bien la méfiance de l'opinion publique. Pour résoudre cette problématique, nous travaillons au lancement d'un système statistique national, en mesure de sauvegarder des données unifiées qui seront à la portée de tous les opérateurs économiques et sociaux. Ce système va mettre en exergue la méthodologie référentielle dans les statistiques, ce qui implique un contenu consistant et solide en ce qui concerne la transmission complète de la réalité économique et sociale, d'un point de vue statistique.

En Algérie, outre la question de la crédibilité, on se plaint aussi du manque de statistiques. Pourquoi ce déficit ? ?

Le problème de la fiabilité et de la crédibilité de l'information statistique en Algérie ainsi que je l'ai déjà dit est principalement causé par la multiplicité des centres de production des statistiques. Il est aussi entrainé par la diversité des connaissances, le niveau de compétence des intervenants dans la procédure d'élaboration statistique, l'absence d'une cité statistique en mesure de stocker les informations d'une façon organisée et de leur assurer une circulation rapide. Nous pouvons y remédier à l'aide d'un travail méthodique et scientifique et nous espérons le faire à l'horizon de l'année en cours. Il s'agit également d'aborder l'information statistique avec sagesse. Sagesse dont s'est dotée des cadres algériens, qui ont travaillé dans le secteur depuis l'indépendance ainsi que les cadres ayant travaillé dans le cadre de la mise en place des politiques de planification. Sagesse qu'il faudrait capitaliser à travers l'optimisation du travail du Conseil National des Statistiques. Ce Conseil est, à mon avis, un outil stratégique dans l'élaboration des meilleures politiques dans le domaine des statistiques et l'orientation du dialogue national et sectoriel dans le sens du soutien aux organismes statistiques dans notre pays.

Que comptez-vous faire pour rétablir la confiance dans la statistique officielle ?

La priorité est de mener à terme la construction du système national d'information statistique dans ses deux volets, économique et social. Cela se fera à travers, d'une part, l'unification des méthodes et des modes statistiques et l'unification des données numériques, et, d'autre part, le lancement du centre ouvert des données, et la répartition des outils et des organismes statistiques à travers tout le territoire national (wilayas). Le but est, bien sûr, l'amélioration de la qualité de l'information statistique, de la doter de crédit et d'assurer sa libre circulation. Il s'agit de la mettre à la disposition des opérateurs économiques internes et externes, d'une manière plus cohérente et efficace. Ainsi, nous faciliterons le lancement du système d'intelligence économique et sociale, système qui sera en mesure de cerner les orientations économiques générales et les mutations de la société.

Récemment vous avez indiqué que le taux de chômage est descendu à 9,7%. Quelles sont les principales raisons de cette diminution ?

La diminution du taux de chômage s'est effectuée grâce aux programmes d'emploi que l'Etat a mis en place ces dernières années, et à l'importance des ressources financières débloquées dans le cadre de la réalisation du plan quinquennal 2010-2014. Le taux de croissance important atteint en 2012 en est également pour beaucoup, notamment dans les secteurs suivants : l'agriculture (5%), les travaux publics (5.9%), les services (6.3%) et, d'une manière globale, la croissance hors hydrocarbures estimé à 5.8%. Lorsqu'un secteur économique qui absorbe la main d'œuvre est en pleine croissance le taux de l'emploi augmente.

Votre ministère a ouvert un atelier de réflexion sur la sécurité énergétique avec pour finalité la réduction de la dépendance aux hydrocarbures. Comment y arriver ?

Il n y a d'autres choix que d'encourager l'investissement productif d'un côté, et d'investir, d'un autre coté, dans les ressources humaines qui doivent encadrer l'entreprise selon les critères de la bonne gouvernance et du management. Ceci dit, le secteur des hydrocarbures demeurera un secteur stratégique et vital dans l'accompagnement de cette opération. On doit savoir par ailleurs, que l'investissement productif nécessite une vision stratégique à moyen et à long termes. Il faut notamment recourir aux meilleures ressources, déterminer avec précision les objectifs du développement économique et du développement humain, réaliser un décompte complet et actif des ressources nationales humaines et matérielles, construire un modèle d'évaluation macroéconomique, avec un très haut degré de précision, pour un meilleur suivi des besoins des citoyens à l'horizon 2030 et trancher pour un modèle de développement compatible avec les caractéristiques matérielles et culturelles qui nous sont propres. C'est cela notre défi et nous n'allons pas commencer à partir de zéro.

Il a été question aussi de la mise en place d'une base de données fiable sur laquelle se construirait l'économie nationale ?

Oui, c'est exact, les mutations survenues dans l'environnement intérieur et extérieur s'effectuent à un rythme très rapide. Le changement social est on ne peut plus clair au niveau interne, bien des avancées ont été faites. Cela est du aux mutations de la structure démographique de la population et à l'accroissement de ses demandes, notamment en matière d'emploi et de services, comme la santé, l'éducation et l'énergie.

C'est pourquoi, au niveau du Gouvernement, il y a une véritable volonté politique à améliorer le service public, l'équilibre régional, développer les performances des entreprises et la vie des citoyens. Tout cela nécessite une connaissance approfondie des données et de leur évolution dans le temps, c'est-à-dire une bonne connaissance des orientations économiques et sociales aux deux niveaux : intérieur et extérieur.

Vous projetez aussi de mettre en place des Directions de Planification Locales pour enregistrer les besoins des communes.

Il n'est possible de construire un bon système statistique qu'en se rapprochant de la réalité locale. Les territoires locaux en Algérie sont vastes, et nécessitent des ressources humaines conséquentes en matière de statistiques. De plus, la planification stratégique requiert une prise en charge identique de la planification territoriale, régionale et locale. La planification, de ce point de vue, est un moyen pour une meilleure prise en charge des besoins des citoyens au niveau local, ce qui nous permet d'avoir à notre disposition l'information statistique à moindre frais, dans un temps record, et répondant aux critères de qualité. Ainsi, la création d'organismes et de services de statistiques et de planification au niveau local va nous aider à atteindre nos objectifs et à réaliser nos projets selon les meilleurs standards.