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Pas de «PAS» vers les chantiers de rupture de Nabni

par B. Mahdi

Les chantiers de rupture préconisés par Nabni permettent-ils la rupture ? Non, répond B. Mahdi qui estime que les « constats lucides» de Nabni sur l'état de l'économie algérienne s'accompagnent de préconisations « timorées». Une critique fondée sur le triptyque d'un plan d'ajustement structurel (PAS) classique : réduction de la dépense budgétaire, privatisations et dévaluation. Débat.

Dernièrement, le collectif de Nabni a lancé ses cinquante chantiers de rupture pour bâtir l'Algérie de 2020. Mais au delà du constat lucide fait sur l'état de l'économie Algérienne et ses sombres perspectives futures, les chantiers dits de rupture le sont-ils vraiment ? A la différence d'un plan d'ajustement structurel (PAS) sauce FMI, dont les recommandations sont concrètes, précises et cohérentes, celles de Nabni prêchent par la généralité, le flou et sont même quelquefois contradictoires. Voyons ce que cela donne sur le triptyque favori d'un PAS, c'est-à-dire réduction de la dépense budgétaire, privatisations et dévaluation.

UNE REGLE D'OR BUDGETAIRE A L'ALGERIENNE

Par exemple, là où le FMI pour réduire le déficit budgétaire préconisera en priorité la diminution de la dépense publique notamment en réduisant la masse salariale de ses fonctionnaires, Nabni pense qu'il faudra plutôt augmenter les recettes fiscales mais tout en réduisant les taux. Le Directeur général des impôts ne devrait pas être contre si seulement on lui disait comment et ce ne sont pas les ritournelles classiques comme de dire qu'il faut plus de contrôle, taxer le secteur informel etc. qui vont l'aider. On remarquera à cette occasion la focalisation de Nabni sur la réduction du taux de l'impôt sur le revenu global (IRG) des revenus distribués, autrement dit les dividendes des actions. C'est peut être le résultat d'un lobbying en son sein, qui avec un taux actuel de 10% aura fort à faire pour le réduire encore. En fait, Nabni semble croire qu'il suffirait d'inscrire dans la Constitution une sorte de règle d'or budgétaire qui obligerait le gouvernement à ne plus recourir à la fiscalité pétrolière pour équilibrer son budget pour régler touts les maux de l'économie Algérienne. Cette vision est fausse non seulement parce que cela reviendrait à demander à un toxicomane de s'engager par écrit de ne plus prendre de drogues, mais surtout on devinera toute la portée d'une telle mesure dans un pays qui change de constitution touts les 2 ans et qui ne s'est pas gêné d'innover en droit constitutionnel en inventant le décret législatif?

LE SECTEUR PUBLIC AU PAYS DU BEYLIK

Quand le FMI dira que pour arrêter l'hémorragie des ressources de la nation et résolument lancer le secteur privé, il faut privatiser les entreprises publiques sans aucune considération pour les arguments tel que le bradage du patrimoine national ou la sauvegarde de l'emploi, Nabni est encore au stade du «...accorder toute l'autonomie de gestion aux entreprises et banques publiques de façon conforme aux principes de gouvernance des entreprises étatiques..». Il ne manque plus que la recommandation d'un énième plan d'assainissement financier. La privatisation n'est vue que comme un moyen de doper la bourse et ne doit concerner que certaines entreprises publiques commerciales. Bien entendu suit tout un catalogue de mesures classiques tel que dépénaliser les actes de gestion, recruter un DG et des cadres avec une expérience prouvée, rédiger des rapports de gestion transparents etc. Et pour améliorer la gouvernance, les ministres sont priés de ne plus intervenir dans la gestion des entreprises de leur secteur, et finalement remplacer les SGP par une agence de participation de l'Etat. Comme on le voit, on est encore au stade de la langue de bois économique avec des mesures qui confrontées à la réalité du terrain n'ont aucune chance d'être mises en pratique. En faite, de rupture il n'en est point. La vraie rupture aurait été de dire que l'Etat fabricant de casseroles et gestionnaire d'hôtels, ça n'a marché nulle part et à fortiori ne marchera jamais en Algérie où le sentiment de l'intérêt général est tout relatif, hérité de plusieurs siècles de beylik.

DE LA DEVALUATION

La dévaluation est l'arme principale des Etats pour fouetter leurs économies, améliorer leurs balances des paiements et réduire drastiquement les importations. Elle est naturellement préconisée par le FMI dans le cas d'un PAS pour relancer une économie. Pourtant, Nabni ne la voit que comme un des moyens pour encourager les exportations? bien sûr le jour où on aura quelque chose à exporter. Elle n'est pas vue comme une politique financière à part entière qui permettra d'en finir avec les subventions par le taux de change des importations en maintenant artificiellement un Dinar surévalué. La convertibilité totale du Dinar à terme est bien évoquée, mais sans le réajustement du taux de change qui va naturellement avec, sous peine d'assister à une véritable hémorragie des devises et des réserves de change vont fondre comme neige au soleil. L'arme de la dévaluation est ignorée car réputée inflationniste à cause du renchérissement des intrants ou des produits finis importés et qui concerne notamment les produits alimentaires. Mais on peut constater que nous avons actuellement bien l'inflation sans avoir la dévaluation, c'est-à-dire qu'on a bien les inconvénients d'une dévaluation sans avoir ses avantages. Il est évident qu'au vu des chiffres macro- économiques actuels et même si des doutes subsistent sur leur fiabilité, le FMI ne recommanderait certainement pas un PAS à l'Algérie, tout au plus regretterait-il le taux de chômage élevé, la faible croissance et le niveau de la dépense publique. Par contre Nabni qui lui se place dans la prospective reste bien timoré au niveau des recommandations qui le plus souvent tiennent plus du vœu pieux que de la solution réelle. On voit aussi transparaitre en filigrane les lignes rouges qu'ils se sont interdit de franchir comme le budget de l'ANP, celui des moudjahidines ou leurs rôle dans le système de gouvernance Algérien. En fait, à trop vouloir ne pas mécontenter beaucoup de gens, on tombe fatalement dans les généralités et l'inefficacité.